partie des hommes qui avaient le plus aidé à
renverser 1 ancienne monarchie, se montrât si docile et &i prompt à relever un trône; mais les uns, encore effrayés des excès de la révolution et de la toute-puissance de la multitude, pensaient que le pouvoir d'un seul, placé dans de glorieuses mains , serait plus conforme aux besoins du pays; les aiiires ne mettaient point de bornes à leur admiration et à leur reconnaissance pour le héros qui, après avoir vaincu les ennemis de la France sur lescliampsde bataille, avait, au dedans, détruit lanarchie et rétabli Tordre et les lois; presque tous enfin avaient dépensé dans les luttes révolutionnaires cette somme de courage et d'activité que le ciel répartit aux hommes politiques ; et , fatigués, ils aspiraient au repos, heureux d'abriter leur vieille indépendance sous l'éclat des abeilles impériales.
Cependant quelques républicains, au front
austère, [>liis fidèles à leurs souvenirs, ne virent point de sang-froid mourir la liberté , et reparaître la couronne qu'ils avaient brisée dans les premiers élans de leur ardeur patriotique. Ainsi, Carnot,au tribunat, osa demander s'il était digne de la France d'aller chercher un empereur dans ' une île où les Romains dédaignaient de pieiidre des esclaves ^ ; ainsi, Cbenier exhala son courroux
^ Cainolu été ministre de Napoléon eu lôiâ.
Digitizeo lj oOOgle
284 B£S1D£NC£S ROYALES.
dans cette ënei^que et belle pièce de vers intitulée kl Promenade a Saint- doud^ :
Rniih; avec iiiajeble les uiuies fugitives,
Seine; j'aimf \ rêver sur tes paisibles rives,
En laissant comme toi la reine des cités.
Ah ! lorsque la nature , à mes yeux attristés.
Le fnmt orné de fleurs, brille en vain renaissante;
Lorsque du renouveau Fhaleine caressante
Rafraichit l'univers de jeunesse paré,
Sans ranimer mon front pâle et décoloré ;
Du iiujins auprès de toi que je retrouve encore
Ce calme inspirateur que le poète implore!
Le soleil affaibli vient dorer les vallons ;
La nature sourit à ses derniers rayons.
iSaint-Cloud) je t'aperçois; j'ai vu, loin de tes rives ,
S'enfuir sous les roseaux tes naïades plaintives ;
rîmite leur exemple , et je fats devant toi :
L'air de la servitude est trop pesant poui moi.
Ames yeux éblouis vainement lu présentes
De tes bois toujours verts les masses imposantes.
Tes jardins prolongés qui bordent ces coteaux,
Et qui semblent de loin suspendus sur les eaux :
Désonnais je n'y vois que la toge avilie
Sous la main du guerrier qu'admira l'Italie.
Des champêtres plaisirs tu n'es plus le séjour ;
Ah! de la liberté tu vis le dernier jour.
Dix ans d'efforts pour elle ont produit Icsclavage;
Un Corse a des Français dévoré l'héritage.
Élite des héros au combat moissonnés,
Martyrs avec la gloire à l'échafaud traînés,
* iao5.
LE PAL/LIS DB SA.Ifrr-CLOnD. 285
Vous tombies satisfaits daus une autre espérance I Trop de sang, trop de pleurs ont inondé la France; De ces pleurs, de ce sang un bomme est béritîer. Aujourd'hui dans un bomme un peuple est tout entier! Tel est le fruit amer des discordes ctYiles. Mais les fers onl-i!s \)yi trouver des mains serviles? Les Français de leuib droits ne sont-ils plus jaloux? Cet homme a-t-il pensé que, vainqueur avec tous. Il pourrait, malgré tous, envahir leur puissance? Déserteur de TÉgypte, a-t-il conquis la France? Jeune imprudent, arrête! où donc est rennemi ?
Si dans Vart des tyrans tu n'es pas affermi
Vains cris! plus de sénat : la république expire ; Sous un nouveau Croinwell nait un nouvel empire. Hélas! le malheureux, sur ce bord enchanté. Ensevelit sa gloire avec la liberté.
Crédule, j'ai longtemps célébré ses conquêtes; Au forum, au sénat, dans nos jeux , dans nos fêtes , Je proclamais son nom, je vantais ses exploits, Quand ses lauriers soumis se courbaient sous les lois Quand, simple ritoyen, soldat du peuple libre. Aux bords de l'Éridan , de i Adige et du Tibre , Foudroyant tour à tour quelques tyrans pervers. Des nations en pleurs sa maîn brisait les fers; Ou quand son noble exil aux sables de Syrie , Des palmes du Liban couronnait sa patrie. Mais, lorsqu'au fugitif regagnant ses foyers, Il vint contre l'empire échang( i les lauriers, Je n*ai point caressé sa bnllautc infamie; Ma voix des oppresseurs fut toujours ennemie; Et tandis qu'il voyait des flots d'adorateurs Lui vendre avec l'État leurs vers adulateurs, Le tyran dans sa cour remarqua mon absence;
a86 RÉSIDBlfCES ROYALES.
Car je chante la gloire , et non pas la puissance.
Le troupeau se rassemble à la voin des bergers; J'entends frémir du soir les insectes légers ; Des nocturnes zéphyrs je sens la doacc haleine ; Le soleil de ses feux ne roulât plus la plaine. Et cet astre plus doux, qui luit au haut des cieux , Argenté mollement les flots silencieux.
Mais une voix qui sort du vallon solitaire Me dit : Viens i tes amis ue sont plus sur lu terre ; Viens ; tu veux rester libre, et le peuple est vaincu. Il est yrai : jeune encor, j*ai déjà trop vécu. L'espérance lointaine et les vastes pensées Embellissaient mes nuits tranquillement bercées ; A mon esprit decu, facile à prévenir, Des mensonges riants coloraient Tavenir.
Flatteuse illusion , tu m'es bientôt ravie 1 Vous m^avez délaissé, doux rêves de la vie, Plaisirs, gloire, bonhenr, patrie et liberté, Vous fuyez loin d'un coeur vide et désenchanté. Les travaux, les chagrins ont doublé mes années ; Ma vie est sans couleur, et mes pAles journées M'onVent Ue longs ennuie renchaînenient certain, Lugubres comme un soir qui nVut pas de matin. Je vois le but, j'y touche, et j'ai soif de l'atteindre. Le feu qui me brûlait a besoin de s'éteindre ; Ce qui m'en reste encor n*est qa*un morne flambeau Éclairant à mes yeux le chemin du tombeau. Que je repose en paix sous le gazon rustique, Sur les bords du ruisseau pur et mélancolique! V(ms, aniis des humains et des champs et des vers. Par un doux souvenir peuplez ces lieux déserts; Suspendez aux tilleuls qui forment ces bocages Mes derniers vêtements mouillés de tant d'orages.
Là , quelquefois cncor, daignez vous rassembler ; Là, prononces Fadieu ; que je sente couler Sur le sol enfermant mes cendres endormies, Des mots partis du cœur et des larmes amies !
