ACTE DEUXIÈME
TURELURE — Tout ce que j'ai, si elle veut, est à elle.
LOUIS — Eh bien, soyez content, elle veut. Oui, si je ne lui rends pas ce dépôt dont elle est saisie,
Elle est prête à se laisser épouser.
TURELURE — Louis, c'est une bonne parole. A cause de cela, je te pardonne tout le reste.
Elle est si jeune et si gentille, c'est un rayon de soleil dans ma vie.
Et que ses bras sont blancs ! j'ai vu ses bras à dîner, l'autre jour. 11 me faut ces bras-là.
LOUIS — Et cela vous est égal de vous faire épouser par nécessité?
TURELURE — Nécessité engendre la crainte, qui est la moitié de l'amour chez une femme.
LOUIS — Et la moitié de la sagesse chez un vieux turlupin.
TURELURE — Louis, tu as eu tort de me dire qu'elle voulait m'épouser.
LOUIS — Elle veut. Vous avez touché son cœur.
. TURELURE — Comment veux-tu que je fasse maintenant?
Je t'aurais encore donné cet argent, brigand, bien que ce soit dur.
LOUIS — C'est plus dur encore de mourir.
TURELURE, avec un gros soupir, — C'est vrai, c'est encore plus dur de mourir.
Mais il n'y a pas moyen de faire autrement.
LOUIS — Soyez sage.
T U R E L U R E — Non !
Tu peux tout demander à un Français
Excepté de faire le chapon et de renoncer à une femme par contrainte.
Cela, c'est impossible ! cela, non ! Je suis Français et tu ne peux pas me demander cela.
Tu peux tuer ton père, si tu le veux.
LOUIS — C'est votre dernier mot ?
TURELURE -— Tue-moi si tu le veux...
Non, ne me tue pas, j'ai peuri
LOUIS —L'argent.
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ACTE DEUXIÈME TUPvELURE — C'est impossible! Tu ne crois pas en Dieu, Louis?
LOUIS — Je n'y crois pas.
TURELURE — Je suis perdu, je ne sujs v^ entouré que de figures impitoyables !
Vojci mon fils, et je me tiens au milieu de ces deux femmes qui me conduisent à la mort avec un sourire funèbre!
LOUIS — Est-ce que vous y croyez ?
TURELURE — J'y crois ! je suis le seul croyant et votre bestialité me fait horreui !
Tu ne comprends pas un homme du vieux temps.
j'y crois de tout mon cœur! je suis un b^n ^ catholique à la manière de Voltaire!
Non. non. je ne ris pas! Mon fils, ne me tue pas! ne me tue pas, mon enfant!
LOUIS, le couchant en joue avec les deux pistolets. — L'argent !
TURELURE, claquant des dents et essayant de tenir bon, — Non. C'est impossible. Ne me tue pas !
LOUIS — L'argent, voleur !
TURELURE — Non!
LOUIS — Mon argent, voleur ! mon argent^ voleur l les dix mille francs, voleur I
(Signe que non).
{LOUIS tire à la fois avec les deux pistolets. Les deux coups ratent.
TURELURE reste un moment immobile et les yeux révulsés.
Puis la mâchoire s'avale et il s'affaisse sur un bras du fauteuil, {LOUIS s'approche de lui, ouvre les vêtements, tâte le cœur, fouilledans les poches, prend l'argent, remet le corps en position. Luimême, debout et les bras croisés,, le regarde fixement).
{Entre LUMÎR