‹ Le Palais de justice et la Sainte-Chapelle de ParisChapitre 24 sur 123 · LES GALERIES ET LES BOUTIQUES · texte numérisé non relu

LES GALERIES ET LES BOUTIQUES

Un voyageur italien de passage à Paris en i6G4, Sébastien Locatelli, nous a laissé un tableau assez amusant des galeries du Palais : « Des boutiques en grand nombre, pleines de toutes les marchandises imaginables, forment la clôture des galeries; elles sont généralement tenues par des femmes, les plus avenantes et les plus jolies de Paris ; car les marchands qui n'ont point chez eux de ces beautés-là achètent des filles de familles pauvres à leurs parents pour un certain temps, trente ans par exemple... Il ne faut point entrer là avec de l'argent sur soi, car si ces filles vous reconnaissent pour un naïf, elles vous supplient, vous prennent les mains, et ne vous lâchent pas que vous ne leur ayez acheté quelque chose. On fait donc bien d'y aller sans argent, et de jouir du plaisir de voir tant de belles choses et d'être cajolés sans qu'il en coûte un sou. Il est plus amusant d'y aller aussitôt après dîner, car on trouve ces filles en train déjouer à la table ou au volant*, n Déjà le cardinal Bentivoglio en 1616, et Fr. Belli en 1682^ avaient employé à peu près les mêmes termes : « Pour quitter le Palais sans rien acheter, malgré les instances, les cajoleries et les charmes des femmes, il faut n'avoir point de sentiment ou n'avoir point le sou. » Dans ces boutiques, autant de bonbonnières et de petits temples dédiés à toutes les divinités de la mode, on était attiré par la magie d'un sourire ou l'éloquence d'un regard^.

I. Voyageen France, trad. par Ad. Vautier (Paris, igo5,in-8),p. laa et 817.

a. Osservazioni nel viaggio (Venetia, 1682, in-/i), p. i36.

3. Voir aussi le Paris en vers burlesques de Berthod, publié en i652 et

Dans ses Amusemens sérieux et comiques, qui sont de la lin du xviio siècle, Dufresny se plait à peindre le tableau de ce va-et-vient de gens ailairés et divers : « Dans une boutique on vend un ruban: dans l'autre on vend une terre par décret; vous entendez à droite la voix d'une jolie marchande qui vous invite à aller à elle, et à gauche la voix rauque d'un huissier qui fait ses criées. Quel contraste ! )) Il nous énumère babioles, menus objets de coquetterie et de galanterie, bijoux, rubans, falbalas, jusqu'aux pantoufles qui n'étaient à la mode que si elles sortaient de chez tel marchand du Palais.

On connaît la comédie de Corneille ^ et la scène où il fait défiler les galants et galantes sous les appels réitérés du libraire et de la bavarde lingère. On connaît la gravure de Moreau, qui servit de frontispice à une édition postérieure de cette comédie et où il montre la galerie telle qu'elle était de son temps, substituant les modes de la fin du règne de Louis XV à celles de Louis XIII. On connaît aussi les vers qui furent écrits pour cette gravure et dont voici le dernier couplet :

Icy quelque lingère, à faute de succez A vendre abondamment, de colère se pique Contre les chicaneurs qui, parlant de procez, Empeschent les chalands d'aborder sa boutique.

Il fallait marchander, et marchander beaucoup, si l'on en croit le Bâlois Thomas Flatter, qui écrit : « Les femmes qui vendent de la toile blanche pour chemises, cols, mouchoirs et autres articles de lingerie notamment, ont une façon très

réimprimé par Paul Lacroix : Paris ridicule et burlesque au XVJI" siècle (Paris, 1878,111-16), p. 182.

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