Si Chënier ne ekaniaii que la gloire^, d'autres adoraient la puissance j et la France était prosternée aux pieds du nouveau Charlemagne, et le saint pontife quittait ses États pour venir verser riiuile sainte sur sou front, dans la vieille basilique de Notre-Dame.
Napoléon aimait tendrement le fils ainë de la reine Horlense; il avait même, dit-on, le projet de le choisir pour héritier de sa couronne; aussi voulut-il donner au baptême de ce jeune prince le plus grand éclat. Pie VII présida lui-même à la cérémonie :
« Dimanche 3 germinal, à trois heures après
' Voltaire semblerait avoir répondu d'avance à Chénier» par ces vers de la Mort de César :
Tu vois nos citoyens plus puissants que des rois ; Hos mœurs changent, Brutus, il faut changer nos lois* La liberté n'est plus que le droit de se nuire : Rome qui détruit tout semble enfin se détruire; Ce colosse effrayant dont le monde est fonlé , En pressanL l'iiuivci s tsL lui-même ébranlé ; Il penclie vers sa chute, et contre la tempête Il demande mon bras pour <60u tenir sa téte.
ikSS nistmvcES boyalks.
midi, LL. MM. IL, suivies de la cour, se ren* dirent à Saint-Cloud pour le baptême du prince
Napolëou Louis, fils de S. Â. L Mg^ le prince Louis.
a Cette cérémonie a été faite avec la plus grande
pompe par Sa Sainteté.
« Huit voitures impériales ont conduit à Saint'- Gond le Pàpe et son cortège, composé de cardia naiiXj arclievctjues, évéques et prélats, el des grands ofiiciers de Sa Sainteté.
«( Les appartements du palais de Saint*Cloud étaient disposés, pour cette cérémonie, ainsi qu'il suit :
«c Chapelle. L'extrémité de la galerie, conve«>
nableiiient ornée et tendue, a été converde en chapelle;
« Devant l'autel a çté placé un fauteuil pour
le Pape ;
« A droite de l'autel , du coté de Féglise^ étaient des tabourets pour les six prélats du Pàpe;
« A leur ^^auche, plus près de l'autel, les prélats du second ordre;
«c A droite des prélats, un banc à dossier , richement couvert, pour neuf cardinaux ;
« De l'autre côté de la chapelle, vis-à-vis les cardinaux y quinze chaises pour les archevêques et évéques ;
« À six pieds en avant des marches de l'autel ,
LE PALAIS DE SAmX-GLOUD. %Sq
était, une table richement décorée, sur laquelle a été placé le vase, couvert en blaiic, tenant lieu de fonts.
<c A droite et à gauche de cette table, deux crédeuces , Tune pour les honneurs, Tautre pour les objets nécessaires à la cérémonie.
« Au milieu de la chajx lie, ei vis-à-vis les fonts, deux fauteuils et deux prie-Dieu pour le parrain et la marraine.
« A droite du fauteuil de S. M., un fauteuil pour rimpératrice et trois chaises pour les princesses.
« A ^auclie du iauteuil de la marraine, six chaises pour les princes de la famille impériale et les princes de Fempire.
« Sa//e fia lit. Dans Tun des salons de l'impératrice, il a été dressé, sur une plate-forme, un lit sans colonnes, et surmonté d*un dais.
« Au pied du lit, ctait étendu un grand manteau d'étoffe riche doublé d'hermine, destiné à porter Tenfant au baptême.
t( Dariï, la même chambre , étaient deux tables riciiement couvertes, destinées à recevoir, Time les honneurs de Fenfant, savoir : le dei^e, le chrémcaii et la salière; Taiitrc, plus parée, ceux des parrain et marraine, savoir : le bassin, iaiguière et la serviette.
« I^a serviette était placée sur un carreau d e-
'iQO RÉSIDENCES KOYALES.
toffe d'or'; tous les aulies lionneurs, hors le cierge, étaient sur des plats d'or.
a  droite du lit, était M"* de Yilieneuye, dame <rhorui( iir de M"*® Louis, remplaçant madame Vir^f , indisposée , et à gauciie , madame de Boubers iaisant les fonctions de gouvernante, la sousgouvernante denici e elle.
a Les princes et princesses de la famille impé^ riale , les princes de Fempire , les grands officiers de la couronne, les dames destinées à porteries quatre coins du manteau, et celles qui devaient porter les honneurs, se sont rassemblés dans la salle du lit.
«Les oHiciers civils de l'Empereur, les chambellans et ëcuyersdes princes, et les dames et officiers
des princesses qui n'étaient pas de la cérémonie, sont restés dans le salon voisin ; les autres personnes invitées se sont placées dans le salonde Mars; les ministres et les grands officiel s militaires, dans la salle du Trône.
ff M. le grand aumônier ayant pris les ordres de S. M., de concert avec M. le grand maître des cérémonies, est ailé chercher Sa Sainteté dans son appartement et l'a conduite dans la chapelle.
«f Le grand maître des cérémonies, avec les autres grands oificiers de la couronne et le colonel général de la garde de service, est allé prendre les ordres de l'Empereur dans son cabinet.
Oigitized
LE PALAIS DE SAlIfT^CLOItD. agi
« U£mpei'eiii s'est rendu dans le salon du lit, avec la marraine (S. A. 1. Madame, mère de S. M.y précédé pai* le *;raiid maître, le grand écuycr et le grand maréchal » et suivi par le colonel général de la garde ^ le grand aumènier, le grand cham^ bellan et le ^l aiid veneur.
«f A Tarrivée du pan*ain et de la marraine , Tenlant a été découvert par H"*^ de Villeneuve et de Boubei s.
« La première a levé l'enfant et Ta remis au parrain 9 qui a chargé de Boubers de le por* ter aux fouis.
c( Le grand maître des cérémonies a remis la salière à de Bouillé ;
« Le chrémeau à 31"^^ de Moutalivet ;
« Le cierge à MP^^ la maréciiale Lannes;
H La serviette à de Serant;
« L'aiguière à M*"^ Savary;
« Le bassin à M°^^ de Taihouet.
« Alors y tout partit pour se rendre à la chapelle :
a Les princes de i empire et ceux de la famille impériale y précédés de leurs écuyers et suivis de leurs chambellans;
a l^s princesses précédées par leurs offîciers et suivies par leurs dames ;
« L'impératrice que précédaient les pages, les écuyers et les chambellans de S. M.; à la droite
UESIDENGES ROYALES.
de rimpératrice, était sa dame d'hooneur, et un peu en arrière, son premier aumônier; à sa gauche, son premier écuyer, sa dame datour et deux officiers supérieurs de la garde ; un page portait la queue de la robe de S. M. ; les dames du palais maiciiaient derrière elle.
