‹ Le palais de justice et l'ancien parlement de DijonChapitre 4 sur 20 · SALLE DES AUDIENCES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

SALLE DES AUDIENCES PUBLIQUES

Si, après avoir pénétré dans le palais par le perron principal, on s'avance dans la salle des pas-perdus jusqu'à l'extrémité, on rencontre à droite de la chapelle une grande porte ogivale qui donne accès dans une vaste salle, longue de il mètres, large de 12, haute de 7 m. 50, et éclairée par huit verrières peintes en grisaille, cinq à gauche et trois à droite. C'est là que

siège la cour d'assises de la Côte-d'Or, qui sera prochainement transportée de l'autre côté, dans l'un des bras de la croix formée par le nouveau palais de justice. On appelait autrefois cette vaste pièce la salle du plaidoyer, la salle des audiences publiques, ou simplement V Audience,

On a indiqué plus haut la date de sa construction (1520). L'entrée était à cette époque presque à l'endroit où elle a été réouverte, sous la Restauration, par l'ingénieur Forey, chargé d'approprier le lieu au service de la cour d'assises. C'était une grande porte à deux vantaux, qu'un arc en tiers-point surmontait. Condamnée plus tard, cette ouverture fut remplacée par une vaste cheminée qui n'a disparu qu'en 1816. Aux deux tiers de la muraille à droite, une seconde porte plus basse, qui suppléa pendant deux siècles à la première ; puis à gauche, en face, du côté de la conciei^erie , une troisième qui communiquait avec la chambre du sceau et le petit jardin, dans lequel on construisit, à une date indécise, deux

cabinets pour le premier président et le doyen du Parlement. Enfin , au fond , près de la chambre des huissiers et de la vis qui montait au greffe, une quatrième issue réservée aux membres de la cour.

Dallée en pierres blanches, tendue d'une tapisserie de haute lice (1), cette salle était en outre lambrissée dans les parties inférieures. Les travaux de lamhroisserie exécutés dans le palais en 1520 coûtèrent en bloc 414 livres 5 sols. Ils furent refaits, paraît-il, en 1619, car les registres de cette année nous apprennent que le conseiller Bretagne fut chargé de faire revêtir l'Audience de lambris peints et dorés par Pierre Tassel, bon peintre originaire de Langres. 11 existe encore, en effet, quelques vestiges de ces peintures en grisaille sur les panneaux qui encadrent les portes de gauche

(1) Cette tapisserie était placée depuis plusieurs années en 1563, puisqu'on la répara dès cette époque. En 1789, le premier président Legouz de Saint-Seine voulut la remplacer par une tapisserie des Oobelins; mais la demande qu'il adressa dans ce but ^u chancelier ne fut pas accueillie

et de droite. Les dorures du plafond remontent à la même époque.

La cour siégeait au fond de la salle , sur des gradins soutenus par des « murettes, » dont le compte de Claude Duchamp règle le prix. Le Irône de velours violet, réservé au souverain et aux gouverneurs de la province , était placé à Tangle droit, du côté de la conciergerie. A un degré plus bas, la chaire du premier président, aux pieds duquel se tenait le premier huissier, les yeux fixés sur le chef de la compagnie.

Du même côté, près de la petite poi-te du sceau, se trouvait une lanterne, par laquelle les princes de Condé avaient coutume de se rendre i leur siège lorsqu'ils prenaient séance au Parlement (d). Au-dessous, un banc pour la noblesse, un autre pour les baillis et les officiers des juridictions inférieures du ressort, et derrière le parquet la barre des avocats, au bout de laquelle on pratiqua en 1566 de petits

(1) Le père du grand Condé y entra, en 1645, en chaise à porteurs, à cause de sa goutte. Les registres 4u ^^arlen^eqt notent avec soin cette circonstance.

guichets pour le passage des procureurs , afin d'éviter, disent les registres, qu'ils « ne discourent par le parquet. » Les substituts, qui cherchaient à se distinguer du barreau , quoiqu'ils fussent choisis dans son sein jusqu'au moment où leurs charges furent érigées en titre d'office, eurent un jour la mesquine vanité de faire tapisser et exhausser leur banc; mais le Parlement s'émut de cette nouveauté, et fit en 1666 arracher l'orgueilleux lambeau d'étoffe, afin d'enlever aux auxiliaires passagers du ministère public toute marque de prééminence.

