‹ Le pair de FranceChapitre 2 sur 7 · JE PUR DE ! UA\< K · texte numérisé non relu

JE PUR DE ! UA\< K

amoureux, il oe sera fait aucun iTial à une aussi jolie femme que vous.

Le sang de Francesca s est arrêté dans ses veines: elle sent ses cheveux se dresser sur sa tête et l'air manquer à sa poitrine. Mais, retrouvant aussitôt toute sa force morale, elle demande avec calme el dignité à partir sur-lechamp, pour se rendre chez le commissaire de police. L'intervention d'une autorité quelconque lui semble moins dangereuse , que de rester plus long-temps seule avec deux êtres dépravés, dans une maison déserte maintenant , et où l'obscurité de la nuit a déjà succédé au crépuscule du soir.

Aucun costume ne trahit les fonctions des deux hommes qui conduisent Francesca. Elle a passé sans être remarquée dans les rues qu'ils lui ont fait traverser, et le silence obstiné qu'elle oppose à leurs questions, à leurs railleries grossières . les a décidés enfin à ne plus lui en adresser. Ils commencent même à supposer que Léonard pourrait fort bien les avoir trompés, en

faisant passer pour sa femme cette jeune personne qui. malgré la position humiliante où elle se trouve réduite, leur en impose. Les rancunes et les vengeances politiques leur ont si souvent livrées des hommes distingués, qu'ils ont fini par s'accoutumer à les insulter sans crainte : mais une femme confiée à leur garde et qui semble être du nombre des grandes dames que le hasard leur fait parfois entrevoir de loin, est pour eux une nouveauté qui les embarrasse et les gène: aussi est ce avec une satisfaction réelle qu'ils arrivent enfin à la demeure du commissaire de police.

Francesca a suivi ses guides avec cette résignation passive du désespoir . qui ressemble à de l'indifférence. On vient de la faire entrer dans un bureau sale, étroit et faiblement éclairé. Paul s'y entretenait avec le secrétaire. En voyant paraître Francesca il se retire aussitôt et passe dans un élégant cabinet, où Léonard est occupé à ranimer le feu de la cheminée.

— M. le commissaire n'est pas encore de iv

tour, dit-il à Paul . en s'avançant humblement vers lui. il est allé déposer lui-même M. Marsey à Sainte -Pélagie.

— Je le sais, répond froidement Paul

— Et mon épouse, demande Léonard, en hésitant . croyez-vous qu'on parviendra à l 'amener:'

— Elle vient d'arriver, dit Paul en riant. Ce soir, vous aurez la satisfaction...

— La satisfaction, répète Léonard, d'une voix altérée par la peur, vous en parlez bien à votre aise... s'il allait lui prendre fantaisie de me tuer?...

— Allons donc . est-ce que vous craindriez une faible femme?

— Une femme . à la bonne heure . mais mon épouse...

— Il faut lui apprendre à vous respecter en maître. Vous l'êtes, la loi lui ordonne d'être soumise . obéissante à vos moindres volontés. Faites valoir Içs droits qu'elle vous donne: tous . entendez-vous ?

Léonard sourit niaisement.

— Au reste, continue-t-il . vous savez le prix que la duchesse vous a promis, si vous secondez ses efforts pour guérir son mari de la malheureuse passion qu'il a conçue pour votre femme.

— C'est fort bien, dit Léonard, pourvu qu'on me tienne parole. J'ai déjà été abusé tant de fois.... Te ne dis pas que ce soit votre faute, monsieur: mais il n'en est pas moins vrai, que je devais avoir une bonne somme pour consentira divorcer d'avec mon épouse, afin qu'elle puisse se remarier avec mon cousin: aujourd'hui qu'un duc et pair se trouve être son amant . on veut me récompenser pour m'engager à la reprendre...Quand vousétiez encore républicain, vous m'aviez promis de me faire concierge d'un château royal; maintenant que vous avez ajouté du blanc et du bleu à votre drapeau . vous n'avez vous-même qu'une place sans nom. et vous n'avez pu me procurer en remplacement de mon emploi de tambour, qu'un brevet de mouchard,

— Est-ce qu'on se sert de pareilles exprès

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sionsP (lit Paul avec colère: ne vous ai-je pas répété souvent que jadis le gouvernement de Venise, qui connaissait tout le prix de ces services mystérieux qui font la force du pouvoir, avait défendu . sous peine de mort, de désigner ses agenssous un autre nom que sous celui d'observateurs. Je vous avais ordonné d'engager vos camarades à faire passer ce mot.