« Les ministres et les grands officiers militaires qui n'avaient point de fonctions dans la cérémonie, suivaient le cortège de l'impératrice ; celui de l'Empereur marchait ensuite dans Tordre suivant :
« Les huissiers;
« l.ies hérauts d*armes;
« Les pages;
« Les aides des cërénionies; m Le maître des câ*émonies; « Les écuyers et les pi*éfets du palais de S. M.; « Les chambellans de S. M.; « Les aides de camp de S, M,^ « L'écuyer, Vaide de camp et le chambellan de service.
a Les honneurs dans Tordre suivant :
(c La salière;
« Le chrémeau;
« Le cierge }
<c La serviette;
« L'aiguière,
a Le bassin ;
LE PALAIS DE SAtNT-GLOUD.
c( L entant;
<t Mesdames les maréchales Bernadotte, Bessières, Davoust et Mortier portant les coins de son manteau ;
Le grand maître des cérémonies , le grand
écuyer et le grand maréchal ;
ce L'Empereur, suivi du colonel général de la garde, du grand aumônier , du grand chambel* lan , du grand veneur, du ministre des cultes, des colonels généiaux de la gaide et des otUciers de sa maison qui n'étaient pas de service;
a A. gauche de l'Empereur, Madame , mère de S. M., suivie de ses dames et ofïiciers.
ce En entrant dans la chapelle, tout le cortège qui précédait les honneurs, s'est rangé à droite et à gauclie de la porte.
« Les dames portant les honneurs se sont avancées, et se sont rangées à droite el à gauche des fonts baptismaux.
ic Les grands officiers se sont placés derrière l'Empereur, excepté le ^rand aumônier qui s est placé entre ie iauteuil du parrain et de la marraine, et le grand maître des cérémonies qui se tenait en avant et à la droite de l'empereur.
u Le maître des cérémonies ecclésiastiques se tenait derrière le grand aumônier et à portée de lui.
« l^s oHiciers des princes se tenaient der-
rière eux , et les dames et officiei's des pi iiicesses derrière leurs attesses.
« Toutes les autres personnes assistant à la cérémonie étaient dans la galerie, sans désignation de places.
« Àlors les cérémonies religieuses ont été laites par Sa Sainteté ^ ainsi qu'il est d'usage. Après le baptême, le premier chambellan et le grand maréchal ont donné à laver au parrain et à la marraine.
« L'enfant a été reconduit au salon du lit avec le même cortège qui Tavait accompagné en allant à la chapelle.
« LL. MAI. il. ont diné avec Madame, mère de l'Empereur, les princes de la famille, ceux de l'empire, et M. le prince Borghèse, beau-frère de S* M.
« D'autres tables ont été servies, savoir : celle
tles cardinaux, archevêques évêques et prélats. S. £. Ms>^ le cardinal Fesch, grand aumônier, en a fait les honneurs.
« Celle des ministres, maitchaux et autres grands officiers de l'empire. A cette table , dont H. le général Duroc, grand maréchal du palais, a fait les honneurs, ont été placés le président, les préteurs, chancelier et trésorier du Sénat, les présidents des sections du Conseil d'État, celui du Corps législalii , celui du iribiiuat, et
. Ljs PALAIS DE sAi«T-cu)iiu. ag5
le preiniei prësideut de la Cour de cassation.
(c Celle des dames de la maison impériale et des maisons des princes et princesses, dont les hoiiueurs ont été faits par M™® de Larochefoucauld, dame d'honneur de S. M. l'impératrice.
«( Enfin celle des otiiciers des maisons tant de LL. AIM. que des princes et princesses; M. de Luçay , premier préfet du palais , a fait les honneurs de cette table.
« Le soir, les principaux acteui*s de la scène française ont joué, sur le théâtre de la cour, Athalie^ avec des chœurs exécutés par les artistes de TAcadémie impériale de musique.
«c A cette représentation brillante ont assisté LL. MM. IL, Madame, mère de TEmpereur, les princes et princesses, toute la cour, le corps diplomatique et plusieurs membres des premières autorités de l'État.
et Pour se rendre des appartements au théâtre, LL. MM. et leur cortège ont traversé TOrangerie, élégamment éclairée en feux de couleur.
« Le spectacle a été suivi du cercle.
tf Pendant toute la journée , le parc de Saint- Clouda été ouvert au public; les eaux ont joué; des spectacles forains et autres divertissements ont été offerts à Faffluence des citoyens; cette aHluence était Irès-considérable. Depuis Theure
Oigitized
RÉSIDENCES ROITALES.
de midi, la roule de Paris avait été couverte de voitures et de piéton^ et semblait être devenue une longue promenade. Cette foule, répandue dans le parc et daus les avenues, a animé ces beaux lieux par un spectacle auquel le retour de la belle saison donnait un nouveau prix.
« Le soir, il y a eu feu d ariifice; le palais et les jardins ont été illuminés ; ils ont été ^ jusqu'à une heure avancée, remplis du bruit des orchestres , des chants et des éclats de la gaieté populaire'. »
La mort de ce jeune prince détermina Napoléon y vainqueur à Wagram , à contracter une alliance qui lui permit d'avoir des héritiers. U lui en coûtait de se séparer de Joséphine , qui avait brillé sur sa vie comme un astre bienfaisant ^ ; il hésitait : tantôt il jetait en avant quelques mots pour l'éprouver ; tantôt, il faisait sonder indirectemeut par Fouclié ses secrètes dispositions. U ne pouvait se dissimuler qu'une femme ne descendrait pas du cœur et du trône de Napoléon sans uii amer désespoir; mais la mison d'État, et peut-être aussi l'orgueilleuse faiblesse
* Cérémonial du baptême du prince Napoléon-Louis. (Moniteur universei du 6 germinal anxiii (S7 mars iSo5.)
* « Je gapie (les batailles, disait Napoléon, et Joséphine « me gague ies cœurs. «
Digitizeo lj oOOgle
de mêler son sang au sang des Césars , l'emportèrent sur les plus doux souvenirs et sur les plus touchantes larmes. Le 3o novembre 1809, après avoir diné tête à téte aux Tuileries avec Joséphine, Napoléon laissa enfin échapper son secret. « J'étais debout près de la |>()rie, dit M. de Beausset , ancien préfet du palais impérial ' , lorsque Napoléon Touvrit lui-même, et, m'aper^ cevanl, me dit vivement : «Entrez, Beausset, et « fermez la porte. » J'entre dans le salon , et j'aperçois rimpératrice étendue sur le tapis , poussant des plaintes déchirantes. « INon , je n'y survivrai pasy disait l'infortunée.» Napoléon me dit: tf Èles-vous assez fort pour enlever Joséphine et « la porter chez elle? » J obéis, et je soulevai cette princesse que je croyais atteinte d'une altaque de nerfs. Avec Faide de Napoléon, je l'enlevai dans mes bras , et lui-même prenant un flambeau sur la table y m'édaira et ouvrit la porte du salon, qui par un couloir obscur conduisait au petit esca- . lier intérieur... Nous descendîmes sans accident, et déposâmes ce précieux fardeau sur une ottomane dans la chambre à coucher Dans le
trouble qu'il éprouvait, Napoléon m'apprit la cause de tout ce qui venait de se passer. « L'in-
' Ménidix s anecdotiques sur l'intérieur du palais^ pour servir à l'hisluire dcNapolétin, 1^27.
Oigitized
R1Î!IIJ>BNCK$ ttOYALËS.
