‹ Le palais de justice et l'ancien parlement de DijonChapitre 6 sur 20 · GRAND'CHAMBRE · texte numérisé non relu

GRAND'CHAMBRE

Cette salle , que l'on appelait aussi Chambre du Conseil, était en 1520, dit M. Canat, « éclairée du côté de Saint-Fiacre par trois fenêtres de trois pieds de chaque face et trois autres semblables du côté du soleil couchant. Son grand bureau était surmonté de quatre fenêtres, outre celle qui donnait le jour au bureau du greffier. Onze fenêtres en tout garnies de verre blanc. »

Si ces renseignements sont exacts , on lui fit subir depuis de grandes modifications , car il est impossible de découvrir aujourd'hui la trace d'ouvertures aussi nombreuses et réparties sur trois côtés du parallélogramme. Elle fut sans doute restaurée au dix-septième siècle, lorsqu'on bâtit la Tournelle , la cliambre des enquêtes et

le vestibule de Yhorloge, qui masqua en partie le pignon du côté de Saint-Fiacre.

Quoi qu'il en soit, si Von veut avoir une idée de la disposition intérieure de cette salle au seizième siècle , à l'époque où elle servait à la fois aux audiences publiques ordinaires et aux délibérations intimes du Parlement, — car à partir de 1748 les audiences ouvertes au public et les assemblées générales de la compagnie se tinrent dans la salle dorée, — il faut jeter bas par la pensée les tendues d'origine récente qui la divisent, le plafond de plâtre blanc qui la recouvre, et y pénétrer du côté du préau , où se promènent gravement des conseillers en robe , pèle-mèle avec des animaux familiers nourris par le concierge du palais (1). L'huis qui donne

(1) Une anecdote à propos de ces animaux. Le 26 avril 1595, raconte le conseiller Breunot dans son journal, entre deux et trois heures, pendant que Messieurs se promenaient dans la grand'chambre en attendant l'audience, la biche de M. de Franchesse, étant au préau de la cour du palais, entra par la galerie dans la grand'chambre, s'avança contre les bancs, avala quatre ou cinq requêtes laissées pour appointer,

dans la galerie de la Tournelle est ouvert : les deux verrous qui le ferment d'ordinaire pour écarter les indiscrets et assurer le secret des délibérations sont tirés; les huissiers ont abaissé leurs baguettes , nous pouvons entrer librement. La salle est plus longue que large, à angles droits. Les murailles sont tapissées de drap (1), Contre celle qui touche la chambre des procès, une massive cheminée surmontée de son vaste manteau que décore l'image du Christ: de chaque côté, sur deux faces, les sièges fleurdelisés de Nossi^igneurs du Parlement; près d'une fenêtre basse, du côté de la chapelle, à main gauche en entrant, et un peu au-dessus des conseillers, une ckaircde velours violet pour le Roi ou son représentant, le gouverneur de la province, avec un carreau de

et aurait englouti un sac de procédure, si le conseiller Bernard ne le lui avait arraché de la gorge. Mu' lum 07nen pour le palais. — On était alors au milieu des troubles de la Ligue.

(1) La tapissiîrie fut posée en 15f>7 par Jehan Bourrelier. Dans la même année, on peignit le Christ de la cheminée. Cette peinture coûta 18 ejua au aoleil.

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velours et un tapis semé de fleurs de lis d'or 30US les pieds ; immédiatement après, celle du premier président et le banc des présidents à mortier ; ensuite celui des évéques ayant droit de séance au Parlement, et des chevaliers d'honneur de la cour; devant eux, le grand bureau ; à quelques pas, derrière ce bureau, le banc recouvert de drap sur lequel prennent place MM. les gens du Roi (4) ; plus loin , sur le parquet, un banc pour la noblesse, mais où il est interdit de porter Tépée (2) ; puis le banc des avocats, et enfin au bas de h salle, dans un angle , près d'une petite fenêtre , le siège et la table du greffier.

La disposition , comme on le voit, est à peu près celle de l'Audience. On heurte au guichet.

(1) Ce banc fut ainsi disposé en 1566.

(2) Personne, si ce n'est le gouverneur, n'avait le droit de porter des armes au palais, et les lieutenants généraux pour le Roi ne Tobtinrent un jour que par surprise. Un arrêt du 7 mars 1656 défendait à toutes personnes, de quelque qualité qu'elle fût, de porter éperons, épées ou armes dans la graud'salle ou à l'Audience, sous peine de 50 livres d'amende.

