‹ Le pair de FranceChapitre 4 sur 7 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

Un pr^et.

Le quai aux Fleurs offre aux regards et à l'odorat tous les trésors embaumés que l'art du jardinier arrache au printemps. La foule admire et achète.

Après les épais brouillards, les glaces et les neiges de l'hiver, les fleurs nous semblent si

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belles: après une révolution qui a renversé un trône, après des émeutes qui ont compromis les intérêts privés et la sûreté publique, le calme . lors même qu'il ne serait qu'apparent, est accueilli comme le retour de l'ordre, de la tranquillité réelle.

Les Parisiens ont oublié six mois de froid et dix mois de troubles. C'est d'un air heureux et satisfait qu'ils se heurtent et se pressent sur ce marché d'où ils ne s'éloignent qu'en emportant comme un trophée de victoire . un pot de fleurs ou du moins un bouquet.

Léonard est au nombre de ces derniers.

Sa mise recherchée, presque élégante, rend les défauts de sa démarche et de sa tenue plus sailîans et plus ridicules ; et l'énorme bouquet qu'il tient à la main achève de lui donner l'air d'un fiancé de village, qui s'est affublé des habits d'un petit maître parisien.

En quittant le quai aux Fleurs, il s'est rendu sur la place du Palais-de- Justice. Il s'y arrête et suit des yeux les nombreux individus qui

se portent au palais, les uns avec un intérêt de pure curiosité, les autres avec des sentimens de haine ou d'indignation.

La cour d'assises doit décider aujourd'hui du sort d'un républicain, accusé de provocation à la haine du gouvernement , d'offenses envers la personne du roi et d'attaques contre les droits qu'il tient du vœu de la nation.

Déjà, au mois d'avril 1831 . le titre de républicain était redevenu une monstruosité, un épouvantail comme sous l'empire, comme sous la restauration.

Cette partie du peuple qui ne connaît d'autre bonheur que la satisfaction des besoins physiques, d'autres droits de citoyen . que celui de s'enrichir promptement. regarde le parti républicain comme l'auteur des troubles qui ont gêné le commerce et causé la misère publique. Le gouvernement y voit un ennemi dangereux qu'il faut exterminer, et il l'énonce hautement : car il ne cherche plus à cacher ses ten-

dances vers la monarchie purgée de tout mélange de démocratie

De nombreuses et cruelles déceptions ont porté le découragement dans lame de plus d'un illustre citoyen. Le pouvoir est échappé à des mains trop pures pour vouloir le retenir par de basses concessions: pas assez fermes pour oser le conserver par une résistance énergique aux exigeances royales.

La garde nationale n'est plus commandée par Lafayette. Laffitte , Dupont - de - l'Eure. Odillon-Barot ont quitté les postes élevés qu'ils occupaient.

LTn homme d'état , doué du génie qui crée de vastes projets . de la volonté inébranlable , de la fermeté audacieuse qui les exécute, les a remplacés. L'imagination frappée des souvenirs de 1793. il ne peut concevoir la république, sans la guillotine, sans l'anarchie, et il la hait, et il lui déclare une guerre d'extermination, comme à un principe funeste pour un peuple vieux de civilisation et de perversité. Le système

représentatif, dans toute sa pureté, lui semble la seule forme de gouvernement qui puisse convenir à une époque où l'on exige le bien-être matériel, non comme le prix de l'abnégation des facultés intellectuelles, mais comme le résultat de leur libre exercice ; à une époque où toutes les institutions, toutes les vertus sont taxées de rêves, de folies, quand elles ne se proposent pas. pour unique but. ce bien-être matériel autour duquel gravite sans cesse tout ce qui marche avec l'esprit de ce siècle d'or; qualification qui le résume à merveille, en prenant le mot dans son acception la plus positive.

Ce vaillant champion des principes monarchiques, cet adversaire redoutable des républicains, ne veut pas tromper la nation: mais il la suppose vile, sordide, incapable de sentimens élevés: il en appelle aux passions honteuses, à l'amour de l'or, à la peur.

Une foule de voix déjà ont répondu à son appel. Les cœurs généreux qui restent à la France pressentent, que dans ses mains le pou-

voir ne manquera ni de force, ni d'élévation; mais ils sentent aussi qu'il n'est pas immortel, et que les successeurs de ce ministre feront de son système ce que les jésuites ont fait de l'Évangile. Il y avait du bien et du mal dans ces préceptes, assemblés au hasard; ils n'en ont pris que le mal.