« tërét de la i rance et de ma dynastie , me dil-il, aaÊût violence à mon cœur; le divorce est de- « venu un devoir rigoureux pour moi ; je suis « d'autant plus affligé de la scène que vient de « Taire Joséphine y que depuis trois jours elle a ce dû savoir par Hortense la malheureuse obliga- « tioi) qui me coiidamue a me séparer d'elle. » Sa voix était émue , et des larmes mouillaient ses veux.
La dissolution du mai'iage tut prononcée le 1 2 janvier 1810 ; Joséphine se retira à laMalmaison% et un conseil secret se tint à Saint-Cloud pour délibérer sur railiance la plus avantageuse à la France. Ce conseil, présidé par Napoléon, était composé de Joseph, roi d'Espagne; de Louis, roi de Hollande; de Murât, roi de ISaples; du prince archichancelieri du prince de Talleyrand et du duc de Bassano. Le choix roula sur trois princesses, une sœur de l'empereur Alexandre, une archiduchesse d'Autriche , enfin la fille du roi de Saxe.
Dans les conlërences d'£rfurt, Tempereur de Russie avait laissé entrevoir que cette union ne
' C'est là qu'elle acheva son brillant rêve, au milieu de toutes les af&BCtions qui avaient honoré et embelli sa vie ^ et
que lui avaient méritées les grâces de son esprit et la boulé de SOI! cœur.
lui déplairait pas ; le roi de Saxe eût été fier de donner safilleau grand capitaine qui avait changé
en diadème sa couronne ducriir ; une dépêche du comte de Narbonoe ^ , notre ambassadeur à Vieuue, annonçait de la part de FAutriche le plus gracieux empressement. Murai opina pour la Saxe; Cambacérès pour la Russie ;Talleyrand pour l'Autriche; le choix du conseil s'arrêta sur Tarchiduch esse Marie-Louise, pour qui Napoléon penchait secrètement. — Le contrat fut dressé sur le modèle de celui de Louis XVi avec Marie-Antoinette. Hélas! le mariage ne devait pas être plus heureux! 11 fut célébré civilement dans la chapelle
du palais deSaint-Cloud , le i^** avril iSio ^, conformément au progi^amme qui suit :
' Ancien ministre delà guerre sous Louis XVI, il dut sa
fortune, sous Napuli on, à son esprit, extrêmement distini^ué, et peut-être aussi (tant it y a de faiblesses daus les âmes les plus hautes 1) à Tidée de présenter une lettre à Tempereur comme od les présentait à Louis XIV.
> On prétend que lorsque Napoléon avait épousé Joséphine, veuve de Beauharnais (le 19 ventôse an iv de la république), il avait produit un acte de baptême qui le faisait naître en 1768, au lieu de 1769, époque à laquelle il a toujours rapporté sa naissance, afin d*étre né JF>vfi7fai«, parce «pie c'est en 1 769 seulement que la Corse a été réunie à la France.
On lit à ee sujet les détails suivants dans la Berne historique de la noblesse :
3oO Ri&lDENCES ROYALES.
a Le jour désigné pour la célébraLioii du mariage civil y à onze heures ^ toutes les personnes
« Ce qu'il y a de pins extraordinaire » c'est qa'uae circonstance bizarre est venue donner à cette assertion une apparence d'authenticité. Lorsque Napoléon épousa Joséphine
de Tascher, il produisit un acte de baptême du 5 février 1768, et cette pièce, qui devait rester annexée aux reuistres deTétat civil, en fut enlevée par ordre de Bonaparte, devenu empereur. Quel a été le motif d'une pareille mesure ? L'extrait baptistaire était-il faux ou falsifié ? Napoléon, pour faire sa cour à Joséphine de Tascher, a-t-il voulu se vieillir d*un an, et s'est -il servi de l'acte de naissance de son frère aîné'? Nous ne saurions trancher la question. En l'absence de la pièce, qu'il eût été si curieux de comparer avec facLe de baptême produit Brienne, il serait naturel d'avoir recours aux souvenirs des témoins qui assistèrent h la cérémonie du mariage. Mais Calmelet est mort le dernier des quatre , il y a déjà plus d'un an. Il prétendait, dit-on, que Napoléon étant pressé de partir pour Tarmée d'Italie, et ne pouvant fiùre venir assez tôt ses papiers, à cause delà difficulté des communications avec la Corse, ou présenta l'acte de baptême de Joseph, que quelques biogiaphes lout naître précisément le 5 février 1768. Il racontait en outre que Napoléon se Ut attendre à la municipalité jusqu'à dix heures du soir, et que le maire n'ayant pu vaincre le sommeil qui l'accablait, s'était enfin endormi. Peut-être doit-on attribuer à cet assou* ptssement les nombreuses irrégularités qu'offre la rédaction de l'acte de mariage, dans lequel la qualité de veuve de Beau-
' Joscphiue substitua, dit-on, de son côté, Tactc de naissance d'une de ses sieurs, plus jeune qu'elle de quatre ans.
LE PALAIS DE SAINT-CLOL D. 3o I
qui doivent composer le cortège de LL. MM., se réuniront au palais de Saint-Cloud; savoir, celles
harnais n'a pas été donnée nne seule fois à la future impératrice. Le voici textuellement :
Extrait du registre des actes de mariage de l'état cinl du deuxième arrondissement , pour Van IV.
« Du dix-neuvième jour du mois de ventôse de l'an quatrième de la république.
« Acte de mariage de Napolione Bonaparte, général en chef de l'armée de Tintérieur, âgé de vingt-huit ans, né à Ajaocio, département de la Corse» domicilié à Paris, rue d*Antin, n« . . fils de Charles Bonaparte, rentier, et de Letizia Rarnolini;
Et de Marie- Joseph-Rose de Tascher, âgée de vingt-huit ans, née à Tile Martinique , dans les îles du Yent, domiciliée à Paris, rue Chantereine, fille de Joseph Gaspard de Tascher, capitaine de dragons, et de Rose-Ghdre Besvei^rs de Sanois, son épouse.
«Moi, Charles-François Leclercq, officier de Tétat civil du a* arrondissement du canton de Paris, après avoir fait lecture, en présence des parties et témoins, i** de l'acte de naissance de Napolione Bonaparte, qui constate qu'il est ne le 5 février 1768, de légitime mariage de Charles Bonaparte et de Letiaia Rarnolini, ^ l'acte de naissance de Marie- Joseph- Rose de Tascher, qui constate qu'elle est née le vingt-trois juin mil sept cent soixante-sept, de légitime mariage de Joseph-Gaspard de Tascher, et de Rose-Claire Desvergers de Sanois; vu l'extrait de décès d'Alexandn^-François ^larie Beauharnais , qui constate qu'il est décédé le cinq thermidor an deux, marié à Marie-Joseph-Kose de Tascher j vu Tex-
3oa RÉSIDENOKS ROYALES.
du service de Tlmpératrice , dans les salons de
son uppai lement , du côté du jardin; et celles du service de l'Empereur, dans les jardins de sou appartement, attenant à celui de rimpëratrice, du côté de la cour.
a  midi, les maîtres et aides des cérémonies se réuniront dans la galerie, qui jusqu'alors sera fermcc , et placeront les personnes invitées:
(c Derrière l'estrade, les officiers de la maison de rËmpereur et des maisons des princes et princesses qui ne sont pas de service.
