Brenet, p. 3ii
3. Morand (p. 35) dit qu'il y avait plaisir à venir entendre Couperin, qui jouait à certaines grandes fêtes, environ quarante fois par an. L'organiste était logé dans l'enceinte du Palais: des lettres patentes du G mai i56i et un arrêt de la Chambre des Comptes du 12 juillet i5G3 ont précisé et confirmé ce privilège. A un certain moment {1691), par un excès de pruderie, on jugea la discipline ecclésiastique troublée chez les chapelains elles clercs du Palais par la présence de femmes, si des personnes mariées demeuraient plus longtemps près de leurs logis [Archives nationales, LL G07, p. SGa) : ce fut pour l'organiste une nécessité de déménager, mais cette exclusion ne dura pas. En 1787 on proposa au libraire Prault, chargé du dépôt public des lois, de s'installer dans le logement de l'organiste, mais en 1790 on le trouve occupant une partie de l'Hôtel de la Trésorerie [Archives nationales, 01 1692).
dépens du bon goût, toute la largeur du monument et cachait en partie la rose ; après l'inventaire qui fut fait à la Sainte- Chapelle en 1790, il fut transporté à l'église Saint-Germainl'Auxerrois où il est encore. On ne l'a pas reinplacé.
Depuis le règne de Henri II jusqu'à la Révolution, la nef était séparée du chœur, à hauteur de la quatrième travée, par un jubé, charmante et fine boiserie de style Renaissance, qui ne souffrait pas trop de l'ambiance S et contre laquelle, de chaque côté d'une porte ajourée à deux vantaux, venaient s'adosser deux autels latéraux qui servaient au culte et où en guise de retable étaient placés les deux émaux de L. Limosin, peints en i553 d'après des dessins du Primatice, que le Louvre a heureusement recueillis.
A hauteur de cette séparation, on aperçoit encore, sous la troisième fenêtre, de chaque côté, une arcade surbaissée qui a été pratiquée dans l'épaisseur des murs : ces deux grandes niches, à riches archivoltes, étaient des places d'honneur où se tenaient d'ordinaire le trésorier et le chantre, accompagnés des chanoines et chapelains, et que l'on réservait pour les grands seigneurs de la Cour lors des cérémonies particulières qui se déroulaient à la Sainte-Chapelle.
Le chœur était garni de stalles en boiserie, qui portaient le chiffre du roi Henri II. Quant au maître-autel, également disparu^, il paraissait contemporain de la construction primitive : une longue table de pierre, ornée de sculptures très sobres, s'appuyant sur trois colonnettes et ayant pour fond une dalle posée de champ. Aux quatre angles de l'espace indiqué par les deux marches de l'autel, Henri III avait fait édi-
1. Les panneaux en étaient très ornés: on peut juger de l'eiTet par la gravure publiée dans l'ouvrage du chanoine Morand.
2. VioLLET-LE-Duc cn donne un dessin dans son Dictionnaire d' architecture .
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fier quatre colonnes de marbre noir portant des anges de bronze : ouvrage probable de Germain Pilon, dont la haute chapelle possédait aussi une statue de la Vierge, en terre cuite, pkcée sur une console adossée à la paroi gauche de la nef,' dans la première travée, et que l'on distingue aisément sur les gravures antérieures à la Révolution. Cette Vierge a été heureusement conservée, comme on le verra plus loin.
En arrière de l'autel, était placé jadis un modèle de la Sainte-Chapelle, en vermeil, fermant à dix clefs de serrures différentes!, d'environ un mètre de haut, qui fut commandé trois ans avant l'incendie de i63o, à la demande et aux frais de la Chambre des Comptes, par l'orfèvre parisien Pierre Pijart^, qui était chargé de la garde des reliques : cette châsse, destinée aux principales reliques, fut fabriquée en i63i pour remplacer les anciens reliquaires et mise en place l'année suivante; elle avait coûté environ i3ooo livres 3, et faisait l'admiration de tous les visiteurs. Ainsi qu'il avait été spécifié, elle affectait la forme de la Sainte-Chapelle, « selon sa structure, avec les galleryes et porches estans au devant, les deux portes haulte et basse, enrichissement, ornement, rozes, mouleures, tours de devant, saillies, arcades, pilliers, et aultres embellissemens d'icelle saincte Chapelle, ensemble la couverture et clocher, et la mesme forme et figure qu'ils sont de présent, mesme la forme des victres, au dessus desquelles
1. Six fermaient les deux portes extérieures, et les quatre autres un treillis intérieur à deux battants.
2. Deux autres orfèvres, Pierre Ballin et Jean Le Mercier, avaient propose un autre modèle déchusse qui ne fut pas accepté; ils touchèrent à cet ettet une indemnité de i5o livres {Le trésor de la Sainte -Chapelle, par A. Vi- DiBH, dans les Mémoires de la Société de l'histoire de Paris. XXXVII, p. 2o5).
