‹ Le Palais de justice et la Sainte-Chapelle de ParisChapitre 42 sur 123 · L'INCENDIE DE 1618 ET LES TRAVAUX ULTÉRIEURS · texte numérisé non relu

L'INCENDIE DE 1618 ET LES TRAVAUX ULTÉRIEURS

Un grave incendie, dû à quelque imprudence sans doute, avait éclaté au Palais, vers deux heures et demie, dans la nuit du 6 au 7 mars i6i8. Une sentinelle qui veillait dans les jardinsdonna l'éveil; etbientôt des logis des chantres de la Sainte- Chapelle, qui habitaient dans la partie du Palais faisant face à l'église Saint-Barthéiemy, partirent des cris de terreur. On eut grande peine à réveiller le concierge, et l'on dut pénétrer dans l'intérieur, pour apporter des secours, par une petite porte voisine de la Sainte-Chapelle, en passant par la Petite Salle. Les premiers arrivés trouvèrent les combles de la Grand'Salle et une partie des boutiques (du côté des Consultations) en feu. Soulevées par un violent vent du midi, les flammes trouvèrent un bon aliment dans le bois sec et vernissé des combles, ainsi que dans la chapelle Saint-Nicolas, tout en bois, sur laquelle tombaient des poutres à demi consumées ; le toit s'écroula vers cinq heures, et si le greffier, entré par le jardin, avait pu à grand'peine saviver ses plus précieux registres, les propriétaires des boutiques de la Grand'Salle avaient dû abandonner la presque totalité de leurs marchandises. Malgré tout le zèle déployé, malgré la présence du pre-

du roi, de la reine et des seigneurs de France, les clercs du Palais et escolllers de Paris jouaient plusieurs comédies satiriques et tragédyes morales par lesquelles à mots couvers découvraient tous les défauts et faictz repréhensibles qu'ils sceurent de ce temps estre perpétrés en France, à Naples et à Romme. »

mier président et de l'avocat général qui, logés dans l'enclos du Palais, avaient organisé les secours, l'incendie gagna bientôt la Chambre des Requêtes de l'Hôtel, le greffe du Trésor, la première Chambre des enquêtes, le parquet des huissiers, menaçant la Chambre dorée toute voisine ; il ne tarda pas à attaquer une tourelle près delà Conciergerie, près de la galerie qui menait à la Chancellerie, et fut bien près d'atteindre les combles de la Cour des Aides : on entendit bientôt les cris des prisonniers en danger, car des flammèches ardentes tombaient déjà sur la tour de l'horloge et sur le quai. Le jour venu, on constata quela table de marbre était réduite en morceaux, que les statues des rois, ornements de la Grand' Salle, étaient toutes défigurées et perdues ; il ne restait rien ni du cerf ni de la peau de crocodile. Le lendemain, la Grand' Salle fut vidée, mais l'atmosphère y était encore irrespirable*. On a souvent cité le quatrain que fit à cette occasion l'académicien Saint-Amant :

Certes ce fut ua trisie jeu Quand à Paris dame Justice Pour avoir mangé trop d'épice Se mit tout le Palais en feu.

Six semaines s'étaient à peine écoulées depuis l'incendie de 1618 que des lettres patentes furent signées par le roi (18 avril), suivies d'un arrêt du Conseil du 19 juin 1619^.

1 . Le récit de cet événement est emprunté au libraire Etienne Richer, qui avait sa boutique « sur le perron royal » et qui l'a raconté dans le Mercure, français, t. V, pp. i8-25. On en trouvera une narration également détaillée dans la plaquette de Raoul Boutray, publiée l'année même et réimprimée par Hipp. Bonnardot : L'Incendie du Palais de Paris en 1618 (Paris, i879,in-i6). Cf. une petite pièce latine dans lems. nouv. acquis, latines i559 de la Bibliothèque nationale, f" 3.

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