<i L'espace à droite et à gauche en avant de l'es-
traitdes publicaLioiiis diulit m.i ri âge dûment affiché le tem])s prescrit par la loi sans opposition , et après aussi que ISapollone Bonaparte et Mahe-Juseph-Eose de Tascher ont eu déclaré à haate voix se prendre mutaellement pour époux, j'ai prononcé à haute voix que Napolîone Bonaparte et ^Êané- Joseph-Rose de Tascher sont unis en mariage , et ce, en présence des témoins majeurs ci-après nommés , savoir : Paul Barras, uieaibu du Directoire executif, domicilié palais du Luxembourg; Jean Lemarrois, aide de camp, capitaine, domicilié rue des Capucines ; Jeaii-Lambert Tallien, membre du Corps législatif 9 domicilié à Chaillot^ Étienne-Jacques- Jérôme Calmelet, homme de loi, domicilié rué de la Place- Vendôme, n^ M7, qui tous ont signé avec les parties et moi, après lecture. « Si^é au registre :
Napouonk Buonapartk ; M. J. R. Tascher; Tallien ; P. Ba&eas; J. Lemàr&ois le jeune; Cat.mpxkt, et LECi»BacQ, maire. »
LE PALAIS I)K SAINT-CLOUD. 3o3
tnide , sera divisé en comparUments qui seront
noiïiiiiativeiueul alfeclés :
« Âux dames des princesses;
« Aux femmes des ministres et des grands officiers de l'empire ;
« Aux dames invitées ;
fit Aux ambassadeurs et aux ministres étrangers;
a Aux ministres;
«c Aux grands officiers de l'empire ;
<c Aux grands aigles de la Légion d'honneur ;
« Aux sénateurs ;
M Aux conseillers d'État ^
« £t aux hommes de la cour invités.
« Les personnes invitées qui n auront pas pu être placées dans la galerie se tiendront dans le salon de Mars et dans les grands appartements de l'Empereur pour voir passer le cortège.
« Au fond de la galerie on placera sur une estrade deux fauteuils surmontés d'un dais , Tun à droite pour l'Empereur , l'autre à gauche pour l'Impératrice.
« Au bas de Testrade et de côté , il y aura une table couverte d un riche tapis, avec un encrier, sur lequel seront placés les registres de l'état civil,
« A deux heures , le corltge étant réuni dans les appartements de Leurs Majestés, ainsi qu'il vient d'être dit, le grand mattre des céi'émonies, le
3o4 ni^iDEircF^ rotalfs.
colonel général de la gaixle de service, les grands officiers de la couronne de France et d'Italie ,
iront chercher Leurs Majestés. Le cortège partira dans Tordre suivant, pour se rendre à la galerie, en traversant le cabinet de TEmpereur, le salon des princes, la salle du trône et le salon de Mars :
« Les huissiers ;
« Les hérauts d'armes ;
« Les pages;
«c Les aides des cérémonies :
« Les maîtres des cérémonies; «c Les officiers de la maison du roi d'Italie; « Les écuyers de FËmpereur de service ordinaire;
« Les chambellans de service ordinaire ; « Les aides de camp de l'Empereur; « Les deux écuyers de jour ; « L'aide de camp de service ; « Le gouverneur du palais; a Le secrétaire de l'état de la famille impé^ riale;
tf Les grands officiers de la couronne d'Italie ;
a Le grand chambellan de France et celui d*Italie, le grand maître des cérémonies et le grand écuyer d'Italie;
c< Les princes grands dignitaires; «(Les princes de la famille;
LE PALAIS DE SAlAl-CLOUn. 3o5
<( L'Empereur ;
« L'Impératrice.
«Derrière Leurs Majestés:
« Le colonel général de la garde de service , le
grand maréchal du palais, le grand maître de la maison d'Italie , le grand aumôuier de France et celui d'Italie;
« Le clicvLilier d'honneur et le prince écnyer de rimpératrice , portant la queue de sou manteau;
« Les dames d honneur de France et d'Italie ^ et la dame d'atour;
a Les princesses de la famille
« Les dames du palais;
« Les dames d'honneur des princesses , les officiers de service des maisons des princes et princesses.
« Tout le monde sera découvert.
«Le cortège étant arrivé dans la galerie, les huissiers, ks hérauts d'armes et les pages se rangeront par moitié y à . droite et àgauche^ dans le salon de Mars, auprès de la porte.
« Les officiers et grands olTiciers de France et d'Italie 9 les dames d'honneur et la dame d'atour iront se placer derrière les fauteuils de LL. MM., suivant leur rang.
« LL. MM. IL se placeront sur le trône, les princes et princesses à droite et à gauche de Tes-
3o6 RisiimiGEs botalbs.
trade, daos l'ordre suivant et selon leur rang de famille.
 droite de FEmpereur :
«Madame;
t Le prince Louis Napol^n j roi de Hollande ;
K Le prince Jérôme iNapoléon, roi deWestpiialie;
it Le prince Boi^^hèse, duc de Guastalla ;
« Le prince Joachim Napoléon, roi de Maples;
Qc Le prince Eugène , vice-roi d'Italie ;
tt Le prince archichancelier;
« Le prince vice-grand-ëlecteur.
À gauche de Tlmpératrice :
« La princesse Julie , reine d'Espagne ; « La princesse Hortense , reine de Hollande ; n La princesse Catherine , reine de Westphalie ; tt La princesse Élisa , grande-duchesse de Toscane;
« La princesse Pauhne;
« La princesse Caroline , reine de Naples ;
« Le grand-duc de Wurtzbourg ;
«La princesse Âugusta, vice-reine d'Iulie;
« La princesse Stéphanie , grande-duchesse hé* réditaire de Bade ;
a Le grand-duc héréditaire de Bade^
a Le prince architrésorier ;
« Le prince vice-connétable.
a Le secrétaire de F état de la famille impériale se placera auprès de la table.
Oigitized
Lfi PALAIS m SAINT-CLOUD. ÔO'J
« La première banquette sera réservée aux da*
mes (lu palais.
« Le grand maître des cérémouies^ les maiUes et aides des cérémonies , à droite et à gauche , en avant du trône.
« Al L arrivée de LL. MM., toutes les dames se lèveront et resteront debout jusqu*à la fin de la cérémonie.
ce L'Empereur étant assis, le grand maître des cérémonies prendra les ordres de S. M., et ira inviter S. A. S. le prince archichancelier de l'empire à se rendre devant le fauteuil de r£mpereur; un maître des cérémonies avertira en même temps le secrétaire de l'état de la ianiille impériale y.qui se rendra auprès de S. A. S. le prince archichancelier , et fera une révérence à LL. MM.
« S. A* S. le prince arcbichancelier , après avoir fait une révérence à LL. MM., dira :
K Au nom de TEmpereur :(^ ces mots LL.MM. se lèi'tront.)