Voici la cour. C'est, si vous le voulez, le jeudi 24 mai 4564, un jour mémorable, où toute la ville et les robias en particulier sont en grand « esmoy », car le roi Charles IX est à Dijon et doit tenir un lit de justice au palais. Sa Majesté n'a pas encore quitté son logis : la reine Catherine de Médicis, le duc d'Orléans, les cardinaux de Bourbon et de Guise, les princes deNevers, de la Roche-sur-Yon, de Montpensier et d'Aumale, le connétable de Montmorency et quatre maréchaux de France , entourés de nombreux gentilshommes , attendent avec quelque impatience dans la galerie des anciens ducs de Bourgogne que le jeune monarque, péniblement arraché au sommeil , revête son long manteau blanc et passe à son cou le collier de l'ordre ; mais le chancelier de France, messire de l'Hospital , toujours a éveillé au faict de la justice , » a devancé le Roi au palais , et , pendant que le maître des cérémonies fait dresser en hâte dans un angle de l'Audience le dais de velours qui couronne le trône recouvert de drap d'or, il entre brusquement dans la chambre du conseil

avec les évoques de Valence et d'Orléans, M. de Lisle, premier président du Parlement de Bretagne, MM. de Saint-Martin, deBeaune,Hurault, de la Haye, Fumée, maîtres des requêtes, et Jehan Camus, greffier du conseil privé.

Quelques minutes plus tôt et la cour eût été surprise. Heureusement, elle a été prévenue à temps et a pu lui députer trois présidents, suivis de trois anciens conseillers, qui sont allés le recevoir sur le seuil de la salle d'Audience. Ceux-ci le ramenant processionnellement en la grand'chambre , où il prend place sur le siège du premier président, ayant à sa droite, mais plus bas, les seigneurs évéques, et à sa gauche M. de Lisle. Les présidents, enveloppés de leurs manteaux fourrés, mortiers en tête, et les conseillers, revêtus de leurs robes rouges, avec le chaperon écarlate, s'asseyent à leur tour, et la séance est ouverte. Le chancelier se fait apporter les registres du Parlement, donne lecture des lettres d'institution de la chambre des vacations et demande si on a jugé depuis beaucoup d'affaires. — Quelques-unes sans

doute, lui dit-on, mais seulement celles qui exigeaient provision. — Tant mieux , répond THospital, car autrement vous auriez rendu des arrêts nuls. — Puis, M. de Vintimille fait son rapport sur une requête présentée dans une cause matrimoniale, qui est appointée séance tenante, ce qui fournit à Finfatigable chancelier l'occasion de rappeler, en doctes termes, la jurisprudence du Parlement de Paris. Mais les trompettes éclatent, les vivat du peuple couvrent sa voix ; c'est le cortège royal qui approche , il faut le devancer à l'entrée du palais et lever l'audience.

L'histoire de la grand'chambre est l'histoire du Parlement, on pourrait dire l'histoire de la province, car il n'est pas, outre les grandes causes judiciaires , une question politique, pas un grand acte d'administration , pas un édit , pas un impôt , pas un droit du prince ou du peuple qui n'ait été jugé, débattu, enregistré ou promulgué dans cette enceinte. Les Etats eux-mêmes, peut-être plus solennels et plus majestueux, parce que les réunions en étaien

triennales, eurent rarement autant de pouvoir et de réelle importance (1). C'est là que siégèrent un la Guesle, un Bégat, un Jeannin, un Vintimille, un des Barres, un Frémiot, un la Reynie, un de Brosses, et les Lantin, les de la Mare, les Saumaise, les Bouhier, qui jetèrent un si vif éclat non seulement sur la compagnie dont ils étaient membres , mais sur la province dont ils poliçaient les mœurs et dont ils défendaient energiquement les franchises. Mais il ne nous appartient pas d'effleurer même ce sujet , qui a été traité ailleurs, et il convient de rappeler seulement que la grand'chambre , dont la compétence exclusive s'étendait à toutes les affaires civiles et même à certains procès criminels, à ce point qu'en 1G62 les autres chambres se plaignirent au prince de Gondé d'être dépouillées par elle, comptait à la chute du Parlement quatre présidents, outre le premier, un conseiller-né d'honneur, trois conseillersnés ecclésiastiques , un premier conseiller d'É-

(1) V. Je Parlement de Bourgogne et les libertés 2)rovinciales y par H. Beaune Dijon, Rabutôt, 1858.

glise, l'abbé de Cîteaux,deux chevaliers d'honneur, un conseiller d'honneur laïque, un doyen, et dix-sept conseillers. Elle siégeait ordinairement quatre fois par semaine , à deux audiences par jour, ce qui faisait dire à M. Jehannin de Ghamblanc en 4757 : « Je prends deux prises de grand'chambre par jour, cela me parait cruellement indigeste. »

En 1620 , le Parlement ordonna la construction d'un réduit près de la grand'chambre, pour y placer ses registres et papiers précieux. Mais cette résolution n'eut pas de suites avant 1646. Le 3 février de cette année^ un incendie violent ayant éclaté près du palais , qui fut un instant menacé, puisqu'on crut devoir y apporter le Saint-Sacrement afin de le préserver, on s'empressa de bâtir dans le jardin, sous les fenêtres de la grand'chambre, un cabinet voûté où furent déposées les archives (1). Ce cabinet commu-

(1) Cet incendie fut si violent que tous les conseillers quittèrent l'audience pour faire la chaîne. Le Parlement tit ensuite distribuer 400 livres de son épargne aux religieux mendiants qui avaient apporté des secours.

niquait avec la salle par une porte pratiquée près du bureau du greffier.

Aujourd'hui la grand'chambre , coupée en deux, est consacrée aux délibérations du jury criminel. On y voit un Jugement de Salomoriy peint par Corneille.

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