LE PALAIS AU XIX« SIÈCLE
Le Palais fut rendu à sa destination ancienne par la loi de ventôse an VIIL On y installe la Cour de Cassation dans les deux salles du Parlement; on donne à la Cour d'appel l'emplacement de la Chambre des Requêtes ; enfin au Tribunal civil échurent les bâtiments des greffes et des anciennes juridictions secondaires. Une telle répartition était logique, mais ce fut la place qu'on jugea aussitôt insuffisante pour tous ces services réunis. La population augment'ant, les affaires se multipliaient, et l'on en vint à user de subterfuges pour utiliser les moindres coins des bâtiments jusqu'aux combles; des modifications et surtout des agrandissements devinrent très vite indispensables : on en était arrivé, tant on se trouvait à l'étroit, à
;. Archives nationales, F^-^ 878.
changer certaines Chambres plusieurs fois de local dans une même semaine.
Différents projets furent étudiés à partir de 1826 ^ Les uns rêvaient de bâtiments entièrement neufs, appropriés aux besoins nouveaux, avec expropriation et suppression de toutes les propriétés particulières enclavées dans le périmètre de l'ancien Palais. Les autres, pour qui les grandes salles représentaient toute l'histoire de la cité et quelques-unes des pages intéressantes de l'histoire de France, criaient à la profanation et se montraient disposés à conserver le plus de souvenirs possible. C'est en tenant compte de ces courants opposés que le Conseil Général de la Seine prépara, en i835, un projet général d'isolement, d'agrandissement et de transformation où les partisans du passé trouvaient ample satisfaction, et en confièrent l'étude à l'architecte Huyot. Ce fut tout d'abord fort modeste : on se contentait de donner une autre salle d'audience à la Cour de Cassation et d'agrandir sa bibliothèque e n régularisant les constructions existantes ; de créer à la Cour d'appel une salle d'audience communiquant avec la Conciergerie et destinée à la Cour d'assises, avec une autre salle pour l'instruction des affaires et les besoins des magistrats d'assises; d'établir les services correctionnels à la galerie Lamoignon ; de réunir enfin dans un même local la quatrième Chambre civile et la Chambre à la criée. La dépense était évaluée à I o58oi8 francs, mais ce premier projet n'eut pas le don de plaire. L'architecte se mit au travail et en proposa un autre, pour lequel les prévisions atteignirent 3 691 617 francs : la Cour de Cassation s'agrandissait aux dépens du Tribunal,
I. 11 existe aux Archives nationales (F 117/^/19) un bon plan, provenant de l'ancien service du cadastre, qui nous montre l'état des locaux du Palais de Justice en 182G.
deux salles d'assises seraient construites sur la rue de Harlay avec une façade monumentale, le dépôt de police utiliserait les anciennes cuisines, une galerie relierait le porche de la Sainte- Chapelle avec la galerie des Merciers et les bâtiments de la police correctionnelle, les Chambres civiles occuperaient en plusieurs étages la partie comprise entre la Grand'Salle et le quai, un nouveau bâtiment sur la rue de la Barillerie conviendrait aux juges d'instruction, au parquet et aux archives; mais la Grand'Salle devenait mutilée et dénaturée. Au mois d'août i836 on approuve l'ensemble du projet, avec diverses modifications qui empêchaient cette mutilation regrettable, et amenaient en même temps un relèvement sensible du chiffre de la dépense prévue, portée dès lors à 4 126 81 7 francs. La parole fut alors au Conseil général des bâtiments civils qui demanda diverses augmentations de constructions et exigea qu'on respectât la largeur de la cour de la Sainte-Chapelle. Aussitôt le devis fut porté au double : 8 822 067 francs. Ce projet, définitivement approuvé en 1887, présentait des dispositions générales qui ont été réalisées, avec de nombreuses additions de détail; il fut consacré par l'ordonnance royale du 26 mai 18A0. Mais la mort de l'architecte Huyot, survenue quelques semaines plus tard (août i84o), arrêta la mise à exécution et remit toutes choses en question.
On courut d'abord au plus pressé : à la suite d'une émeute qui avait permis, les i2-i3 mai 1889, à une petite troupe de factieux de s'emparer du corps de garde du Palais, on songea à fortifier la tour de l'Horloge, bien située au coin du quai et du pont, d'où il serait facile de faire feu, le cas échéant, sur des assaillants. Mais ce n'était là qu'un des petits côtés d'un grand travail de restauration qui s'imposait toujours, et plus sérieusement que jamais. Un nouveau projet partiel des archi-
iectes Duc et Dommey, sur les bases du projet Huyot, fut approuvé ; et l'on se décida, pour assurer un meilleur fonctionnement des services si nombreux englobés dans le Palais de Justice, et auxquels la place était réservée avec une déplorable parcimonie, à entreprendre la réfection du bâtiment situé sur la rue de la Barillerie, entre la cour du Mai et le passage de la Sainte-Chapelle ^ : cette nouvelle construction était destinée à recevoir le parquet du procureur du roi, les cabinets des juges d'instruction et les archives de l'état civil-.
En présence de ce projet, qui paraissait définitif, survint un incident inattendu. Le plan des architectes comprenait en effet une diminution de la surface de la cour de la Sainte- Chapelle et enclavait celle-ci de telle sorte que l'aspect extérieur en était singulièrement modifié. Les débats à ce sujet furent longs et la Commission des Monuments historiques intervint heureusement. L'architecte de la Sainte-Chapelle, Lassus, et l'inspecteur Mérimée protestèrent avec véhémence. Le premier est l'auteur d'un rapport où il s'élève énergiquement contre les bâtiments projetés, qui enterreraient le joyau du xiiie siècle entre d'affreux murs du xix** ; et l'intervention