<( Sire, Votre Majesté Impériale et Boyale dé- « clare«t*elle prendre en mariage S. A. I. et tt R. Marie-Louis£| arciiiduchesse d'Autriche , ici « présente ? »
L'Empereur répondra :
a Je déclare prendre en mariage S. A. I. et R. «Mari£-Louise, archiduchesse d'Autriche, ici ec présente. »
ao.
Oigitized
3o8 nisIDENGES ROYALES.
La même interpelialion sera adressée à S. k, I. et R. Farchiduchesse d'Autriche, en ces termes : « S. A. 1. et R. Marie-Louisb, archiduchesse ce d'Autriche y déciare-t-elle prendre en mariage «rS. M. l'empeasur et roi Napoléon, ici pré^ sent?»
S. Â. I. et R. répondra :
« Je déclare prendre en mariage S. M. l*empe- « AEUR EX &01 iSAPOLÉojï , ici présent,
« Le prince archichancelier prononcera alors le mariage en ces termes :
« Au nom de l'Empereur et de la loi , je déclare «que S. M. L et K. INapol^on, empereur des « Français y roi dItalie, et S. A. L et R. iarchi- «t duchesse Marie-Louise, sont unis en mariage. >»
et Alors les maiires et aides des cérémonies apporteront la table sur laquelle seront les registres
de rétat civil ; ils la placeront devant les faulcuils de l'Empereur et de l'Impératrice, et retourneront à leur place après avoir fait une profonde révérence à LL. MM.
« On procédera à la signature de l'acte, de la manière suivante :
« Le secrétaire de Fétat de la famille impériale présentera la plume à l'Empereur, et eosuîte à rimpératrice, pour signer; LL. MM. signeront assises et sans quitter leurs places.
Oigitized
LB PALAIS DE SAIlfr^CtOUD. 3oQ
« Les princes et princesses s'approcheroul de la table y recevront la plume des mains du secrétaire de l'état de la famille impériale, et signeront; ils feront avant de signer une révérence à l'Empereur et à rimpératrice; ils signeront dans Tor^ dre réglé par le cérémonial.
«L'acte étant terminé par la signature du prince archichancelier et du secrétaire de Tétat de la femille impériale , les maîtres et aides des cérémonies, après avoir fait une profonde révérence à TEmpereur et à l'Impératrice y retireront la table qui avait été placée devant LL. MM.
« Le grand mailie des cérémonies fera une révérence à LL. MM., et les préviendra que la cérémonie est achevée. Alors LL. MM. se lève* ront, et retourneront dans Tappartemeiit de l'Impératrice dans Tordre suivant :
« Les huissiers, les hérauts d'armes et les pages se rangeront dans le salon de Mars pour former la téte du cortège.
« Les officiers et grands officiers qui précèdent LL. MM. se dirigeront à droite et à gauche , pour aller prendre leur rang dans la marche; les princes grands dignitaires et les princes de la famille s'avanceionl ensuite.
« L'Empereur et l'Impératrice, suivis du colotïel général de la garde, du grand maréchal du palais et du grand aumônier, du chevalier d'iion*.
Oigitized
3lO RÉSlD£fîG£S AOYALES.
neur, du premier écuyer, des deux dames d*honaeur et de la dame d'atour, se mettroot eu mai ciie immédiatement après LL. MM.
« Les princesses suivront. Enfin, les dames du palais , les dames d'honueur des princesses et les officiers de service des princes et princesses quitteront leurs places pour fomer la fin du cortège.
« Le cortëge reconduira LL. MM. dans Tappat^ tement de rirapératrice et se retirera.
«( Pour cette oerémpnie, Tlmpératrice sem eu grand habit de cour, avec sa coiironoc^ fermée en diamants.
ce A deux heures, la cérémonie du mariage civil sera annoncée par des salves d'artillerie tirées à Saiat-CIoud, et répétées à Paris aux Invalides.
« Âpres le dioer, LL. MiML se l'radront dans le salon de lamille. Le cortège qui doit les accompagner au spectacle 9 se réunira dans le^ pièces voisines.
« L'orangerie sera illuminée.
« Les personnes invitées pour la cérémonie seront invitées aussi pour le spectacle*
« Après le spectacle, FEmpereur reconduira riiupératrice dans son appartement; lorsque TËmpereur se retirera, l'Impératrice raccompagnera jusqu'à son premier salon.
Digiiizixi by Coogle
LE PALA.1S D£ SAUfT-CLOUD. 3ll
« 11 y aura illumination générale k Saint-Gloiid ,
et les eaux joueront à la lumière.
« Le grand maître des cérémonies , <c Le comte de S^gur
La naissance do roi de Rome répandit une
joie untvcrsdle; la France y voyait un gage de sécurité pour l'avenir^ TEmpereur^ au comble de ses vœux , voulut que son bonheur fiftt célébré avec une pompe extraordinaire. Tous les arts furent conviés à Saint^^loud, et, le i5 août i%\\f le pahis et les jardins s'illuminèrent. C'était une foret enchantée; chaque arbre semblait avoir été métamorpiiosé en bouquet de diamants , en girandole de pierreries; les cascades roulaient, au milieu des flammes, des eaux etincelantes de mille couleurs ; le ciel était éclairé de feux qui se croisaient dans les airs avec une éblouis>sante rapidité; le canon de l'artillerie impériale se mêlait à cette artillerie artificielle; des orchestres animaient partout les danses et les plaisirs; une foule immense inondait le parc et les bosquets... Tout à coup éclate un orage épouvantable ; le tonnerre gronde, la pluie tombe par torrents » et réclair qui sillonne la nuit survit seul aux splendeurs de cette £éei-ie orientale.
' MmfjtexBT^ Si mars i8-io.
Digitizeo Ly ^oogle
3ia RESIDENCES ROYALES.
Nos modernes Calclias qui déjà avaient tiré de funestes augures du désordre occasiouué par le feu au bal du prince de Schwartzemberg, ne manquèrent pas de renouveler leurs sinistres prédictions à l'aspect de cette pluie intempestive : les éléments déchaînés conspiraient la chute de l'empire!... L'étoile deNapoléon, après avoir bi illé comme cette féte d'un moment , disparaîtrait comme elle dans une tempête ' !...
Saint-Cloud était la résidence favorite del Km. pereur. Ou y observait la même étiquettequ'aux Tuileries* : LL. MM. dînaient seules , excepté le
* « Après les relevailles, la cour s'établit à Saint-Cloud. Le mercredi où fat tenu le premier conseil des ministres^ il arriva un événement singulier. Lorsque le conseil devait avoir lieu de bonne heure^ etqa*il devait darer longtemps , Fusage de I^apoléon était de faire inviter à déjeuner avec lui toutes les excellences qu'il avait con\ oqiiées. Le mercredi 1*' mai, à peine Napoléon était-il sorti de table, que la corde qui suspendait au-dessus de la table un grand et magnifique lustre en cristaux du Mont-Cenis cassa, et la table fut écrasée. » (Mémoires de Beausset.)
' « LL. MM. sont arrivées à Saint-Clond le 3o messidor an XIII. L'usage étant que la résidence de S. M. l'Empereur à Saint-Cloud soit considérée comme si elle était à Paris , son arrivée a été annoncée par le canon des Invalides. » (il revenait d*Ita1i6 9 dont il avait été proclamé roi.)