Sur un des murs de l'Audience était, au dixseptième siècle, un grand tableau représentant V Adoration de la Croix, qui fournit au procureur général Picardet le sujet d'une de ses mercuriales , et qu'il a décrite dans les termes suivants :

« Considérons ce Sainct des Sanicts contre cette croix : attaché de trois clouds , ayant le costé ouvert d'une grande playe, dont ruisselé ce torrent de sang qui lui coule sur la hanche. Son chef, trésor de la saincte sapience, est cou-

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ronné d'épines. Il a encores tout le reste du corps de couleur de vie ; mais en ce beau visage, comme en une rose qui a perdu la veûe du soleil, le peintre a introduit une ressemblance de ternissement. Et, bien que toute la figure ne soit qu'une seule pièce, l'artifice néantmoins l'a sceu mi- partir à je ne sçay quelle imitation de vie et de mort. Voyez comme le sang fuyant peu à peu , la palleur y court et s'y jette par la mesme porte. Et prenez garde à ces doux yeux , dont les paupières commencent à se baisser. Vous diriez qu'il en fait signe à la mort et luy commande de s'advancer pour luy venir faire service.

« Je voy une vénérable dame, assize à sa main droite, veslue d'une robe de cramoisy phcenicien et d'un manteau bleu céleste brodé d'or. Elle paroit en aage de femme. Toutefois cette grande pudeur et la douceur de l'air de son visage nous asseurent qu'elle est parfaitement vierge. Il semble qu'elle s'efforce de parler ou de crier. Ce qu'elle feroit de véhémence, si une mortelle angoisse neluy tenoit prisonniers d'une main le

cœur, de l'autre la langue et tout le gosier, montrant au blanc de ses yeux et en l'action de ses bras qu'il y a plus d'elle dehors qu'il n'y en reste dedans. A sa gauche, voilà un jeune homme, couvert d'un habit de pourpre tyrien, fourré d'hermines blanches, et, dessous, d'une soutane perse à la judaïque ; qui a l'un des genoulx en terre et les mains jointes , comme un qui prie, la bouche entr'ou verte, d'où sortent, à ce que je croy, quelques paroles de grande efficace, que le pinceau n'a peu prononcer (1). » Ce tableau, qui a disparu, appartenait, si l'on doit en croire la gravure de Gaultier, à la première école de la Renaissance. A l'arrièreplan , derrière le Christ expirant sur la croix, on voyait un paysage et les remparts d'une ville forte; au-dessus, sur les nuées, des légions d'anges en adoration ou chassant les démons à grands coups d*épée. Sur le cadre, enfin, ces mots neuf fois répétés : Advertas, Advise; ce

(1) Sixième remontrance prononcée le 17 novembre 1611, — Une gravure du tableau y est jointe. — Paris, Morel, 1618; 1 vol. in-12.

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dernier en français, dit Picardet , « afin que Jes procureurs sçachent qu'on parle aussi bien à eux qu'aux autres. »

En 1749, grâce à la libéralité du premier président de la Marche, qui était un amateur éclairé d'objets d'art et en avait réuni un grand nombre dans son hôtel, l'antique cheminée de l'Audience fut réparée , son manteau de pierre de Fixin , haut de quatorze pieds, fut orné de deux cariatides avec trophées d'armes dus au ciseau du sculpteur dijonnais Dubois, et on le surmonta d'un buste de Louis XIV, que M. de la Marche avait donné à ses collègues. Il faisait face à un Christ de Belle, octroyé par Louis XV, et portant la date de ^763. Ce tableau existe encore.

Mais lambris dorés et tapisseries, peintures de Tassel et vitraux étincelants au soleil, dont se détachait au milieu d'attributs judiciaires la fine a portraicture » de François P"", avec son éternelle salamandre, tout s'éteignait, tout disparaissait devant la splendeur du « planchier, i> comme on disait au seizième siècle, ou du riche plafond en bois que l'architecte inconnu de 1520

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avait fait exécuter à Timitation de celui qui décorait l'habitation du grand-archidiacre de Langres. On ne croirait pas que cette œuvre, accomplie par un simple lambroisseur de Dijon, maître Antoine Gaillet, ait coûté 34 ?> livres seulement, outre 40 livres 6 sols pour la fourniture de trente-cinq sommiers de chêne, si le receveur Duchamp ne nous l'affirmait dans son compte. On lit sur un ruban au-dessus de la porte d'entrée à l'intérieur : « L'an MV*" et XXII fut my le planchiez du palais du Roy par Anthone Gailley dit Alement , demeurant à Dijon, »

Divisé en trente -cinq gros caissons par de larges poutres entrecroisées, que supportent des consoles sculptées , ce plafond ressemblait, au dix-septième siècle, à un vaste damier dont les cases auraient alternativement été mouchetées d'hermine ou semées de fleurs de lis et d'étoiles d'or. L'hermine s'est effacée, mais les médaillons appliqués aux sommiers et les écus moulés sur les corbeaux illuminent encore de leurs fauves reflets les tons sombres de la

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