ACTE DEUXIÈME
L U M I R — Je sais que vous êtes en correspondance avec elle.
LOUIS — Oui. Et vous voyez que je m'en trouve bien.
LUMÎR, dure. — Louis, j'ai demandé à votre père cet argent que vous me devez, et celui qui vous est nécessaire.
J'ai fait le siège du vieillard par tous les bouts et je crois que Sichel m'a aidée de son mieux.
En vain.
LOUIS — Il ne fallait pas demander d'argent. 11 fallait que ce soit lui au contraire qui nous en offre.
LUMIR — On ne peut pas le tromper. Il sait très exactement où nous en sommes.
LOUIS — C'est pourquoi vous avez essayé d'un autre moyen ?
LUMIR — C'est vrai. Il a bien voulu m' offrir sa main hier soir.
LOUIS — Et vous avez l'intention de l'accepter ?
LUMIR — C'est un homme irrésistible.
LE PAIN DUR LOUIS — Que vous a-t-il proposé ?
L U M î R — Il a mis son bras à mon service et m'offre de se faire le général et l'homme d'affaires de la Pologne.
LOUIS, riant aux éclats. — Ah 1 ah ! ah 1 L U M î R — N'est-ce pas, c'est drôle ?
LOUIS — Le plus grand coquin a dans son
cœur un stock des plus nobles sentiments,
Dont il regrette de n'avoir jamais pu se servir.
C'est comme neuf,
L U M î R — Croyez-vous que je sois incapable de m'en servir ? Qui sait?
Entre un vieillard et une jeune fille, la partie n'est pas égale. Je n'ai qu'à lui sourire d'une certaine manière que j'ai essayée et je vois qu'il la connaît.
Un vieillard et une jeune fille 1 des mains aussi fortes et délicates que celles de la mort.
LOUIS — Ainsi, mon père m'a tout pris et maintenant, il me prend ma femme !
L U MÎ R — Vous n'aviez qu'à la défendre.
LOUIS — Voyons, Lumîr, c'est ridicule f:
ACTE DEUXIEME •vous ne voulez pourtant pas me faire dire que je vous aime.
Non !J'ai beau essayer, cela me reste dans la bouche.
Et il n'est pas facile de vous dire ce qu'on veut, mais vous avez l'air tout de suite si loin quand vous le voulez.
Mais nos vies à tous les trois depuis de longues années, la vôtre, celle de votre frère,
Oui, elles furent tellement réunies, dans la souffrance, dans la lutte, dans l'espoir, dans la misère !
Oui, mon enfant, et dans ce qui n'est pas considéré de ce côté-ci de la mer comme la stricte honnêteté. — Par les honnêtes gens comme mon père.
Je tiens tellement à vous, mon bel ange lointain à mes côtés, est-il possible que nous soyons séparés ?
L U M î R — Ce n'est pas ma faute.
LOUIS — Vous m'avez sauvé la vie !
L U M î R — Ça suffit à vous donner tous les droits ?
LE PAIN DUR LOUIS — Vous êtes toujours là quand je suis triste, quand j'ai la fièvre ;
Qiiand on est vaincu.
Toujours calme, toujours jeune, forte, avisée, et toujours prête à partir dans les vingt minutes
Pas une heure de votre temps depuis ces six années que vous ne m'ayez consacrée, à moi et à mon bien.
Vous avez toujours cru aux possibilités de la Mitidja, ah, c'est un lien entre nous !
L U M IR — je vous ai même donné tout ce que j'avais.
LOUIS —je lésais.
L U M I R — Et ce que je n'avais pas : ces dix mille francs sacrés.
LOUIS — je vous les rendrai.
L U M I R — Dans un mois, vous serez vendu et tout sera fini.
L O U I S ^ violemment. — On ne me vendra pas ma terre !
L U M I R — L'échéance est le 30.
LOUIS — je vous dis qu'on ne me vendra pas l