— Je l'ai essayé, monsieur: mais il m'ont demandé si les observateurs à Venise, étaient plus aimés du peuple que les mouchards ne le sont à Paris.

En prononçant ces mots. Léonard sourit avec l'expression de malice d'un singe qui vient déjouer un mauvais tour à son maître.

— Bêtise et méchanceté! jumelles infernales! vous n'allez donc jamais l'une sans l'autre! s'écrie Paul.

Et reprochant sévèrement à Léonard son ingratitude, il le menace de lui retirer sa protection et l'emploi qui le fait vivre.

Cette menace effraie d'abord Léonard: mais

bientôt une pensée subite le rassure un peu.

— S'il est vrai! se dit-il à lui-même, qu'il vont m'aider à ravoir mon épouse, je pourrai les envoyer promener tous. Elle me nourrira à rien faire, et je ne serai plus obligé d'obéir à tout le monde.

A cet espoir consolant, se mêle cependant la crainte des mauvais traitemens que Georges et le duc ne manqueront pas de lui faire subir quand ils apprendront le sort de Francesca. Loin de chercher à cacher ses inquiétudes à ce sujet, il les manifeste à Paul, en lui rappelant l'accès de fureur auquel il a vu le duc se livrer envers sa femme, chez Je père de Georges.

— Rassurez -vous, dit Paul en souriant, il perdra la tête quand il saura qu'il est privé de ses deux conseillers.

— Ces deux conseillers? répète Léonard, nous venons d'arrêter M. Marsey. je le sais. puisque j'y étais: mais mon cousin?

— Votre cousin aussi vient d'être conduit à Sainte-Pélagie.

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Léonard allait exprimer sa surprise el sa joie: mais il en est empèehé par l'arrivée du commissaire de poliee.

Il salue humblement et se retire.

Après avoir accueilli Paul a\ee une; déférence marquée et respectueuse, le commissaire lui demande s il ne craint pas que l'arrestation des deux individus qu'il vient d'écrouer. ne fasse crier à l'injustice, à la persécution.

— Je me permets celte remarque, contiuuet-il: car \ous savez que je ne cesse d'admirer les imporlans sei^ices que nous rendez à l'état. Je me crois donc forcé de vous dire que Mar • sev est généralement regardé comme un patriote exalté, dont les idées républicaines ne sortent pas du domaine des rêveries. On est même convaincu que loin de seconder un attentat contre la personne du monarque, il en empêcherait l'exécution au péril desesjours. Je \ous prie de croire,, monsieur, que je n'ai aucun motif pour le défendre, car il s'est conduit en-

vers moi de la manière la plus criminelle, mais enfin l'opinion publique est là.

— Si le pouvoir la prenait pour guide, répond Paul avec humeur, il nous conduirait bientôt à l'anarchie. Il était de mon devoir de faire connaître les véritables intentions de Marsey, on les a trouvées plus dangereuses que celles des forcenés qui jurent la mort de Louis- Philippe, et qui tomberaient à ses pieds s'il daignait leur sourire et les gratifier d'un poste lucratif.

— Je suis parfaitement de votre avis, monsieur, et j'aime à croire que le verdict du jury justifiera l'arrestation de Marsey. J'ai des inquiétudes plus sérieuses sur notre rigueur envers un avocat célèbre, qui emploie toute son éloquence à prouver que la monarchie constitutionnelle est la seule forme de gouvernement qui convienne à l'esprit de notre époque.

— Sans doute, il rêve le régime représentatif avec tousses abus: il voudrait un roi fainéant et sans pouvoir, et un ministère esclave des

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boutades d'une chambre de députés élus par tout un peuple d'électeurs. On sent très bien au château que ce sont précisément de tels hommes qu'ils faut rendre suspects au public: une arrestation/?reVrnMï%quelque courte qu'elle soit, jette toujours des doutes sur la modération des principes de celui qui l'a subie.

— Je ne me permettrai jamais une autre pen sée. répond humblement le commissaire.

— J'en suis convaincu, dit Paul; mais laissons-là ces importantes questions: occupezvous de tarir les larmes d'une épouse délaissée, puisque des ordres supérieurs vous en font un devoir.

—Je vous assure, monsieur, que je n'en aurais pas eu besoin : pour prêter l'appui de mon ministère à madame la duchesse, un mot de sa part m'aurait suffi. Son désir est si juste! Une créature dépravée a séduit son époux et elle se borne à demander que cette malheureuse soit rendue au mari dont elle a fui la demeure. Elle veut même que cette satisfaction lui soit donnée

sans bruit, sans éclat, afin déménager la réputation du noble duc. qu'à force de douceur et de bontés elle espère ramener à elle dès qu'il ne pourra plus revoir une maîtresse perfide. En vérité il est peu de femmes aussi indulgentes . aussi généreuses.