L'apparition de cet homme d'Etat a éveillé les susceptibilités du Château: on le désigne par dérision, sous le nom de Casimir I'r, et l'on met tout en œuvre pour le réduire à déposer aux pieds du trône ses rêveries constitutionnelles.

Le roi des barricades commence à sentir qu'il avait meilleur marché de ces patriotes à grands sentimens, qui, dans leurs beaux discours, se mettaient en opposition ouverte avec la couronne, mais qui. dans leurs rapports intimes avec elle . ne pouvaient lui refuser cette foule de petites condescendances qui les ont forcés à quitter la place, ou à renoncer à une popularité qui faisait tout leur mérite. Il comprend enfin

qu'il en est des souverains comme des simples particuliers, qui tirent souvent plus d'avantage de leurs ennemis trop faibles pour les attaquer ouvertement, que de leurs amis assez énergiques pour s'opposer à leurs volontés.

La France s'est partagée en trois camps, dont deux seulement offrent quelques chances de succès et de durée : le Château et le ministère. Quandà la nation, qui s'est divisée en une foule de fractions, il est facile de prévoir qu'elle deviendra victime des deux ennemis qui se la disputent, à moins qu'une commotion nouvelle ne lui rende l'énergie nécessaire pour prendre enfin la place que la justice et la raison lui assignent.

L'empressement du public à assister au jugement d'un républicain, a rappelé à Léonard que. dans des circonstances semblables, il a plus d'une fois recueilli des renseignemens précieux.

Dominé par le zèle pour ses fonctions qui s'est développé chez lui par les avantages qu'il

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en retire, il se disposait à suivre la foule à l'audience des assises, quand l'horloge du palais sonne la dixième heure <ln jour.

Se souvenant tout-à-coup qu'il lui reste à peine assez de temps pour se trouver au rendez-Nous on il est attendu, il s'éloigne en hâte, et se dirige vers l'extrémité du faubourg Saint- Germain.

Arrivé à un petit hôtel . à peu de dislance du boulevart des Invalides, il y entre d'un pas assuré et d'un air presque triomphant.

Une femme de chambre surannée, que les ordres de sa maîtresse condamne sans doute à ne cacher aucun des ravages que le temps à exercé sur sa personne, l'introduit dans un boudoir, remarquable par le mélange bizarre d'objets consacrés à de pieuses méditations, et à des délassemens profanes.

Un prie -dieu est près d'une causeuse, un perroquet s est majestueusement perché sur un énorme Christ en ivoire, des tableaux saints couvrent les murs partout où les glaces ont

laissé des places vides : une tête de mort , posée sur un Petit Carême relié en maroquin noir, fait face à un pupitre chargé d'une élégante écritoire. de plumes parfumées et de feuilles de papier éparses . dont la finesse . la nuance et le format, trahissent l'usage plus que mondain auquel il est spécialement réservé.

L'ancien cocher de cabriolet examine et touche avec une joie stupide ces matériaux à écrire, dont on s'est servi la veille pour composer la douce missive qui l'a appelé en ce lieu.

Tout gonflé de vanité, il tourne les yeux vers une glace. Tandis que d'une main il caresse son menton fraîchement rasé, et tire avec affection les deux extrémités pointues du collet de sa chemise, surchargée d'empoix. il soulève de l'autre l'énorme bouquet dont il a eu soin de se munir, comme d'un interprète éloquent des sentimens qu'il ne se sent pas la hardiesse d'exprimer lui-même.

Le miroir, en réfléchissant un visage où res-

l.'ti LE PAIR DE FRANCE.

pirent lajeuncsse. la santé et la forcé, lui rappelle agréablement le motif auquel il doit l'honneur qui est venu le trouver, sans qu'il se soit donné la peine de le chercher; et la satisfaction orgueilleuse qui anime ses traits, prouve qu'il est convaincu que le sort ne lui a pas encore rendu toute la justice qu'il mérite.

C'est dans cette situation d'esprit que la baronne vient le surprendre.

Elle entre avec précipitation et en se balançant en tout sens.