6. Le devis et le contrat passé par-devant notaire ont été retrouvés par A. ViDiER {idem, pp. aoS-aoo).
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victres étoient posées quinze figures d'anges de dilïérentes postures, ayans en mains différens instruments de musique, le tout enrichy de perles et de pierreries » qui avaient été fournies à l'orfèvre. On pense bien quel sort a été réservé à ce monument.
Au fond de la chapelle et en arrière de la place réservée à l'autel, était unciborium, au niveau du sol, sorte de crypte supportant une plate-forme supérieure ; on voit encore aujourd'hui cette sorte de haute tribune formant baldaquin et dorée, servant autrefois à l'exposition des reliques; elle est accostée de deux élégants petits escaliers ajourés à vis (celui de droite est seul ancien) qui permettent d'y accéder ; elle est ouverte sur toutes ses faces et soutenue par des faisceaux de colonnettes. Dans les écoinçons de l'arc qui la domine, deux anges aux mains jointes, aux ailes allongées, portent les insignes de la Passion.
Cette disposition a existé de tout temps, et permettait d'aller chercher les reliques pour les montrer au public, à certaines grandes fêtes. Les souverains et les légats voulaient-ils les examiner déplus près? On les faisait monter par l'escalier tournant. Il arriva même à ce propos une singulière aventure à l'empereur Charles IV, quand il voulut aller admirer la grande châsse le 6 janvier 1878. « Pour ce que la montée soit greveuse et étroite, il n'y put être porté dans sa chaise, mais se fit tirer par les bras et les jambes contremont la vis, et pareillement ravaler à très grant peine et grevance de son corps pour la grant dévotion qu'il avoit de voir de près les dites saintes reliques. » Ce dut être un singulier spectacle que celui de ce vieillard goutteux et obèse qu'on eut autant do peine à hisser qu'à descendre.
Du côté du nord, une porte communiquait avec la sacristie.
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dont il subsiste une petite salle voûtée en berceau, comme à l'étage inférieur. Du côté du midi, à peu près à même hauteur (quatrième travée), était établie une étroite communication avec la chapelle ou oratoire dit de saint Louis, construite au-dessus de la chapelle du Cimetière ; les rois pouvaient de là assister aux cérémonies qui se déroulaient à l'intérieur, grâce à une ouverture percée obliquement à travers le mur et garnie d'un grillage en fer*.
Si la rose en style flamboyant, qui remplit toute la largeur du mur de retrait de la façade et offre la représentation de diverses scènes et visions de l'Apocalypse, appartient au règne de Charles VIIÏ, toutes les autres verrières sont contemporaines ou de Louis IX ou de Philippe le Bel. Elles comptent, par l'expression du dessin, la vivacité des couleurs ^ et la richesse des sujets, parmi les chefs-d'œuvre de cet art si admirablement cultivé au xiii« siècle ; et il est bon de noter que dans l'acte de seconde fondation de la Sainte-Chapelle, en août 1248, le roi a pris soin de préciser qu'il entendait réserver un fonds spécial sur les revenus de l'église pour l'entretien et la restauration de ces verrières, chaque fois qu'il serait nécessaire : il y attachait donc une particulière importance. Or ces vitraux ont été l'objet de
1. Dans l'oratoire dit de saint Louis se trouvait jadis, si l'on en croit Morand, un graad tableau représentant l'intérieur de la grande châsse, avec toutes les reliques telles qu'elles y étaient rangées, et saint Louis à genoux devant ces reliques. En outre, sur un vitrail était figuré le même monarque à genoux devant une croix entrelacée d'une couronne d'épines.
2. Un vieux proverbe français disait: a du via de la couleur des vitres do la Sainte-Chapelle ».
2i6 LA SAINTE-CHAPELLE.
restaurations, et fréquemment; l'une des dernières qu'on ait à constater sous l'ancien régime est celle de Guillaume Brice, peintre-verrier de Paris, qui, au témoignage de Pierre Levieil*, fut chargé par le chapitre de remettre en plomb neuf toutes les verrières qui avaient souffert des injures du temps 2.
La partie inférieure de la plupart des fenêtres perdit ses vitraux jusqu'à une hauteur de trois mètres lorsque la Sainte- Chapelle eut à subir, au début du xix*^ siècle, diverses transformations ; on boucha simplement avec du plâtre les armatures vides. Et lorsqu'on songea à la restauration générale de l'édifice, ce ne fut pas l'opération la plus facile à exécuter. Heureusement on eut recours à des hommes de goût, pleins de zèle et de prudence, qui, avant de procéder à aucune réparation, firent relever fenêtre par fenêtre tous les panneaux, les uns après les autres, et les reproduisirent par de fidèles copies de la grandeur de l'original, de telle sorte qu'on put avoir toujours sous les yeux, même après l'enlèvement, l'ordre dans lequel on avait trouvé chacun des morceaux. Ce consciencieux et immense labeur fut, à la suite d'un concours public, attribué à Henri Gérente par la commission compétente ; mais, cet artiste étant décédé peu de temps après, on eut recours à la science du peintre-verrier Steinheil pour le remplacer, avec la collaboration de l'architecte Lusson.