Paul renchérit sur les vertus de la duchesse, et se félicite du hasard qui l'a si bien secondé en lui faisant découvrir la retraite de Francesca.

— Vous avez été guidé par un sentiment commun à tous les gens d'hcnneur. répond le commissaire, en souriant. Ne savons -nous pas tous que la demeure des républicains est te réceptacle de tout ce qu'il y a d'immoral, de vicieux. Si l'Etat avait beaucoup d'hommes comme vous, monsieur, il serait bientôt débarrassé d'une secte qu'on peut comparer, à juste titre, aux sept plaies d'Egypte.

Plus importuné que flatté de ses complimens. Paul cherche à y mettre un terme en lui rappe lant que la femme de Léonard vient d'arriver, et qu'elle l'attend.

— Je vais l'interroger à l'instant, dit le commissaire. Vous m'avez remis les papiers nécessaires:' L'extrait en forme de l'acte de l'état civil et...

— Tout est- là, sur votre bureau, interrompt Paul. Je vais vous envoyer Léonard.

A ces mots il passe dans la pièce voisine où l'ancien tambour s'était retiré. Le commissaire se place à son bureau et tire le cordon d'une sonnette.

Francesca est introduite. Ses traits et son maintien expriment une douce tristesse, qui ne ressemble ni à l'audace ni à l'abattement des accusés ordinaires.

Peu d'instans après. Léonard entre lentement. Il est facile de voir que les lois et les hommes lui accordent en vain la supériorité sur une femme que la nature et l'éducation ont placée au-dessus de lui. Il sent quelle lui en imposera toujours et que tout en la brutalisant il la craindra comme l'enfant malicieux qui tremble au

plus léger mouvement de l'aigle enchaîné qu'il maltraite.

Francesca. dont les regards avaient été fixés jusqu'ici sur le commissaire qui feuillette les papiers placés devant lui, vient d'apercevoir son mari. La faible teinte rosée qui nuançait son visage, calme mais pâle, disparait; ses traits se contractent, tout son corps tremble.

Cette terreur subite enhardit Léonard et ses yeux s'arrêtent sur elle avec une joie stupide qui achève de l'accabler.

Le commissaire lui adresse enfin la parole.

— Etes-vous la femme de Léonard ? demande-t-il.

— Oui. monsieur, j'ai ce malheur, répondelle d'une voix à peine intelligible.

Aprèscet aveu positif, le commissaire sent qu'il serait inutile d'avoir recours aux preuves légales avec lesquelles il s'apprêtait à la confondre si elle s'était retranchée derrière la négative. Toute nouvelle question lui paraît déplacée. Il se lève et s'adresse à Léonard.

^ LE PÀ1B Dl i-kanck.

— Puisque vous voulez bien lui pardonner sa tuile, lui dit-il, et toutes les fautes dont elle s'est rendue coupable envers vous, emmenez -là. V cillez .surtout ace qu'elle ne puisse plus causer de scandale. N'oubliez point que vous êtes responsable de sa conduite.

Francesca comprend enfin qu'on veut la rendreàsoniaari. et l'excès du malheur dont elle est menacée lui donne le courage du désespoir.

Se jetant aux pieds du commissaire elle implore sa pitié.

— Oui. je suis coupable, s'écrie-l-elle. mais je. ne me repenspas de ma faute -.j'adore l'homme que vos lois me défendent d'aimer: je hais, je méprise, j'abhorre celui qu'elles m'ont donné pour maître! 11 le sait et il veut encore me reconnaître pour sa femme! N'est-ce pas assez vous prouver qu'en me livrant à un pareil être, vous changez ma honte en dégradation! Le choix de la femme, vous le savez, est presque toujours guidé par les convenances sociales, par les caprices ou par les erreurs de ses païens. Si

en violant des sermens aussi imprudemment prononcés elle commet un crime, c'est la punir trop cruellement que de la contraindre à voir sans cesse l'homme qui pousse l'infamie jusqu'à lui pardonner d'en aimer un autre; c'est la réduire au désespoir que de la condamner à entendre un pareil misérable lui reprocher de l'avoir trahi! Vous ne livrez point le voleur, l'assassin à la merci de celui dont il a compromis la fortune, menacé les jours! Pour ces sortes de forfaits vous avez des prisons . des échafauds! Ayez en donc aussi pour l'adultère! Puisque la mort, seule, peut rompre le mariage, que la mort punisse quiconque viole ses lois, et vous serez conséquens. que dis-je, vous serez humains! Oui. je préfère l'échafaud au malheur de passer un seul jour sous le même toit que Léonard!

