La Galerie du Palais (i63/i
attrayante de parler et savent vous persuader que nulle part ailleurs on ne trouve aussi bien ; elles sont aussi fort rusées et ne tardent pas à distinguer ceux qui ont de l'argent de ceux qui n'en ont pas ^ )) On trouvait dans ces étalages une grande variété d'objets, des pierres précieuses, des tableaux, des livres, des cliapeaux, du velours, de la soie, de la lingerie; les liorlogers et les graveurs de cachets côtoyaient les marchands de gants. On se pressait à certains jours. Et c'était une vieille coutume de plusieurs siècles, presque aussi vieille que le Palais lui-même, puisqu'on peut remonter jusqu'au chroniqueur GeolTroi de Paris qui a dit, à propos de la régence de Philippe V^ ;
Icele nuit l'en estoiipa Trestouz les faus huis de la court ; Cel jor le passage i fu cort, Car le conseil si pourchaça Que les merciers l'en enchaça De la court et touz autres genz.
Les princes et princesses du sang elles-mêmes ne dédaignaient pas d'y paraître. En i534, on voit la duchesse d'Orléans, accompagnée de Mmes Madeleine et Marguerite de France, filles du roi, acheter de menus objets à la Salle des Merciers^ ; et Brantôme* n'oublie pas de nous en tracer le tableau^.
Par arrêt du Conseil d'État en date du i8 décembre i6o4,
I. Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, XXIII (189G), p. 179. 3. Historiens de France, XXII, p. 16/1. 3. Bibliothèque nationale, ms. français 16629, n" 383. U. Édit. Lalanne, IX, p. 372.
5. Voir une sorte de recensement du Palais en 1671 dans le manuscrit français 11692 de la Bibliothèque nationale, f° 177.
deux trésoriers de France furent appelés à déterminer le prix de la location des boutiques, échoppes et bancs de l'enclos du Palais et d'ailleurs S affermée à la corporation des merciers du Palais pour une durée de neuf années ^j et un autre arrêt du 23 août i6o5 nous indique le nombre des boutiques, loges ou échoppes établies dans le Palais seul, et appartenant au domaine royal ^ : il y en avait 77; mais, au total, l'Italien Fr. Gregory d'Ierni, qui suivit en 1696 le légat en France, en a compté 224^.
En considération des pertes importantes qu'avaient subies les marchands par suite de l'incendie, du voyage du roi, et d'une épidémie qui avait sévi à Paris (i625), les baux des soixante-dix-sept boutiques et échoppes de la Grand' Salle, de la galerie des Merciers, des degrés et du pourtour de la cour, furent prorogés de vingt années, moyennant le versement d'une somme de 3o 000 livres à payer par les procureurs-syndics de la communauté des marchands, indépendamment d'une somme annuelle de i 000 livres, destinée aux réparations, et qui devait être encaissée par le receveur du domaine de Paris ^. Pendant les travaux, les merciers avaient quitté la Grand' Salle et avaient été autorisés à faire une installation de fortune dans la cour; lorsqu'ils purent reprendre leurs anciennes places (janvier 1624), on se débarrassa des matériaux devenus inutiles et gênants pour le public^.
Des imprimeurs et libraires célèbres avaient, soit dans la Grand'Salle, soit dans la Galerie marchande ou dans les bou-