ACTE DEUXIEME
Si Dieu existait,
Oui, si Dieu existait,
{Elle regarde le crucifix — d'une voix déchirante) :
Si Dieu existait, il y aurait Dieu d'abord, mais il n'y a plus que des soldats dans le même rang et des hommes égaux, le devoir entre les camarades,, la batterie des Hommes-sans-peur !
Il y a l'honneur !
Es-tu un lâche ? Qiiand un camarade t'appelle au secours, est-ce que le premier devoir n'est pas de répondre ? 11 n'y a que nous au monde.
Qui est ton père ? Qiiel bien t'a-t-il fait?
Quand tu étais par terre sur la brèche de Constantine avec trois balles dans la peau,
Est-ce que mon frère a tellement réfléchi pour te charger sur son dos,
Qiiand tu claquais des dents sous ton gourbi avec une sale fièvre.
Est-ce une autre que j'ai laissée te soigner ? Tu faisais sous toi et c'est moi qui te nettoyais comme un enfant.
Qui a eu confiance en toi ? Qiii t'a prêté de
LE PAIN DUR Targent? Pas un sou que nous ne t'ayons donné, ce qui était à nous et pas.
Sans reçu, sans intérêts, en vrais militaires, en chics camarades, en liommes du même çouf.
Mon frère est mort à ton service, maintenant, je suis seule.
LOUIS — Il est cependant permis de réflé« chir et de chercher sa voie.
L U M î R — Il n'est pas permis de réfléchir et il n'y a qu'une voie.
LOUIS — Le cœur me lève à l'idée de porter la main sur le vieux Monsieur.
L U M î R , doucement — Louis, sauve-moi. Je suis seule sur la terre.
LOUIS — Tu as confiance en moi ?
L U M î R — Oui, j'ai confiance en toi.
LOUIS — Donne-moi le sac.
L U M î R , ouvre le sac et en tire deux pistolets. — Fais attention !
Il y a dedans deux pistolets, l'un grand, l'autre petit.
Je les ai chargés moi-même ce matin.
LOUIS — Bien.