Ce maintien agité imprime aux plumes qui ornent sa toque, des mouvemens contradictoires et bizarres, et fait à chaque instant glisser le cachemire qui couvre ses épaules, et qu'elle tiraille vivement, non pour se couvrir, mais pour laisser à découvert une taille qu'elle croit admirable: car. grâce à son excessive maigreur, cette taille est fine, et Fart du fabricant de corsets à su mettre des convexités par tout où les régies de la beauté en exigent.

Son sourire agaçant, son regard a la fois

tendre et vif. ne permettent pas de douter qu'une circonstance récente a ranimé tout-àcoup en elle ce désir de plaire, qui. chez la plupart des femmes, couve encore sous les rides de la vieillesse.

Brusquement arraché à l'admiration de luimême. Léonard salue avec précipitation et en tirant un pied en arrière avec tant de rapidité et de vigueur, qu'il renverse le fautueil qui se trouve derrière lui.

— Bravo, bravo, mignon, s'écrie à plusieurs reprises une voix qui semble partir du plafond.

Cette voix est celle du perroquet, toujours perché sur un des bras du Christ.

Ranimé par le plaisir de voir sa maîtresse, et stimulé par l'influence que le bruit, quelque soit sa nature, exerce sur l'organe desoiseaux, il a répété au hasard une de ces phrases apprises, qui ne sont pour lui que des sons vides de sens. Léonard y voit une ironie, une moquerie cruelle qui l'indigne et l'effraie en même-temps.

Le chapeau et le bouquet qu'il tenait à la main lui échappent et vont rouler dans les jambes de la noble douairière.

Loin de s'offenser ou de rire de cette gaucherie: la baronne se plaît à l'attribuer à l'effet de la sensation vive et profonde que sa vue produit sur lui.

— Calmez- vous, mon ami. et relevez tout cela, dit-elle avec une bonté tout-à-fait engageante.

Léonard obéit. Il relève en silence, d'abord le fauteuil, puis son bouquet et son chapeau.

La baronne lui présente sa main à baiser. Il la porte à ses lèvres, la laisse retomber lourdement, et semble attendre que la noble dame veuille de nouveau lui prescrire la conduite qu'il doit tenir.

La douairière lui sourit comme lorsqu'on veut encourager un enfant qui. par sa timidité naïve, nous inspire le désir de gagner son affection.

— Je vois bien dit-elle, en le faisant placer

à ses côtés sur la causeuse, qu'il faudra que je vous accorde des entretiens plus fréquens. Je vous en impose toujours . et cependant je ne vous demande que de la confiance, de l'amitié.

— De l'amitié ! balbutie Léonard.

Ce mot dont la pruderie du vice cherche, dans les classes élevées, à couvrir des liaisous coupables, est. dans sa sphère, à lui. le terme technique qui désigne l'amour.

— De l'amitié ! repète-t-il. etpour une dame d'une aussi haute volée ! ...

— On dit : d'une naissance aussi illustre , interrompt la baronne, ou bien : douée de tant de qualités séduisantes, dangereuses.... La première phrase marque simplement le respect: la seconde trahit une passion secrète, réduite au silence par la crainte d'être repoussé. Il faut vous défaire d'une foule de termes dont vous vous servez trop souvent et qui prouvent une éducation négligée. Pour que je puisse vous présenter et vous pousser dans le monde,

il faut que votre langage et vos manières me permettent de dire que vous appartenez à une famille distinguée, noble. C'est une éducation à faire: je m'en suis chargée, je l'achèverai : mais il faut que vous y mettiez de la docilité de la persévérance.

— Oh ! je n'en manquerai pas. madame, je me souviens fort bien de tout ce que vous m'avez déjà enseigné. Par exemple, en parlant de Francesca. je ne dis plus mon épouse, mais ma femme, ou bien madame tout court.

En prononçant ces mots il tourne son bouquet à plusieurs reprises d'un air niaisement satisfait, et souffle sur les fleurs comme s'il craignait qu'en tombant sur le riche tapis qui couvre le parquet elles ne se soient salies.

— 11 n'y a point de poussière ici. dit la baronne: si mes gens vous voyaient, ilscroieraient que vous voulez faire leur satire, ou que vous n'avez pas l'habitude de vous trouver dans des appartemens bien tenus.

Mais cherchant aussitôt à adoucir ce que

cette leçon peut avoir de pénible, elle prend le bouquet.

