TOURNELLE
On donnait ce nom à la chambre qui jugeait à huis-clos et par écrit les procès criminels. Elle était ainsi appelée, parce. que les conseillers laïques y entraient à tour de rôle, par roulement. Les conseillers clercs en étaient exclus à raison de leur caractère ecclésiastique qui leur interdisait de prononcer des condamnations capitales. La Tournelle connaissait aussi, en audience publique, des incidents soulevés par les poursuites criminelles , et des affaires civiles qui lui étaient renvoyées par la grand'chambre.
Gréée par François I*' au mois de novembre 4537, elle fut supprimée peu après, puis réta-
blie en fait par l'augmentation successive des charges de conseillers, qui permirent de diviser le Parlement en deux chambres ; remplacée en 4554 par'la chambre des vacations, qui devait connaître de l'hérésie et des autres crimes de droit commun ; reconstituée le 10 février 4566 avec le titre de chambre criminelle, pour juger spécialement les auteurs de troubles et les contrevenants à l'édit de pacification , elle continua enfin ses travaux , après la suppression de cette juridiction temporaire, sous le nom de Tournelle, qu'elle ne quitta plus désormais, (c Nous ne faisons , écrivait en décembre 4755 le conseiller Jehannin de Chamblanc au président Fyot de la Marche qui était alors à Rome, nous ne faisons autre métier que de balayer avec nos queues traînantes le parquet poudreux de la Tournelle, où nous nous ennuyons à déchiffrer de vieilles paperasses qui ne valent pas assurément les inscriptions lapidaires. » Du mois d'août au 12 novembre , elle se transformait, avec l'adjonction de quelques conseillers, en chambre des vacations, et expédiait ainsi les
affaires criminelles ou civiles les plus pressées. Au dix-huitième siècle, ces réunions laborieuses qui rendaient d'incontestables services aux justiciables, étaient l'occasion de fréquentes parties de plaisir. « On a fait une chère énorme, disait dans la même lettre le correspondant de M. de la Marche, pendant la chambre des vacations; presque toujours seize à table. Les estomacs en ont tous la fièvre. * Ajoutons , pour être complet, qu'en 1789 la Tournelle comptait quatre présidents et dix-huit conseillers.
Il est vraisemblable , sans être pourtant certain , que cette chambre ou plutôt les rapporteurs qui instruisaient les procès criminels siégèrent d'abord dans la pièce voûtée qui se trouvait près de la salle du conseil , et qui est aujourd'hui affectée aux délibérations de la cour d'assises. La proximité du cabinet qui servit aux lugubres opérations de la torture jusqu'au milieu du dix -huitième siècle, semble confirmer cette hypothèse. Mais cette pièce était évidemment trop incommode et trop étroite pour conserver longtemps cette destination : le Parlement son-
gea bientôt à transporter la chambre criminelle dans un bâtiment spécial, qui fut commencé en 1549, à Textrémité de l'aile occupée par la grand'chambre, là où se trouve actuellement la 3** chambre de la cour d'appel. Tant que durèrent les travaux, elle tint ses audiences au premier étage, dans la salle qui fut attribuée au greffe en 1554. On avait eu d'abord la pensée de la placer provisoirement dans la cham- / bre des huissiers , afin d'éviter aux conseillers Fremiot et Coussin, alors malades, la fatigue d'une ascension quotidienne, et de faire descendre les huissiers dans la chambre basse de la maison qui avait été achetée pour recevoir la juridiction criminelle. Mais ce projet ne se réalisa point : on pressa les ouvriers , on employa à leur paiement une partie des épices dues à des magistrats absents et Ton parvint ainsi à disposer d'un édifice à peu près convenable ^ auquel donnait accès une longue galerie , qui communiquait avec la grand'chambre , par laquelle on était obligé de passer.
La Tournelle y siégea jusqu'au milieu du dix-
septième siècle. Ou reconstruisit alors presque de fond en comble le vieux bâtiment qui avait été approprié à son usage , sans détruire toutefois complètement cette galerie, où l'on voit encore les poutres peintes à la mode de la Renaissance et le chiffre de Henri II entrelacé avec celui de Catherine de Médicis, que Ton a pris faussement pour le monogramme de Diane de Poitiers. On en respecta seulement le plafond peint dans le même style que la galerie, et dont quelques vestiges subsistent encore sous les combles. La nouvelle construction affecta sur le préau intérieur la forme d'un petit pavillon avec deux ailes en retour. Au centre, sur l'une des fenêtres, le double écusson de France et de Navarre, entouré du cordon de l'ordre. Sur les ailes, deux cartouches avec la main de justice et le glaive en sautoir. Dans l'intérieur, une salle médiocre d'étendue , éclairée par deux ouvertures au levant, sur la conciergerie, et trois autres sur une petite cour basse, au-dessous du niveau du préau. Une cheminée au fond de la salle, adossée au mur contre lequel se trouvent
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aujourd'hui les sièges des magistrats de la chambre correctionnelle. Point de décors, ni bois sculpté, ni dorures. On avait fait les choses économiquement , car MM. les syndics avaient été contraints d'emprunter les fonds destinés à ces travaux (1).
On n'y ajouta un cabinet pour les délibérations qu'en 1720. Il fut construit sur l'emplacement d'une maison achetée du notaire Vaudrémont et coûta 1,200 livres. La pièce au-dessous servit désormais à la torture, qui était donnée jusque là dans une petite salle voûtée près de la grand'chambre.
La Tournelle a eu ses causes célèbres, aujourd'hui sans doute bien oubliées. Mais les curieux du passé se rappellent encore les procès du quillotismCy des sorciers de Lyon (2), de Vermite d'Aignay, etc.
(1) 14 août 1649. On dépensa en tout 19,073 livres, dont 3,173 avaient été avancées par le conseiller Minière.
(2) V. la brochure publiée en 1868 par H. Beaune sur ce procès scandaleux. ( Mémoires de TAcadéane de Dijon.)
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Tous les amateurs s'arrêteront, dans la salle actuelle, devant un Christ d'Eustache Lesueur, belle toile de 1 m. 84 de haut suri m. 19 de large, qui provient du musée de la ville.