Voir le Moniteur des i4 et ig juin
2. Un arrêté du préfet de la Seine, en date du 5 floréal an XIII (26 avril i8o5), décida que les doubles des actes d'étal civil du département de la Seine seraient réunis aux dépôts du gretîe de première instance. — Déjà précédemment on s'en était préoccupé, comme il appert d'une lettre de l'Administration centrale du département en date du i4 floréal an VI: « Rien n'est plus urgent que de transporter le dépôt des archives de l'état civil dans le lieu qui lui est assigné au Palais de Justice [à l'entresol de l'aile gauche de la cour du Mai] par notre arrêté du i4 ventôse dernier, à cause des dangers, qu'il court à chaque instant, d'être pillé ou incendié tant qu'il restera au Châtelet ; déjà même, il y a environ quinze jours, une porte a été forcée, et sans la vigilance du citoyen Benoist, garde de ce dépôt, il auroit pu arriver quelque événement fàéheux. » (^Archives dèp, de la Seine, Domaines, carton 4oo.)
ne fut pas tout à fait inutile. On parlait volontiers de vandalisme ; Duc protesta et s'évertua à combattre l'engouement pour le moyen âge, qu'il qualifiait de suranné et de ridicule: l'architecture, selon lui, doit obéir à une loi traditionnelle et se défier des idées rétrogrades. Une première fois, le Conseil général de la Seine, dont l'intervention s'explique par ce fait qu'il était appelé à voter les crédits nécessaires, admettait parfaitement que la Sainte-Chapelle ne présentait extérieurement aucun intérêt au point de vue de l'art (séance du 3o octobre i843); puis, par un revirement d'opinion auquel la campagne de la Commission des Monuments historiques ne fut pas totalement étrangère, on vit un peu plus tard ce même corps élu accepter (16 novembre i8A4) la théorie de sauvegarde du monument élevé par Louis IX. La discussion dura plusieurs années*, en raison surtout du rétrécissement projeté de la cour de la Sainte-Chapelle et de l'inconvénient grave qu'il y avait à laisser subsister l'îlot de maisons situées entre le quai et la rue de la Sainte-Chapelle, et dont la suppression s'imposait.
En vérité, la merveille de la Sainte-Chapelle n'a pas été dégagée suffisamment, du côté nord principalement. C'est là un fait indéniable, contre lequel n'ont cessé de protester les esprits indépendants et les amis du beau: « Tandis que l'Etat restaurait à grands frais la Sainte-Chapelle, l'architecte du Palais de Justice prenait toutes ses dispositions pour l'enfermer le plus étroitement possible dans une enceinte de murs faisant partie des dépendances de ce palais. Ainsi, d'une main, l'État payait pour que la Sainte-Chapelle devînt très belle à voir, et de l'autre il payait pour que cette vue devînt impos-
I. Mémoires et procès-verbaux des délibérations du Conseil général de la Seine, mti-juin 1878, p. 88.
go LE PALAIS.
slble. A vrai dire, l'État ne se doutait aucunement de ce double travail, l'architecte du Palais de Justice ne se considérant pas, paraît-il, comme tenu de respecter autre chose que le monument confié à ses soins. Artiste, l'intérêt de l'art cependant aurait dû l'émouvoir; citoyen, l'intérêt public ne devait-il pas le préoccuper? Une commission nommée par suite des réclamations de l'architecte de la Sainte-Chapelle a jugé qu'une partie du public pouvait avoir encore plus de plaisir à voir la vieille œuvre gothique que même les constructions nouvelles projetées par l'architecte du Palais de Justice ^ ))
Lorsque éclata la Révolution de i848, on avait bien voté les nouveaux agrandissements du Palais, pour aménager les locaux du tribunal de première instance et construire de nouvelles salles d'assises. Mais ce fut tout, et on dut attendre des jours meilleurs. A part l'achèvement de l'aile du bâtiment sur la rue de la Barillerie, entre la salle des Pas Perdus et la tour de l'Horloge, en i85i, et la reconstruction du pignon de la salle des Pas Perdus, en i852, on n'a rien entrepris^. Et cependant les tribunaux d'appel, la police correctionnelle, la Préfecture de Police, la Cour de Cassation attendaient toujours les améliorations promises, les agrandissements indispensables.
