ACTE PREMIER
LUMIR — L'honneur et le devoir avant tout.
SICHEL — C'est l'honneur et le devoir qui vous poussent à capter un vieillard imbécile ?
LUMÎR —Oui.
SICHEL — Et à trahir celui qui vous aime? LUMIR — Montrez-moi les lettres que le capitaine vous a écrites.
SICHEL — Je pense qu'il vous aime sincèrement.
L U M i R — Je l'aime aussi.
SICHEL — Pas autant que ces dix mille francs à récupérer.
LUMÎR — Je les lui ai donnés.
SICHEL — Prêtés.
LUMÎR — Je lui ai donné ma vie.
SICHEL — Prêtée à de gros intérêts.
LUMÎR — Nous avons fait assez. Je n'ai pas le droit d'être plus généreuse envers ce Français.
C'est mon frère qui lui a sauvé la vie, le rapportant tout sanglant de la brèche de Constantine.
Et c'est moi ensuite qui l'ai soigné.
C'est mon frère et moi qui l'aidions pendant
qu'il commençait ses défrichements, et je tenais sa maison.
Maintenant mon frère est mort et d'autres devoirs m'appellent.
S I C H E L — Je ne vous trouve point si belle.
L U M î R — Assez pour me faire épouser.
S I C H E L — Quels yeux ! Quand vous les tenez baissés, tout est si fermé qu'on dirait que vous n'êtes plus là.
l- Et le plus souvent ils sont fixes et tranquilles comme ceux d'un enfant, si sérieux que Monsieur le Comte lui-même en est décontenancé.
Mais quand ils noircissent et se chargent defurie et qu'on voit l'âme là-dedans qui brûle...
Ce sont de ces yeux-là sans doute qu'il est épris
L U M I R — Vous vous trompez. Ce ne sont pas mes yeux qu'il aime.
(Silence).
S I C H E L — Lumîr, le Comte est vieux et je trouve qu'il a assez vécu.
LUMIR — Plût au ciel que son sort et cet injuste argent fussent entre mes mains 1