— Je sais bien que vous me le destinez. Il est de taille, ajoute-t-elle. en riant.

— C'est une allusion à la grandeur de mes sentimens. répond Léonard, avec emphase, et si chacune de ces fleurs pouvait prendre la parole à son touret vous parler de mon respect, de ma passion....

— Comment donc, mon cher! mais c'est charmant ! Il y a de l'esprit, de la grâce, de l'imagination dans ce tour oratoire. Vous serez éloquent un jour. oui. vous pourrez soutenir la royauté citoyenne à la tribune. Il m'était réservé de doter la France d'un talent ignoré, endormi: il s'est éveillé au premier contact d'un tendre sentiment.... puissante magie du cœur!....

Ces dernières phrases, et surtout le ton passionné dont elles ont été prononcées déconcertent entièrement Léonard.

Ne sachant que répondre, il cherche à chan-

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ger d'entretien et demande à la noble dame si elle l'a fait venir pour lui désigner quelque indh idu qu'il faille spécialement surveiller.

— Vous êtes cruel , dit- elle en s 'efforçant de rougir, vous demandez des aveux positifs. Eh ! bien non. je n'ai pas d'ordre à vous

donner aujourd'hui J'ai cru prévenir vos

vœux... vous me dites sans cesse que vous ne sauriez vivre un jour sans me voir.

La baronne a répété si souvent à Léonard qu'elle a deviné la passion secrète dont il est épris, qu'il a fini par croire que le plaisir que lui cause les nombreux avantages qu'il tire de ses relations avec elle est en effet de l'amour.

Persuadé que sa répugnance à convenir ouvertement de cet amour n'est que le résultat du respect qu'il doit au haut rang de cette dame, il la prie . avec cette assurance que donne la stupidité, et qui ressemble parfois à la candeur de l'innocence, de vouloir bien lui faire la grâce de l'enhardir.

La baronne sourit.

— Je vous regarde comme un ami . comme un frère, dit-elle, à ce titre, je vous permets de passer la journée avec moi. Je n'attends personne; si par hasard il me venait une visite, je la recevrais au salon. Je ferai défendre ma porte pour le dîner et le reste de la soirée. Quoique fort embarrassé par l'idée d'un tel tête-à-tête, Léonard a fait une trop longue étude de la dissimulation et de l'hypocrisie, pour ne pas chercher à persuader à la douairière qu'il en est enchanté.

Après avoir échangé quelques tendres protestations, il sent qu'il a épuisé toutes les phrases de ce genre que sa mémoire a pu retenir des romans de Pigault-Lebrun et de Paul de Kock. qui font sa lecture favorite.

Cherchant à revenir aux circonstances réelles delavie.il raconte qu'en se rendant chez la baronne, il a vu une foule de curieux se porter au Palais-de- Justice, pour assister au jugement d'un républicain.

— Et d'un républicain enragé, d'un 93.

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ajoute-t-il. je puis le certifier... Je lo connais!., vous le connaissez aussi, madame, du moins pour en avoir entendu parler: car c'est monsieur Jules de Marsey.

— Je savais cela, mon ami: c'est votre cousin qui le défend.

— Mon cousin ! un bon défenseur : l'avocat des causes perdues ! tant mieux: il le fera condamner comme il a fait condamner mon épou... madame....

Le ton lamentable dont il a prononcé ces derniers mots ont choqué la baronne.

— Est-ce que vous ne vous seriez-pas encore défait de votre folle tendresse pour une créature aussi indigne de vous ? demande-telle d'un ton sévère.

— Je vous donne ma parole d'honneur, madame, que je la hais, depuis que vous me faites la grâce de me distinguer.... vous conviendrez cependant qu'il est bien malheureux d'être le mari d'une femme condamnée à cinq ans de réclusion pour vol ?

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Les larmes de Léonard ont triomphé sans peine du mouvement de dépit et de jalousie qui avait surpris la douairière.

— Ménagez ma sensibilité, dit-elle, d'une voix tremblante, et en lui prodiguant de tendres caresses : qui peut plus que moi ressentir toute l'étendue de votre haute infortune... Je suis fière de pouvoir vous faire oublier une partie des maux que cette femme dépravée vous a fait souffrir.

L'ancien cocher de cabriolet déclame avec feu contre Francesca . qu'il accuse de tous les crimes à la fois.

