‹ Le pain durChapitre 30 sur 60 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

LOUIS — Ici le monde s'arrête.

L U M î R — Mon frère, mon père ! Tous deux sont morts et je reste seule, une même chose avec eux.

LOUIS. — C'est vous-même que je veux épouser et non point votre frère et votre père.

LUMÎR. — Je ne suis pas distincte. Mort père avec nous ! Ses bras autour de moi et ma tête sur son épaule !

Je n'ai pas eu d'autre patrie que lui ! Son visage, ses yeux, son grand dénuement,

Ces larmes que j'ai vu couler, cette sublime colère comme sur le champ de bataille^ son cœur avec celui de son enfant !

Et cet argent, mourant de faim, auquel il ne touchait pas, ce trésor de la patrie, sous sa veste râpée, cette suprême poignée de terre à nous, est-ce que je la laisserai périr?

Je ne fais qu'un avec lui ! Qiii me prend, il nous prend tous ensemble !

Quelle autre patrie que dans les yeux de mon père quand il me tenait ainsi serrée contre lui ? Je reste seule.

LOUIS — Il reste moi qui suis aussi seul que vous. Laissons le passé où il est.

Il n'est meilleure patrie que celle qu'on se fait sol-même. Quest-ce que la Pologne ? Nous sommes tous les deux assez forts pour le soleil d'Afrique.

LUMIR — Ilyaun sillage derrière moi que la mer ne suffit pas à disperser.

La Pologne, pour moi, cest cette raie rose dans la neige, là-bas, pendant que nous fuyions,

Chassés de notre pays par un autre plus fort,

Cette raie dans la neige, éternellement !

J'étais toute petite alors, blottie dans les fourrures de mon père.

Et je me souviens aussi de cette réunion, la nuit, alors que la révolte commença.

Mon père me prit dans mon lit et m'apporta au milieu de ces hommes armés, tous gentilshommes.

Et il me leva tout debout comme il aimait à le faire, mes deux pieds dans ses fortes mains,

Toute droite dans ma longue chemise blanche et mes cheveux bruns répandus,

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