Le commissaire se sent ému. Il se serait laissé fléchir si des ordres supérieures ne l'obligeaient pas à être insensible.

Les hommes revêtus de ces trisles fondions

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seraient humains, parfois, si la nécessité de servir les haines politiques, les vengeances-privées des u rancis, ne leur avait pas fait de la cruauté une habitude.

Il engage froidement la jeune femme a sui vre son mari et à se rendre digne du généreux pardon qu'il veut bien lui accorder.

Francesca a été ramenée au bureau du secrétaire où Léonard l'a suivie. Elle ne pleure point, elle n'accuse d'injustice ni les lois ni les hommes, ni le ciel; car elle ne croit plus qu'il existe des lois, des hommes, un ciel. Il lui semble qu'une catastrophe inexplicable l'a jetée au milieu d'un cahos où les créations monstrueuses du hasard, cherchent à écraser en elle un être d'une nature entièrement opposé à la leur, et qu'ils ne peuvent ni comprendre ni aimer.

Prenant son silence et sa tranquillité apparente pour une entière résignation. Léonard l'engage, aussi poliment qu'il lui est possible, à partir avec lui.

Cette invitation rappelle tout-à-coup Fran cesca à la réalité.

— Vous pouvez me tuer ! s ecrie-t-elle avec horreur: mais vous ne me forcerez pas à vous suivre.

— Ne vous y fiez pas. ma chère amie . monsieur le commissaire m'a ordonné de vous emmener, et il y a ici du monde pour m'aidera exécuter ses ordres. On ira chercher une voiture, on vous y portera: arrivé chez-moi je vous monterai dans ma chambre, et puis nous verrons....

Francesca sent qu'un froid glacial parcourt ses membres, que sa vue se couvre. Elle ne se flatte point que ces symptômes soient les avants-coureurs de la mort ; mais elle craint qu'un évanouissement ne la livre sans réserve à son plus cruel ennemi. Pour ranimer ses forces elle ouvre la fenêtre contre laquelle elle était appuyée. L'air vif d'une nuit de février la ranime ; le bruit et le mouvement qui régnent dans la rue. une des plus populeuses.

vj i i; PA.IR DE I II LNCE.

de Paré, lui suggère des projets , éveille des

espérances.

L'idée qu'elle veut Bejeter par la fenêtre se présente aussitôt a Léonard: il cherche à l'entraîner.

— Il est inutile d'employer la contrainte, lui dit-elle , je vous suivrai. Oui. j'y suis dérider enfin: mais à condition que nous irons à pied.

— Non. non. vous pourriez m'échapper, répond Léonard.

Cette scène commence à ennuyer le secrétaire; car pour lui le scandale n'a plus d'attraits, il en voit trop souvent.

— Et pourquoi voulez- vous l'embarquer dans une voiture malgré elle, dit-il, n'êtes-vous pas assez fort pour conduire une femme ? Si vous êtes si poltron, faites-vous suivre par deux de vos camarades. En tout cas ce n'est pas ici que vous devez vider vos querelles de ménage. Partez.

A cette invitation, qui ne souffre point de ré-

pliqae, Léonard offre le bras à sa femme. Elle le repousse brusquement.

— Qu'un de vos camarades me conduise , dit- elle vous me suivrez si vous voulez.

Un mot du secrétaire oblige Léonard à condescendre à cette fantaisie.

Francesca a quitté la maison du commissaire . fermement résolue . non à se rendre chez son mari, mais à s'en séparer pour jamais. Cependant elle n'a aucune idée du moyen qu'elle emploiera pour atteindre ce but. Des projets confus, des espérances vagues, telles que la rencontre de Georges, du duc. la pitié d'un passant, se croisent et se heurtent dans sa tète.

Appuyée sur le bras d'un agent de police suivie d'un autre et de son mari, elle a déjà traversé plusieurs rues sans avoir rencontré v un ami . ni même une personne dont le visage lui ait inspiré assez de confiance pour lui demander appui et protection. Sans connaître la demeure de Léonard, elle sait que chaque

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I>;is qu'elle fini l'en approche, et s<m anxiété augmente. Mourir avant d'atteindre cette de meure est son unique pensée.