— Taisez -vous, mon ami. dit la baronne, le linceul doit effacer tous les torts dont s'est rendu coupable envers nous celui qui en est enveloppé. J'ai tous les jours des nouvelles de votre femme. Le ciel la punit: l'enfant du crime lui sera funeste: en naissant il a prononcé l'arrêt de mort de sa mère... elle n'a plus que quelques jours à vivre... Alors il

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vous sera permis dé chercher desconsolatioiih

dans une union plus heureu.se.

— .Mais mon enfant ! s'écrie Léonard avec colère, il vivra !

— Est-ce que \ous auriez la folie de croire...

— Eh ! mon Dieu! non: mais il ne s'en appellera pas inoins Léonard !... Le fils d'une voleuse portera mon nom... C'est une infamie, qu'une pareille loi î

— Ne vous en plaignez pas. mon ami.

dit la douairière en souriant, cette ]oi. qui en rendant le mariage indissoluble vous condamne a être le père de l'enfant du duc. vous vaudra une fortune considérable. Je me charge de vous la faire obtenir.

Ah! madame, si c'était possible... Je ne sais ce que je ferais pour vous reconnaître...

— Puisque vous m'aimez, interrompt la baronne, je ne puis travailler à votre bonheur sans travailler au mien.

Léonard n'a pas compris le sens de cette

LÉ PAIR DTE FRANCE1. l'i?

phrase: mais sa vanité lui défend d'en corne nir. Il répond par un sourire d'intelligence, qui enchante tellement la noble dame, que dans l'excès de sa joie elle se serait expliquée clairement, si on n'était pas venu l'avertir que Paull attend au salon.

Cette visite, que ses relations d'affaires ne lui permettent pas de renvoyer, la contrarie vivement. Elle s'empresse cependant d'aller la recevoir . et promet à Léonard de ne pas tarder à venir le rejoindre.

— Eh! bonjour, moucher Paul, dit-eîle en entrant au salon . avec cet air de bonté ei d'affabilité, sans lequel les paroles les pins aimables restent sans effet.

Complètement dupe de cet accueil amical. Paul est loin de se douter combien sa présence est importune en ce momeni. Il est rêveur . presque sombre, et remercie la baronne de le recevoir avec tant de bienveillance.

J'avais besoin d'être certain que je ne vous dérange pas . dit-il : car je ne viens vous parler

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que de moi. que de mes intérêts personnels.

— Raison de plus pour rire charmée de nous voir: je suis toujours à voire disposition, vous le savez. Excepté cependant s'il s'agissait d'une nouvelle tentative de réconciliation avec Sophie: je me suis brouillée avec elle pour avoir trop chaudement plaidé votre cause.

— Je ne crois pas. madame, que ce soit là le vrai motif de votre mésintelligence avec la duchesse. Au reste, je ne vous ai point prié d'intercéder en ma faveur près d'elle, je ne vous le demanderai jamais: notre liaison est rompue pour toujours !

— Propos d'amans brouillés . sous peu je vous reverrai amis tendres . passionnés.

— Non . madame . il ne me reste pas même la consolation d'espérer qu'un jour l'amitié pourrait nous rapprocher. L'événement qui nous a séparés est trop grave... il est irréparable!...

— Vous vous désespérez à tort: il est impossible que Sophie persiste dans ses rigueurs

envers un amant possesseur d'un titre aussi important que celui qu'elle vous remit dans cette soirée...

Une expression de terreur a passé sur les traits de Paul ; mais ils reprennent aussitôt la teinte calme et sombre qui leur est maintenant habituelle.

— Ce titre est nul . répond-il froidement.

— Aux yeux de la loi peut-être: mais pour le monde... je suis loin de vous conseiller d'avoir recours à ce moyen pour contraindre votre maîtresse à vous rendre ses bonnes grâces: mais vous devez vous en servir pour veiller sur votre fils. Ce pauvre enfant! il est entièrement abandonné à des mains mercenaires... sa mère le repousse et refuse de le voir... sa naissance a été avancée de deux mois par suite de cette scène violente, dont vous m'avez instruite trop tard pour que je puisse y porter remède: elle a attiré à Sophie une maladie grave dont elle n'est pas encore entièrement remise et qui a altéré sa beauté dune manière déplorable. Je conçois

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