‹ Le pair bimétallique. (Notes soumises à la Gold and silver commission)Chapitre 8 sur 12 · LES PRIX ACTUELS · texte numérisé non relu

LES PRIX ACTUELS

Si la dépression du commerce avait été causée par une contraction monétaire, tous les prix en général auraient été atteints tout autant ou presque autant que les prix des articles de provenance asiatique et de leurs similaires européens.

Mais il s'en faut de beaucoup que tous les prix aient baissé. Qu'on interroge les chefs de famille. Ils répondront que le thé et le pain sont meilleur marché, mais que les autres articles de consommation sont encore aux anciens prix et que plusieurs se sont même élevés. La viande fraîche, le poisson, les fromages, le beurre, les œufs,

la bière, le vin, les spiritueux n'ont pas baissé. Les loyers, les notes d'hôtels, les voitures, les spectacles, l'habillement, le blanchissage, etc., etc., sont toujours à peu près aux mêmes prix. Les salaires et les émoluments n'ont pas baissé, ni les honoraires qu'on paye aux avocats, aux médecins, etc. Si quelque part les gages des ouvriers ont subi des réductions , c'est à la suite de la situation misérable faite à l'agriculture et à plusieurs industries par la disparition du pair bimétallique.

Quand la gamme des prix éprouve un changement par suite d'un changement dans le volume de la masse monétaire existante, le phénomène est général, visible et tangible pour tous. L'entretien des familles a exigé une plus grande quantité de monnaie qu'auparavant, quand le volume de la masse existante a été sensiblement augmenté par l'adjonction de l'or nouveau de la Californie et de l'Australie.

Tout le monde en convenait, car tout le monde s'en apercevait. Mais personne ne s'aperçoit que dans ces dernières années l'entretien des familles ait exigé moins de monnaie qu'avant 1873.

S'il était vrai qu'un grand arrivage d'or à Londres remettrait l'agriculture et l'industrie anglaises en bonne situation, il suffirait que la Banque de France expédiât à la Banque d'Angleterre dix ou douze millions de livres sterling pour réparer tous les maux. Mais cet envoi aurait lieu, que les changes asiatiques et, par conséquent, la situation de l'agriculture anglaise et des industries anglaises directement ou indirectement atteintes par la chute de ces changes n'en seraient pas améliorés.

Dès le jour où le pair bimétallique sera rétabli, et sans qu'on ajoute le moindre supplément à la circulation métallique de l'Occident, les changes orientaux revien-

dront instantanément aux cours d'avant 1873 et tout ira bien. Tout le monde conviendra alors que ce n'était pas de manque d'or qu'on soufft'ait, mais de la disparition du pair bimétallique.

Petites roues à l'avantr-train (l'or), grandes roues à l'arrière-train (l'argent), la voiture roulait parfaitement, parce qu'une flèche solide (le 15 et 1/2) joignait les deux trains. Ce n'est point la faute des petites roues ni la faute des grandes si, maintenant, la voiture roule si péniblement. C'est qu'on a brisé la flèche. Que la flèche soit remise en bon état et la voiture roulera comme ci-devant.

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PAS D'INFLATIONISME

Bimétallisme ne veut pas dire inflationisme. On ne demande pas que la masse monétaire soit augmentée en Europe. Ce qu'on demande, c'est le rétablissement du pair bimétallique, pas autre chose.

Les prix des produits indigènes n'ont pas haussé dans l'Inde. Rien n'indique qu'il y ait pléthore de roupies. L'Inde exporte plus de marchandises qu'elle n'en importe. Malgré toutes les traites en roupies que le gouvernement indien vend sur la place de Londres, la balance des créances penche continuellement du côté

de rinde, et pour l'équilibrer on ne cesse d'expédier de l'argent à Bombay et à Calcutta.

Il n'est pas loisible à l'Europe d'augmenter à volonté .son stock monétaire, et il n'est pas loisible à l'Inde d'empêcher que le sien ne soit augmenté. Et ce que je dis de l'Inde, je le dis de toute l'Asie.

Que feraient les monométallistes s'il n'existait que de l'or? Ils ne s'inquiéteraient nullement du va-et-vient de la monnaie. Elle irait où bon lui semblerait, c'est-à-dire où il y a dés paiements à faire. Nous, bimétallistes, nous ne demandons pas autre chose en faveur de l'unique monnaie qu'on possédera, quand les deux métaux n'en feront qu'un, grâce au pair bimétallique. C'est ainsi que les choses se passaient avant 1873.

Les Indiens aiment à thésauriser. Ils ont toujours enfoui beaucoup d'argent, c'est-à-dire beaucoup de monnaie, mais

depuis que la disparition du pair bimétallique a rendu possible ce qui jusqu'alors avait été impossible, c'est-à-dire la hausse du prix (en roupies) de la marchandise or, les Indiens ont préféré enfouir de l'or plutôt quç de l'argent. Et la spéculation a été bonne pour eux. Et ils comptent que l'or montera toujours, et les enfouissements d'or continuent. C'est pourquoi la marchandise or est très demandée dans les bazars indiens et c'est pourquoi depuis quelques années les banquiers de Bombay et de Calcutta font venir en si grandes quantités de petits lingots d'or soit d'Europe, soit d'Australie. Cette demande extraordinaire n'aura pas lieu dès que le pair bimétallique sera rétabli. Les Indiens reprendront l'ancienne habitude de thésauriser de la monnaie, c'est-à-dire de l'argent. (Chapitre XIV.)

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