G. Brice, II, p. aG
NOTICE HISTORIQUE. ii3
Chambre des Comptes, mais on prit des précautions, et dès 1621 on se servit d'une des deux concessions d'eau existantes pour alimenter un réservoir destiné à combattre le feu . Si en i63o un désastre put être encore évité, et aussi le 3 mars 1682, où l'on jeta par les fenêtres des séries décomptes amassés dans le galetas supérieur, alors qu'un feu de cheminée s'y était déclaré, il en fut tout autrement de la funeste nuit du 26-27 octobre 1737, qui causa pour les arts et pour l'histoire des pertes irréparables. Un peu avant trois heures du matin, à une époque où les gens des comptes étaient absents ^ et l'enclos fermé, des flammes s'échappèrent soudain du pavillon de la Chambre qui faisait face à la Sainte-Chapelle ^ : un vent violent augmenta vite le péril, et avant même l'organisation des secours, une partie des bâtiments et la moitié de la façade n'étaient plus qu'un immense foyer; quand on parvint à circonscrire les flammes, l'édifice s'écroula presque entier, ensevelissant des cadavres. Les archives étaient détruites en grande partie ; les titres ou volumes non consumés se trouvèrent gâtés par l'eau ou la boue, ou recroquevillés par l'effet de la chaleur, et le peu que l'on put sauver fut transféré aux Jacobins de la rue Saint-Jacques, tandis que la Chambre installait ses bureaux provisoires, en conformité d'une déclaration royale du 28 février 1738, au couvent des Grands- Augustins, où se tenaient d'ordinaire les assemblées générales du clergé.
Ce fut à Gabriel que l'on confia le soin de diriger la reconstruction des bâtiments incendiés sur le même emplacement^;
1. Le 37 octobre était un dimanche, et il y avait congé jusqu'au retour des fêtes de la Toussaint.
2. On croit que le feu s'était déclaré à la buvette des Comptes.
3. Les Archives nationales conservent les dessins originaux de Gabriel
les fondations, les caves et quelques rares pans de murs du XV® siècle furent conservés. Le style en fut simple: un portail monumental, encadré de deux couples de colonnes doriques, reçut comme décoration deux figures assises, sculptées par Adam le cadet, et représentant la Justice et la Prudence ; sur la croisée de [l'avant-corps on distinguait les armes de France accompagnées de trophées et de cartouches. On utilisa une partie de l'ancienne montée dans l'escalier monumental qui se déployait à droite de l'entrée. Le nouveau grand bureau fut orné dans le même goût que l'ancien, avec des boiseries sculptées, des tapisseries, le portrait du roi, et, après 1766, avec une magnifique pendule exécutée par le maître horloger Berthoud. D'autres pièces, par exemple la Chambre du Conseil, reçurent des crucifix peints par Dumont le Romain. Les travaux, que dirigeaient Aubry et Garpentier, ne furent terminés qu'en 1740, et l'inauguration exempte de solennité eut lieu le 3 mai de cette année.
A l'époque révolutionnaire, les bureaux de la Chambre des Comptes furent fermés le 1 9 septembre 1 79 1 , et à leur place le bureau de Comptabilité tint sa première séance le i^"" février 1792, malgré l'opposition de quelques membres qui s'étonnaient d'occuper d'anciens locaux royaux, de crainte de s'identifier avec l'ancienne chambre royale. Le bureau, devenu Commission de comptabilité, céda la place, à son tour, à la Cour des Comptes réinstallée par application du décret du 7 février 1808 K Après trente-deux ans de séjour, celleci alla s'établir dans le nouveau palais construit pour elle quai d'Orsay; le 3 novembre i84o, le procureur général adressa
(plan et façade extérieure); ils ont été reproduits dans l'ouvrage intitulé: Centenaire de la Cour des Comptes.