Première fenêtre de la nef, au nord (91 sujets). — La Genèse, Création du monde en six jours, Création de l'homme et delà femme, Les animaux reçoivent d'Adam leurs noms. Le péché originel. L'expulsion du paradis. Le travail, Abel et
1. L'art delà peinture sur verre (^Paris, 177/1, i^-^'- F- ^^^■
2. Cette restauration avait amené de fréquentes et fâcheuses interversions dans l'ordre des sujets. Sur une des verrières on lisait une dale : 1763.
ANCIENNES ORGUES — DESSIN DE JACQUES CELLIER (Bibliothèque Nationale)
Gain, Meurtre d'Abel, Invention des Arts et Métiers, Mort de Caïn, Le déluge, L'histoire de Noé, La tour de Babel, la vocation d'Abraham, Melchisédech, La destruction de Sodome, Naissance, sacrifice et mariage d'Isaac, L'histoire de Jacob et de Joseph, Jacob et ses fils chez Pharaon.
Deuxième fenêtre (121 sujets). — L'Exode, Histoire de Moïse, Le buisson ardent, Moïse et Aaron devant Pharaon, Les plaies d'Egypte, La pâque. Le passage de la mer Rouge, Les Israélites au désert, La manne et l'eau du rocher, Combats, Le mont Sinaï, Le veau d'or. Les offrandes du peuple, Construction du Tabernacle, Le sacre d'Aaron.
Troisième fenêtre (97 sujets). — Le livre des Nombres, Les princes des Tribus assis sur des trônes avec les insignes de l'autorité suprême, Offrandes du peuple, Consécration des Lévites et du Tabernacle, L'Arche d'alliance, Rébellions et châtiments du peuple de Dieu, Floraison de la verge d'Aaron, Mort d'Aaron, Le Serpent d'airain, Balaam, Élection de Josué, Cérémonies légales.
Quatrième fenêtre (65 sujets). — Le Deutéronome, Nouvelle promulgation de la Loi, Derniers actes de Moïse, Mortetensevelissement de Moïse, Combats et victoires sous la conduite de Josué, Passage du Jourdain, Chute de Jéricho, Le Soleil arrêté, Prises de villes et supplices de rois, Mort de Josué, Histoire de Noémi, de Ruth et de Booz.
Cinquième fenêtre, première de l'abside (82 sujets). — Les Juges, Aod et Débora, Défaite des Moabites, Mort de Sisara, Victoires et mort de Gédéon, Abimélech, La fille de Jephté, Histoire de Samson, ses travaux, son mariage, sa captivité, sa vengeance et sa mort.
Sixième fenêtre. — Les Prophéties, Isaïe reprochant au peuple l'adoration des divinités étrangères (l'idolâtrie estper-
3i8 LA SAINTE-CHAPELLE.
sonnifiée par Mahomet) \ Visions d'Isaïe, Les Justes marchant à la lumière du Seigneur, La Vigne stérile et le pressoir divin, Le mystère de l'Incarnation manifesté au Prophète. Supplice d'Isaïe. — Arbre généalogique du Christ ou arbre de Jessé : le Christ en haut, bénissant, adoré par deux anges, accompagné de trente- quatre patriarches et prophètes, de sept blanches colombes représentant les dons de l'Esprit saint, la Vierge dominant ses ancêtres royaux, et quatorze rois assis entre les différents rameaux de l'arbre.
Septième fenêtre (82 sujets). — Légende de saint Jean l'Évangéliste, Son exil à Pathmos, Résurrection de Drusiana, Miracles des feuilles d'or changées en cailloux, de la coupe empoisonnée, des cadavres ressuscites par le contact de la tunique de l'apôtre, Son supplice à Rome, Son sépulcre. Vie de la Vierge, Présentation au Temple, Annonciation, Visitation, Naissance de Jésus, Adoration des bergers et des mages, Circoncision, Massacre des innocents. Fuite en Egypte, La chute des idoles.
Huitième fenêtre au chevet (67 sujets). — Le Christ en sa gloire, au milieu du chœur des apôtres et des anges, Scènes de la Passion ^ Ensevelissement du Christ, Résurrection, Apparitions qui l'ont suivie.
Neuvième fenêtre (3o sujets). — Naissance de saint Jean Baptiste, Sa prédication. Baptême de Jésus, Jean rend témoignage de la mission du Christ, Il réprimande Hérode, Sa captivité, Sa décollation. — Histoire du prophète Daniel, 11 dévoile les fourberies des mages, Songe et métamorphose du roi Nabuchadnezar, Festin et mort de Balthazar, Daniel dans