D'après Tuikry, Guide des étrangers, II, p
3. A l'époque révolutionnaire on lui substitua une peinture en grisaille, marouflée, représentant la « Justice », par Suvée, qui a été brutalement détruite par les ouvriers au moment de la transformation moderne.
4. Le dernier acte de vandalisme commis sous sa direction est la modification (novembre 191 1) du motif de Pajou qui ornait le dôme central. On a substitué au Saint-Esprit de l'écusson de vulgaires guirlandes, et remplacé inutilement la couronne royale par une toque de magistrat, œuvre de
NOTICE HISTORIQUE, gB
Quant aux agrandissements actuellement en cours sur le quai des Orfèvres, jusqu'à l'encoignure du boulevard du Palais, ils doivent être terminés en igiS-igiZi. M. Albert Tournaire a été chargé d'édifier ces nouveaux bâtiments dont nous sommes heureux, grâce à son aimable concours, de publier la silhouette prochaine : tout en les raccordant avec la façade voisine, l'architecte départemental du Palais s'est efforcé de leur donner un cachet d'élégance et d'esthétique qui n'a pas toujours été imprimé aux constructions antérieures; il a prévu une construction n'ayant que deux étages et moins élevée que le bâtiment servant actuellement à la police correctionnelle et édifié par Duc, pour éviter de trop masquer la Sainte-Chapelle vue de la rive gauche. Une tour d'angle, au rez-de-chaussée de laquelle sera établi un nouveau poste de garde, rappellera un peu la tour de l'Horloge; une autre, sur le quai des Orfèvres, sera dénommée « tour des Archives », en raison du rôle qu'elle est appelée à jouer dans l'installation projetée. Entre les deux tours doivent être installés les services correctionnels, et les locaux devenant disponibles par suite du transfert de ces services seront aménagés en chambres civiles, dont le nombre sera accru; les services du procureur de la République seront agrandis, les cabinets de juges d'instruction augmentés, le dépôt judiciaire transformé, et l'on installera en outre une salle des accidents du travail, une pour les avocats, une pour la presse judiciaire, et un logement pour le commandant des gardes du Palais ^ Une
D. Puech. Cf. Bulletin municipal officiel de la ville de Paris, du i h décembre 1 9 1 I • I . Voir le rapport de M. Lucien Lambeau, imprimé dans les Procès-verbaux de la Commission municipale du Vieux Paris (année ifj07,pp.8-2i). On y trouvera l'indication des documents officiels qiii ont réglé toute cette grosse question de l'agrandissement du Palais depuis 1901. Cf. aussi La Cité, t. V, pp. 253-265.
somme de 8 millions a été prévue (y compris les opérations d'expropriation). Avec les démolitions d'immeubles ont disparu deux voies publiques, la rue de la Sainte-Chapelle, ouverte seulement en i84o, et la rue Mathieu-Molé, existant depuis i63i et dénommée alors rue Sainte- Anne comme voie d'accès de la rue Saint-Louis (quai des Orfèvres actuel^) à l'une des portes du Palais ^, puis, par décret du 9 avril i85i, rue Boileau, en mémoire de l'auteur du Lutrin, qui naquit non loin de là^ et fut inhumé dans la basse Sainte-Chapelle. Quant à la rue de Nazareth ou de Jérusalem*, elle fut supprimée par ordonnance du 26 mai i84o, en fait depuis i854 : avec elle disparut la maison du chanoine Gillot, clerc au Parlement et chanoine de la Sainte-Chapelle, chez qui fut composée une partie de la Satire Ménippée. A ces souvenirs littéraires ajoutons celui de Voltaire, né lui aussi dans la même rue, comme il l'indique lui-même dans une épître à Boileau"^ :
Dans la cour du Palais je naquis ton voisin ; De ton siècle brillant mes yeux virent la fin, Chez ton neveu Dongois je passai mon enfance, Bon bourgeois qui se crut un homme d'importance.
1. C'est en vertu d'un décret du 7 juillet 1807 que les maisons de la rue Saint-Louis, qui donnaient au bord du fleuve, furent abattues pour la formation du quai.
2 . Le roi passait généralement par là pour se rendre au Palais. Cette rue existe encore sur le plan de Verniquet (1790).
3. Au numéro 5 de la rue de Jérusalem. On avait proposé un instant de la conserver ainsi que la maison natale de Voltaire {Moniteur du i3 juillet i8i4).
li. C'étaient précédemment deux rues différentes, se continuant à angle droit: sur le plan du Terrier du roi (1700), elles n'en forment plus qu'une eule sous le nom inexact de « Mozaret ». 5. Épître GXCn.
LE GRAND BUREAU DE LA CHAMBRE DES COMPTES TMininlure aux Archivas Nal.onales)
Les nouveaux bâtiments du quai des Orfèvres ont fait disparaître, dès i844, avec les vieilles masures qui l'entouraient, l'ancien hôtel du bailliage du Palais, construit en i485, remanié sous Henri III, devenu successivement (161 1) hôtel des premiers présidents, mairie de Paris (mai 1792), hôtel de la Préfecture de police (an VIII), après diverses transformations ^ On voyait alors sur la façade, jusqu'au moment de sa démolition, des médaillons peints à l'huile sur enduit de mortier et de chaux, faisant partie de l'ancienne décoration où l'on distinguait les portraits de Duguesclin et du duc de Bourbon (représentant la Gonnétablie), Montluc et Gondé (les maréchaux), Du Prat, L'Hôpital et Hurault de Cheverny (les chanceliers)^. A côté se trouvaient de nombreuses dépendances, des écuries, des cuisines, voire une basse-cour. En 1671, par arrêt du Conseil d'État du 22 février, le jardin du bailliage, qui s'étendait jusqu'à la rue de Harlay actuelle, sur l'emplacement d'un ancien lit de la Seine comblé en 1578, fut aliéné en faveur du premier président Guillaume de Lamoignon : celui-ci se voyait, en échange, obligé d'ouvrir un grand portail du côté de la place Dauphine et d'élever de ce côté des constructions d'aspect agréable, de faire édifier une galerie venant faire face au mur de la tour de la Gonnétablie avec boutiques, des logements et un passage public; de ménager deux escaliers qui seraient reliés par cette galerie neuve,
1. Depuis longtemps cet hôtel était en piteux état. Saint-Simon raconte que le 18 décembre 1707 le premier président, recevant à sa table sa famille et quelques conseillers, tomba avec tous les convives dans une cave, par suite de l'effondrement du plancher.
2. Le Moniteur du 3o juin i8^4 avait émis l'idée de les conserver.
gS LE PALAIS.
de faire pratiquer une ouverture sur le quai de l'Horloge, avec passage public et sortie pour les écuries de son hôtel, d'établir un bassin dans le jardin et quelques autres petites commodités.
De cette époque datait un corps de logis, faisant face à la porte d'entrée, qui s'accordait fort mal avec le reste des bâtiments ; au premier étage, on y voyait une grande salle, assez luxueuse, qu'on désignait sous le nom de salle Saint-Martin, où avait lieu chaque année, le 1 1 novembre, le dîner offert par le premier président aux membres du Parlement. Tout cela a disparu. Disparues également l'ancienne rue Saint- Louis, en 1808, et l'ancienne rue Sainte-Anne (dénommée ainsi en l'honneur de la reine Anne d'Autriche) en i843.