(Montieur, n« 33, ))age la^^*)
dîmanclie oà toute la famille impériale était admise au banquet. Le soir. Napoléon travaillait dans son cabinet, on descendait dans le salon de rimpératrice. Là, il causait avec charme et complaisance^ puis, les officiers de son service remontaient pour assister à l'audience du ^urAer, et recevoir ses ordres pour le lendemain.
Pour faire trêve aux soucis politiques , Napoléon aimait à s'entretenir avec les esprits les plus distingués , à causer des sciences qui lui étaient familières, des arts qu'il protégeait, des lettres qu'il aimait y mais dont il redoutait parfois l'influence. Tantôt il se faisait lire d'avance des pièces comme Hector, de Lu ce de Lancival, comirie la Mort de Henri de Legouvé', par Talma, qu'il honora de son affection particulière sans avoir jamais voulu lui accorder l'objet de sa plus vive ambitiouy la croix d'honneur ; tantôt il faisait essayer, sur le petit théâtre de Saint-Cloud, les tragédies destinées au i héàtre-Français, comme les États de Blois^ de Renouard.
* A la lecture que Talmà avait faîte de cette pièce devant
ri-lmpereur , lorsqu'il prononça ce vers rais dans la bouche ile Henri IV :
Je tremble, je ne sais quel noir pressentiment «...
Niipoléon dit vivement à Legouvé : « II faut changer cette « expression; un roi peut trembler, c*est un homme comme
3l4 luâSJD£NC£S ROYALES.
Cest aussi k Sftînt*Cloud que Napoléon ayant
dit àNépomucène Lemercier :« Quand nous dona nerez-vousune belle tragédie? » le poète, que n'avaient point ébloui les splendeurs de l'empire, répondit, en jetant sur l'Empereur un regard prophétique : « Bieniâi^f attends! »
C'était en x8ia , et la tragédie ne se fit pas attendre : commencée sous les glaces de la Russie, ensanglantée par les terribles combats de Montmîrail et de Champ-Àubert, suspendue par l'abdîcation de Fontainebleau , ranimée par le retour deTile d'Elbe, terminée à Waterloo, elle cessa de remplir le monde, lorsque le t<HTent qui , de^ puis les Pyramides jusqu'au Kremlin, avait roulé dans sa course orageuse tant de canons , tant de Ir&nes , tant de générations , alla se perdre dans les ilôts qui battent le roc de Sainte-Hélène ' ; et
« un autre, mais il ne doit jamais Tavotier. » L'auteor sidistitua je frémis à Je tremble.
* Prédiction faite par un messager divin, k Isolier, héros de la Cirnéide, l'un des ancêtres de Bonaparte tovsCharlemagne i
Des deux rameaux unis d'Oline et d'Isolîer Sortira cette branche en hauts exploits féconde; £Ue se couvrira d'un immortel laurier; Sa glpire, en peu de jour», embrassera le monde
Digitizeo Ly ^oogle
LE PALAIS J>£ SAiJTT-CLOUD. 3l5
par deux fois, Tétrangfer souilla de ses fêtes et de ses orgies la résideiice impériale de Saint- Gioud!
Quelques hommes de guerre ont pensé qu'après la bataille de Waterloo ^ les troupes françaises, réunies $ous les murs de Paris , auraient pu battre Tennemi enivré de son succès. Nous
Le plus grand de tes âls, dans un siècle d'ofage , Triomphera 9 porté sur cent mille pavois ; Ses mains relèveront et le trône et la croix. L'hoite sainte des Francs consacrera Thommagc.
Des Alpes au Pyrcne y et du Rhin aux deux uiers,
Mille joyeux concerts De vingt peuples charmés rediront Tespérance.^,. L'hymen du conquérant a comblé les souhaits.....
La fille des Césars partage sa puissance
Leur fils est pour 1* Etuvpe un doux gage de paix..... Puisse enfin cette paix consoler l'univers ! Puisse le conquérant jouir de tcUit de gloire ! Mais s'il ( std* laissé , trahi par la victoire, Il restera toujours plus grand que ses revers. Des triomphes mondains un jour détruit la trace...»
Le del garde à ta race y Après tant de grandeurs les maux les plus pesants..... Sur ce roc escarpé , vois , dans la mer profonde ,
Celui qui releva tant de rois suppliants
Il est seul^ dans les fers, aux limites du monde.
( La Cintéide, au la Corte déUçtiée, chant X, par Lucien
Bonaparte, prince de Canino.)
3l6 lljéslDBNCKS BOYALES.
avions en effet 60,000 hommes ^ sous les ordres d'un de nos plus illustres maréchaux ; notre artillerie était encore formidable^ et le général Excelmans venait de prouver sur les hauteurs de Versailles ce que pouvait la cavalerie française luttant corps à corps avec la cavalerie prussienne; mais le gouvernement provisoire , effrayé tout à la fois du voisinage de INapoléon et de la responsabilité du sort de la capitale, s'arrêta au parti de traiter avec les alliés.
Dans la nuit du 2 juillet , M. le comle de Bondy, préfet de la Seine, reçut cette lettre du duc d'Otrante^ président du gouvernement provisoire :
« Monsieur le préfet, la commission du gouvernement désire que vous vous rendiez sur-le-champ près d'elle pour prendre connaissance d'une mission extraordinairement urgente et de la plus haute importance.
' Une grande difficulté s*était d*abord présentée : comment
nourrir une armée si considérable dans le trouble où l'on otait? Le comle F. d'Houdetot, alors aide de camp du maréchal Davoust , et aujourd'hui licutt'uant général, aide de camp du roi, se rendit en toute hâte de la Villette à l'hôtel de ville» pour demander des vivres; et telle fut la sollicitude de cet officier et le zèle admirable du préfet et de Fadministration, que l'armée fut comme par enchantement approvisionnée de tout ce qui lui était nécessaire.
LE PALUS DE 8AIKT-CLOUD. ifj
« La coiumissiou ne désempare point cette Duit ; elie vous attend dans une demi-heure.
« Le duc d'Otbaiite.
«Paris, a juillet ibi5, à minuit.»
Le préiet se rendit aux Tuileries où siégeait le gouvernement. — Le duc de Vicence lui dit qu'il
s'agissait de traiter d'une suspension d'armes el de la reddition de Paris ; que M. Biguou, chargé du portefeuille des affaires étrangères, avait rédigé une note destinée à servir de base à la négociai ion; on les chargea tous deux de se rendre au quartier général des alliés; mais avant lout, on leur recommanda de s aboucher avec le maréchal prince d'Eckniuhl.
Le maréchal était à Montrouge, où il sëtait tranb[)orlt après le conseil de guerre tenu à la Villette La nuit était déjà avancée, lorsque
' Ce conseil était cnniposé des maréchaux présents à Paris et de plusieurs lieuteuauts généraux, des comniaudanls du génie et del'at tillorie. On soumit au conseil ces questions :
I® Quel est l'éut des retraocliements cl leur armement» tant sur la rive droite que sur la rive gauche ?
a** L'armée peut -elle défendre toutes les approches de Paris, même sur la rive gauche?