Un brillant équipage s'inaïuv rapidement, elle \n chercher sous les roues de eette voiture la (in d'une existence vouée à l'opprobre . au désespoir. Son guide a senti qu'elle voulait retirer son bras et il le presse fortement. Elle pousse un cri d'effroi. 11 croit lui avoir l'ail mal et lui reproche de s'êlre attirée cet accident en cherchant à lui échapper.

Francesca est hors d'état de l'entendre. Le brillant équipage qui devait l'écraser porte les armes du duc. elle les a reconnues. Persuadée que son amant était dans celte voiture, elle a voulu l'appeler à son secours. Dans l'excès de son émotion elle n'a pu articuler qu'un cri étouffé et déjà elle s'en applaudit car elle se souvient qu'en ce moment la protection du duc ne pourrait que le compromettre sans la délivrer des mains de Léonard. Elle est convaincue enfin que ce n'est plus que

d'elle seule qu'elle doit attendre des secours. L'agent continue de reprocher à Francesca sa tentative de fuite.

— Quand vous seriez parvenue à vms échapper, dit-il. cela ne vous eût servi à rien: j'aurais crié au voleur et on vous eût arrêtée.

Une étincelle d'espérance l'a fait tressaillir.

— Et on m'aurait conduite en prison ' Demande-telle d'une voix tremblante.

— Oh! non. répond l'agent, pour cela il aurait fallu que vous eussiez volé en effet. Mais on vous eût toujours retenue assez longtemps pour nous permettre de vous rattraper.

Francesca n'a pas entendu la fin de cette phrase: sa pensée répète ces mots : Il aurait fallu que vous eussiez volé en effet.

Ses idées incohérentes sont devenues nettes et claires, sa démarche s'est affermie, ses membres cessent de trembler, son cœur bat plus vite, ses yeux cherchent avec l'avidité d'un avare l'étalage d'une boutique qui contienne des objets de quelque valeur: elle vient d'à

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percevoir a >a droite de riches bijoux exposés aux regards des passants, derrière le> glaces (l'un magasin d'orfè1» rerie resplendissant de lumière, et un sourire convulsif, enrayant, agite ses lc\ res; » >n bras gauche, toujours passé sous celui de l'agent de police, l'attire insensiblement vers cel <>r et ces pierreries.

Arrivée tout près de la boulique. son poingt droit se ferme, se lève vivement, retombe avec violence el brise la glace qui garantissait les bijoux, sans les dérober a la vue.

Le bruit de la glace cassée a attiré l'attention de la daine placée au comptoir. A la vue d'une main teinte de sang qui saisit les objets précieux qui se trouvent à sa portée, elle se précipite hors de la boutique, suivie de deux commis. Déjà les passans se sont attroupés, on leur crie d'arrêter le voleur que sa main ensanglantée fera reconnaître.

En vain l'agent de police a voulu entraîner Francesea, elle montre a la foule cette main qui constate son vol, et qui est remplie de

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bagues, de ferronnières , de riches épingles, etc.

On lui arrache les objets volés, et on court chercher la garde. Les deux agens de police ont pris la fuite. Léonard les appelle en vain en leur reprochant d'abandonner sa femme qui est devenue folle. En se dénonçant ainsi comme le mari delà voleuse, on le retient pour le faire arrêter avec elle.

La crainte d'avoir commis un crime inutile et de se voir enchaînée à Léonard jusque dans le réduit impur où elle espérait trouver un refuge contre l'indissolubilité du mariage, achève d'exalter Francesca. Elle cherche à convaincre la foule de l'innocence de son mari, par tout ce que le désespoir peut inspirer de plus énergique et de plus touchant.

On la croit ou du moins on admire ce beau dévouement, et soit par conviction ou par pitié, au moment où la garde arrive, on fournit à Léonard le moyen de s'échapper.

La poitrine de Francesca se soulève avec délices: jamais une satisfaction plus grande plus

vive, n'a bouleversé i<»ui son être. Les ver-

n»n\ d'une prison honteuse, une condamnation infamante vont enfin briser les liens qui rattachent à Léonard. Cette idée la rend presque heureuse.

La garde remmené, la foule la suit des yeux, et presque tous ceux qui la composent se disent entr'eux :

— C'est bien dommage que ce soit une \<> leuse. elle aime si tendrement son mari.

C'est ainsi que le public apprécie la plupart des actions qui se passent sous ses yeux, et trop souvent les magistrats appelés à les juger, ne les approfondissent pas davantage.

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