Un nouveau rapport allait- être rédigé pour y porter remède. Les prisons cellulaires devaient prendre une grande extension, avec 200 cellules; les maisons qui séparaient la salle Saint- Louis de la rue de Harlay devaient être abattues, et, sous la direction de l'architecte Lenormand, on élèverait des bâtiments
1. Revue de l' Architecture et des Travaux publics, VIII (iS^g), col. 277.
2. On restaura en même temps l'escalier du xiu* siècle qui descend à l'étage inférieur, et ou détruisit dans l'ancienne salle de la 7* chambre correctionnelle un beau plafond attribué à Boucher, les mesures de conservation de cette œuvre d'art a^ant été jugées trop coûteuses (Moniteur du 1 3 octobre i85i ).
considérables au coin de la rue de Harlay pour la Cour de Cassation; puis, avec une façade monumentale sur la même rue, Duc et Dommey se proposaient de construire les salles destinées aux assises; enfin, à la place des vieilles et lamentables bâtisses qui, du côté du quai des Orfèvres, entouraient la Préfecture de Police, Gilbert et Bruzard avaient mission de donner à ce service un local vaste et suffisamment aéré. Il y eut bien quelques protestations contre l'aménagement et l'exiguïté de certaines parties du nouveau projet, qui prévoyait cependant plus de 20 millions de dépenses; mais, après quelques légères modifications, le Conseil général donna son approbation le 28 mai i853; un décret du 2 mars suivant autorisa les expropriations nécessaires. Tel a été le point de départ des très grands travaux exécutés au Palais de Justice sous le second Empire S et que l'on peut résumer ainsi :
1 853- 1857. Reconstruction des bâtiments neufs du quai de l'Horloge, à partir de la tour de l'Horloge.
i858. Consolidation des voûtes de la salle des Pas Perdus.
1859. Restauration des anciennes tours, avec reprise des fondations en sous-œuvre, et création d'un fossé séparé du quai par une grille.
1859-1860. Construction des bâtiments des assises, de la Chambre des avoués, de la Chambre des criées, de la bibliothèque de l'Ordre des Avocats.
I. «... C'est alors seulement que la restauration du Palais de Jasticesera terminée, et qu'on pourra se rendre compte de ces travaux entrepris tour à tour, selon que les besoins du service se déclaraient, peut-être sans un plan d'ensemble bien régulier, bien déterminé, et aux dépens de l'unité et de l'harmonie des différents bâtiments entre eux. Cersera, ausurplus, il faut le reconnaître , bien moins le tort des architectes que celui de l'administration qui , nous le craignons, ne s'est pas, dès le principe, bien rendu compte des besoins du service judiciaire, ou du moins a reculé devant une décision définitive générale. » {Revue de l'Archilectare etdes Travaux publics, XIII, i855, col. 87.)
i8ô3. Installation des nouvelles salles du dépôt de la Préfecture de Police à la place de l'ancienne et luxueuse salle Saint-Martin.
1864. Consolidation des assises de la salle des Pas Perdus.
i865. Achèvement du gros œuvre de la façade de la Cour de Cassation.
