‹ Le palais de justice et l'ancien parlement de DijonChapitre 5 sur 20 · OÏ LE PALAIS DE JUSTICE · texte numérisé non relu

OÏ LE PALAIS DE JUSTICE

charpente brunie par le temps. Une guirlande, formant des entrelacs soutenus par des génies, court d'une console à Tautre. Pour rappeler à la fois la date de la construction et celles des restaurations successives de la salle, les fleurs de lis dorées se marient partout à la salamandre, et l'H couronnée, monogramme de Henri II, aux L et A entrelacées, chiffre de Louis XII et d'Anne de Bretagne , qui devint aussi plus tard celui de Louis XIII et d'Anne d'Autriche. L'écusson de Bourgogne fait face à celui de France , et des yeux exercés retrouveraient peut-être encore la devise : Nutrisco et extinguo , que François I"' prodigua sur tous les édifices de son règne, à côté du porc-épic, qui était l'emblème de son royal prédécesseur. La plupart de ces ornements , en carton peint et doré, ne datent évidemment que de 1649.

Très inférieur au point de vue de l'art à l'ancien plafond de la chambre des comptes, qui a été récemment transporté dans la nouvelle salle d'assises, celui de l'Audience le dépasse peut-être en richesse et en éclat. Il est d'ail-

leurs un curieux modèle de rarchitecture de la Renaissance, et rappelle au centre de la Bourgogne certaines décorations intérieures du palais de Fontainebleau. On ne saurait trop regretter Tétat de délabrement et de vétusté dans lequel Tindifférence de nos administrateurs l'a laissé tomber depuis de longues années, et qui excitait dès la fin du siècle dernier les plaintes trop justifiées des syndics du Parlement.

L'Audience était, comme son nom l'indique, particulièrement aJQfectée aux cérémonies et aux plaidoiries publiques. La compagnie s'y réunissait chaque année avec les officiers des bailliages pour y entendre les mercuriales de rentrée, que l'ejsprit caustique des Bourguignons laissait rarement passer sans épigrammes. On connaît celle que fit Bernard Piron, un neveu d'Alexis :

Aujourd'hui le barreau reprend son exercice, Et tout rentre au palais , excepté la justice.

Elle y recevait en outre solennellement les grands personnages de l'Etat, les visiteurs ij-

lustres elles gouverneurs du duché, lors de leur installation dans la province.

Louis XIV y tint un célèbre lit de justice, le 48 novembre 1658 , pour faire enregistrer des édils fiscaux que le Parlement repoussait avec opiniâtreté. Le jeune Roi était accompagné du chancelier de Ghâteauneuf, des secrétaires d'Etat le Tellier, Guenegaud, de Brienne et la Vrillière; des maréchaux de Gramont et de Glérembaut ; du grand-maître de Tarfillerie la Meilleraye ; des ducs de Gesvres et de Noailles, capitaines des gardes du corps; du duc de Bouillon, grand-chambellan; du duc d'Épernon; de M. de Vardes, capitaine des Gent-Suisses ; du héraut d'armes, au titre d'Angoulême , vêtu de sa cotte d'armes de velours violet semée de fleurs de lis d'or; des gardes de la manche, des archers du grand-prévôt et d'une foule de gentilshommes. M. de Carnavalet , lieutenant des gardes du corps , s'était assuré la veille de toutes les portes du palais et en avait fait changer les serrures. Un grand trône de velours avait été dressé dans la salle.

et Louis XIV, qui s'y était assis Tépée au côté, ne le quitta qu'après avoir entendu la prononciation de Tarrèt d'enregistrement.

En mai 1564, Charles IX y avait déjà tenu un semblable lit de justice , et rendu un arrêt dans la cause d'une veuve Brigandet contre le seigneur de Villeberny.

Henri IV et Louis XIII, qui séjournèrent cependant tous les deux à Dijon , n'y prirent ni l'un ni l'autre séance ; mais le chancelier du Prat, mais l'amiral de Brion en 1526, mais l'archevêque de Salerne Tannée suivante, le cardinal de Givry en 1553, les ambassadeurs des Ligues suisses en 1582, le patriarche d'Alexandrie en 1589, le duc de Mayenne en 1574 et 1593, le comte de Chiverny, chancelier de France, et M. de Galignon, chancelier de Navarre, chargés de réinstaller les magistrats royalistes en 1595, le maréchal de Biron en 1598, les ducs d'Elbeuf, de Bellegarde, de Vendôme, d'Épernon,de Saint-Agnan, gouverneurs de Bourgogne, et surtout les princes de l'illustre maison de Condé, dont les destinées furent pour

ainsi dire liées pendant près de deux siècles à celles de la province, y furent reçus par le Parlement , qui constatait avec quelque orgueil les moindres détails de ces cérémonies sur les registres de ses archives. On sait ainsi que ces princes étaient aussi modestes qu'affables, qu'ils se contentaient d'une hôtellerie commune pour logis (1), et qu'ils ne manquaient jamais d'aller voir, aussitôt après leur arrivée dans la capitale de leur gouvernement, tous les présidents et quelques-uns des principaux conseillers de la cour. « Le grand Gondé n'y faisait jamais de voyage, dit le président Bouhier, qu'il n'honorât mon grand-père, qui, par ses incommodités, ne sortait point de chez lui, d'une ou de deux visites. J'ay encore vu son fils HenriJules faire le même honneur à feu mon père, pendant que la goutte l'empêchait d'aller faire sa cour à ce prince, qui pourtant s'est le premier éloigné de l'affabilité de ses ancêtres. » Ils en-

(1) Eq 1623, le prince de Gondé descendit au logis du Rabot, et, eu 1627, à Thotellerie du Bœuf y près des Gordeliers.

Iraient également à l'Audience en pourpoint noir uni, sans autre insigne que l'épée au côté, et cette simplicité leur gagnait plus de cœurs en province que le luxe de Chantilly ne leur faisait d'envieux à la cour.

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