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LES AVOCATS ET LES PROCUREURS

Parmi les familiers de la Grand'Salle, il fallait compter les avocats, qu'on rencontrait partout, mais là surtout. Ils y avaient leur confrérie, avec la messe solennelle qui se chantait tous les ans à la chapelle Saint-Nicolas * ; ils y avaient leur pilier des consultations,

pilier fameux des plaideurs respecté.

Et toujours des Normands à midi fréquenté ;

I . La chapelle Saint-Nicolas était un autel portatif établi dans la Grand' Salle et non pas, comme l'on a dit parfois (l'abbé Lebeuf entre autres), un édifice situé à l'emplacement actuel de la Sainte-Chapelle.

io4 LE PALAIS.

ils y avaient leurs pupitres ou buffets oii ils y rangeaient leurs volumineux dossiers de procédures; ils y avaient leurs bancs* où ils venaient s'asseoir en écoutant les histoires de leurs clients, ou en s'entretenant avec les procureurs. A côté des avocats qui réussissaient et dont le prestige égalait la richesse*, il y eut de tout temps des confrères moins heureux, qui faisaient payer moins cher leurs services, et que n'épargnaient point les écrivains satiriques : u avocat dessoubz l'orme », u avocat d'eau douce », u avocat à trois leçons et à trois psaumes ^ » étaient des termes méprisants qui servaient à désigner les moins occupés. D'ailleurs, leur nombre fut toujours considérable et s'augmenta sans cesse. Un jour, — c'était en 1459, — précisément en raison de cet accroissement continu, les trésoriers de France voulurent imposer une redevance annuelle de huit sous aux possesseurs des buffets : d'où protestation unanime des avocats, qui d'ailleurs n'obtinrent pas gain de cause, furent dépossédés et remplacés immédiatement par des merciers. Bientôt une transaction survint, qui mit fm au conflit; mais la redevance fut désormais payée. Aux siècles suivants, des abus durent être fréquemment réprimés; et les arrêts du Parlement restèrent sans efficacité. Un édit de i549 nous apprend que la salle

1. Déjà en iSaa, Jean de Jandun y signale l'existence de sièges élevésoù se tenaient des hommes publics, maîtres des requêtes ou notaires du roi {BuUelin du Comité de la langue et de l'histoire de France, III, i856, p. 5i8).

2. D'une lettre d'Eustache Deschamps (écrite vers 1376), nous détachons ces cinq vers consacrés aux avocats :

Vous habitez lieux délectables Et querei! places profitables A Nostre Dame et au Palays Où plusieurs vous font venir lays Sans ordonner leur testament.

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