1866. Restauration de la Grand'Chambrc.
1867. Fin des travaux des bâtiments de la Cour de Cassation jusqu'à la rue de Harlay.
1868. Prise de possession par la Cour de Cassation de sa nouvelle salle d'audience.
1868. Achèvement du premier corps de bâtiment de la Préfecture de Police.
1869. Restauration de la prison de Marie- Antoinette et transformation de la chapelle dite des Girondins.
1869. Inauguration du vestibule de Harlay.
La période d'activité s'était déjà quelque peu ralentie, lorsque survinrent les événements de 1870 et le fatal incendie du 24 mai 1871, allumé par les insurgés, qui détruisit les parties du Palais affectées au tribunal de première instance, à la police correctionnelle, les bureaux de l'état civil, les archives, le parquet du procureur général et du procureur de la République, les cabinets des juges d'instruction, la chambre et le greffe des avoués, deux salles d'assises à peine achevées depuis deux ans, et en grande partie la Cour de Cassation, la Cour d'appel, la Grand'Chambrc et la Salle des Pas Perdus K
I. Un chef de légion du Comité central, ami du (.( général » Ferré, avait fait enduire de pétrole tous les murs de ces diverses parties du Palais; ilallait faire de même à la Sainte-Chapelle, quand une bienfaisante explosion de gaz le mit hors d'état de continuer sa funeste besogne. Ce fut miracle si cet édi-
NOTICE HISTORIQUE. gS
Les années suivantes furent employées surtout à réparer les dommages causés et à terminer les travaux commencés. En 1876 était achevé le perron monumental de l'escalier de Ilarlay , qui a coûté 260 000 francs environ, et, grâce au crédit annuel d'un million voté par le Conseil général, on put redoubler de zèle. La Salle des Pas Perdus avait été inaugurée après reconstruction ^ en novembre 1875, lorsque Duc mourut (1879) • ^ ^^^ successeur Daumet revint la mission de terminer la Cour d'appel, ses annexes, et la Grand' Chambre, tandis que la Préfecture de Police émigrait de l'autre côté du boulevard du Palais. Mais la transformation, qu'avait évaluée Huyot, quarante-cinq ans auparavant, à i o58 000 francs, avait coûté déj à à cette époque la somme formidable de 87 millions ^.
Une loi du 2 2 août 1 88 1 a décidé la continuation des travaux, dont l'exécution définitive a été évaluée à environ 12 millions, mais qui montera bien certainement au double. Une partie (Cour d'appel) est aux frais de l'État ; une autre (Tribunal de première instance) aux frais du département de la Seine ; la Ville de Paris enfin a assumé ceux du Tribunal de simple police. On a pu ainsi installer certains services annexes de la Préfecture de police, aménager des locaux pour le service de la Sûreté, celui des passeports et des objets perdus, le service anthropométrique et l'assistance judiciaire, prolonger la galerie de la Sainte-Chapelle et construire une nouvelle galerie re-
fice fut ainsi sauvé. La Conciergerie aussi fut préservée, quoique voisine des salles qui flambaient. Un gros mur de séparation se crevassa seulement et l'on put arriver à temps pour démolir un toit qui avait pris feu par la chute d'une poutre enflammée tombée des combles de la Grande Salle. Le réservoir des calorifères, qui creva, fondu par l'incendie, inonda la Conciergerie et le dépôt.
I. Au Salon de 1887 fut exposé un joli tableau de J. Béraud qui la représente avec son animation ordinaire.
a. Sans parler des travaux de la Cour de Cassation, payés sur un autre budget.
liant celle-là aux bâtiments de la police correctionnelle, restaurer la galerie marchande et la galerie des prisonniers, agrandir les locaux du greffe général et du dépôt des actes de l'état civil, établir un buffet au fond de la cour du Mai, construire un nouveau cabinet pour le premier président de la Cour d'appel, une chambre des mises en accusation et d'autres chambres de la Cour, faire de profondes modifications à la bibliothèque et aux locaux de l'Ordre des avocats, enfin approprier un nouveau système de chauffage et d'éclairage. La nouvelle première Chambre de la Cour a été inaugurée en octobre 1 89 1 ; on a malheureusement détruit au milieu de la galerie marchande l'ancienne chapelle de la Cour des Aides servant de vestibule aux i^e, 2" et '6*^ Chambres de la Cour, et située sous le dôme carré de la façade de 1776: décorée au xviii® siècle de figures de Renou et des quatre évangélistes ^ exécutées en grisaille par Brenet% ornée primitivement d'un tableau représentant un Christ d'après Bouchardon- et d'un médaillon dû à ce même artiste, elle ne méritait pas le triste sort qu'on lui a fait subir.
Daumet a dirigé les travaux jusqu'à ces dernières années, et employait encore, au moment de son décès, le résidu d'une somme de 4oo 000 francs qui lui avait été votée pour divers aménagements complémentaires à la Cour d'appel*.