PRIX RATIONNELS
Nous ne pouvons nous ranger, de parti-pris, ni du côté des vendeurs, qui désirent des prix élevés, ni du côté des acheteurs, qui désirent des prix bas.
A la longue, et par degrés, les prix (ceteris paribus) doivent plutôt baisser que monter. On fait assez d'inventions et d'améliorations de tout genre pour cela. Mais, ceci admis, nous demandons que les prix soient rationnels. Plusieurs des prix actuels, surtout celui du blé en Angleterre et des cotonnades anglaises en Asie, ne sont pas rationnels.
On se récriait contre les droits de douane de 3 à 5 7» par lesquels le gouvernement de Calcutta protégeait les manufactures de coton indiennes contre les manufactures de coton anglaises; on ne cesse de se récrier contre les primes que plusieurs États accordent aux exportateurs de sucre, et l'on continuerait de faire profiter les pays monométalliques-argent d'une protection qui s'élève à 33 7»» et l'on tolérerait plus longtemps que les blés anglais aient à lutter contre des blés qui jouissent à l'embarquement d'une prime de 25 7o ?
Et pour maintenir cette prime en faveur du blé indien, on continuerait à imposer au Trésor indien, c'est-à-dire à tous les contribuables indiens, des pertes de change qui s'élèvent chaque année à près de 50 millions de roupies?
Il n'y a de prix rationnels que ceux qui se produisent spontanément par le
libre jeu de l'offte et de la demande, mais à conditions monétaires identiques pour toutes les parties. On ne peut assurer ces conditions à toutes les parties que si on remet la constitution monétaire du monde dans l'état où elle avait toujours été avant 1873, par l'identification du pouvoir payant de l'or et de l'argent dans une proportion pondérale fixée par la loi.
Si les prix des marchandises qui s'échangent entre l'Asie et l'Europe doivent monter ou baisser au gré des fluctuations fortuites et incalculables du change entre l'or et l'argent, la civilisation aura fait un pas en arrière au détriment des intérêts commerciaux et financiers et au mépris de la justice et de l'équité.