ACTE DEUXIEME
L U M I R — Le pays pacifié, les chemins faits, la terre prête à rendre. Le moment est venu pour votre père et pour Ali de mettre la main dessus.
LOUIS — N'essayez pas de me faire perdre la tête. Pour le moment, ce n'est pas ma terre que je suis venu sauver.
C'est vous, mon enfant, ma soeur, vierge Lumîr, contessina, mon petit hussard !
Ne dites pas qu'il n'est plus personne au monde qui m'aime pour autre chose que son propre intérêt.
Ma mère a mieux aimé mourir que de me voir et mon père, dès que je suis né, a mis tout son coeur à me détester.
Je me souviens de ces yeux attentifs dont il me regardait, suivant chacun de mes mouvements.
Et toujours plein de politesse. Toujours il me parlait comme à une grande personne.
j'espérais qu'il y aurait quelque part un enfant et un camarade qui serait à moi seul, simplement parce qu'il m'aime le mieux,
QLielqu'un pour écouter ce que je dis et avoir confiance en moi,
Quelqu'un avec votre visage qui n'est pas tellement beau, mais il n'en est aucun autre qui ait du charme pour moi, et il me parle de tant de choses que je ne comprends pas,
Un compagnon à voix basse qui vous prend dans ses bras et qui vous avoue qu'il est une femme, — un ami,
Un seul, c'est assez d'un.
LUMIR, les yeux baissés. — Oui, je suis cela pour vous. Ne croyez pas que je suis insensible.
LOUIS — Cependant, tu vas te vendre à mon ennemi, à ce père qui m'a fait !
Nul ennemi ne vous a suffi si ce n'est précisément celui-là.
LUMIR — Louis, tout de même, j'existais avant de vous connaître. Et moi aussi, avant que vous soyez là,
J'ai un père qui m'a fait.
LOUIS — Vous l'aimiez, lui !
LUMIR — Mon père, mon frère et moi.