3** L'arniéo pom iaît-clle recevoir le combat sur tous les points eu mcme temps ?
4^ £n cas de revers, le général en chef pourrait-U réserver
3l8 RÉSIDENCES ROTALES.
MM. Bigiioii et de Bondy arrivèrent à Montix)uge. Le maréchal était assis sur son lit; les deux com-
iiiissaires prirent place sur deux chaises de paille, et communiquèrent leurs pouvoirs. Le maréchal était en proie à la plus grande perplexité.
c( Prince j lai dit niovs M. le comte de Bondy, «t si vous reconnaissez vous-même que notre pote sition militaire est bonne ^ que ne risquez-vous « mie bataille? Commandée par un chef tel que
ou recneiUir asses de moyens pour s'opposer à Teatrée de vive force?
5^ Eidste<>t4l desmumtioiis sol&santes pour plusieurs -
combats?
6** Enfin , pciit-on répondre du sort de ia capitale, et pour combien de temps ?
Le conseil fit les réponses suivantes :
A la première question. Que Tétat des retranchements et armements sur la rive droite de la Seine , quoique incomplet , est en général satisfaisant ; sur la rive gauche , les retranchements peuvent être regardés comme nuls.
A la deuxième. — L'armée le pourrait, mais non indeiliiiment, et elle ne doit pas s'e&poser à manquer de vivres et de retraitCi
A la troisième* Il est difHcile que Tarmée soit attaquée :sur tous les points à la fois, mais, si cela arrivait, il n'y aurait Jiucun espoir de résistance.
A la quatrième. Aucun général ne peut répondre des
fiuites d'une bataille.
A la cinquicmo. ■ — Les niiiiiitions sont suffisantes. A la sixième. — 11 n'y a aucune garantie à cet égard.
LE PALAIS 1»B gAINIVCLOUB. Sig
«VOUS, uoti'e artiiëe pourrait vaincre, et celte victoire serait le plus beau fleuron de votre « couronne militaire. Si nous élions battus, ce «serait alors ratiaiie du préfet; j'irais avec le a conamaDdant de la garde nationale, le marë- « clial Masséna, li ouver l'ennemi, et nous serions « encore eu mesure d'obtenir de bonnes condi- « tions. Croyez-moi, on ne joue pas avec une tt ville comme Paris; et les étrangers, après des «pertes nouvelles, seraient disposés à tout ac* er corder plutôt que d^essuyer un combat dans « les rues. » — a Mou cher comte , lui répondit «le maréchal, j'ai bien réfléchi à tout cela, et « vous auriez raison , si Taflairede Waterloo n*a- (c vait pas eu lieu j mais quand les imaginations ne « sont pas encore remises d'une pareille secousse, « les troupes n*ont pas toute leur valeur morale ; « et un général en chef qui songerait à prendre « Toflensive sons de telles impressions , serait un « insensé. Ce n'est pas que je croie un succès im- « possible ; l'armée est encore assez belle pour le « Élire espérer ; mais Tespoir n'est pas assez , il « faudrait une certitude; car un revers entraîne* « rait des maux incalculables ; je poiu lais , moi, ' « me retirer encore entre la Seine et la Marne; « mais vous, vous seriez pillés et massacrés dans « Paris. Je veux bien, toutefois, admettre avec vous « que nous battrons l'ennemi : aves&>vous prévu
3aO RIÊSIPENCES ROTA LES.
« tous les résultats de ce succès? Avez-voiis prévu 41 Teffet que produirait Napoléon ressaisissant le « pouvoir au proniier bruit d'un avantage, et « cela^coulie la volonté de la chanibre des re- « présentants et d'une partie de la population? « Ce serait la guerre civile , Messieurs , ce serait «la guerre civile; peut-être des ruisseaux de <c sang français couleraient sous nos yeux, et les « ai niées russe et autrichienne se précipiteraient « sur la capitale déchirée par nos disseu&ious, « et désarmée par l'anarchie. »
Ainsi s exprimait le niiuistre el le citoyen ; mais à la pointe du jour, le soldat reprit le dessus: « J'ai bien envie de livrer bataille, disait Davoust, « après avoir passé ses trou])es en revue. — Vo- « loutiers y répondit M. Bignou; battez- vous, si <c VOUS croyez pouvoir le faire avec bonheur. — a Pour moi, ajouta M. de Lîoiidy, jene refuserais « pas une aussi belle occasion ^ si elle m était of- « ferte. » Mais le maréchal, sans faire connaître encore sa dernière résolution , ajourna les commissaires à onze heures. Daus cet intervalle, le prince d'£ckmûhl tint un conseil de guerre où assistèrent les généraux Excelmans, Drouot, Pajol, Vahny, Vandammej et il reçut à dix heures et demie la visite deCamot, ministre de l'intérieur, qui parcourut avec le maréchal elles commissaires les troupes rangées eu bataille
sur les hauteurs de Montrouge. « Cen est fait ^
« dit-il avec t iiiotion à MM. Bigiioii et de Bondy , a j'ai mûrement réfléchi à la position de Tarmée, « de Paris et de la France, et je me range , quoi- « que à regret , à 1 idée du gouvernement piovi- « soire^le conseil de guerre que j'ai réuni partage « la même opinion; mais du moins nous voulons « tous que la sûreté des propriétés publiques et « particulières, et surtout la sûreté des personnes, (c soit inviolablement garantie ; hors de ces con- « diùuiis, ^)uint de liailt'. Le général Guilleminot, a mon chef d'état-major, vous accompagnera, avec « la mission spéciale de défendre les intérêts de « l'armée ; et , au besoin , cette ceinture d'artilleccrie qui nous entoure, appuiera vos confé* « renées. »
Le maréchal avait envoyé prévenir le général Ziethen, qui commandait lavant-garde prussienne, de la prochaine arrivée des commissaires; mais cet officier avait brusquement répondu qu'il n'avait rien l\ démêler avec le gouvernement provisoire; qu'il fallait s'adresser au général en chef Blùcher. Celui-ci de son coté fit dire qu'il ne pouvait rien ordonner sans avoir consulté lord Wellington; cependant ces pourparlers finirent par l envoi d im (olonel, aide de camp du général Ziethen, qui servit de guide aux commissaires :
Digiiizixi by Coogle
3a 2 RËâiDElICES BOT A LES*
ils se dirigèrent , par Yaugirard et Issy ' , vers Saint-Qoud ou se trouvaient ies généraux en chef des armées alliées.
De quelle douloureuse impresâon dui*ent être frappées leurs âmes généreuses, en voyant le triste désordre que présentait alors ce palais où tant de rois s'étaient agenouillés devant le héros d'Ansterlitz! Les jardins, envahis par une horde d'étrangers, présentaient l'image d'un camp; et les chevaux du Nord se désaltéraient dans les belles eaux du parc. Un vainqueur brutal s'était couché tout habillé dans le lit de Napoléon; heureux, dans son oi ^'ueil , de déchirer avec ses éperons les draperies impériales! une meule de chiens, qui le suivait partout , occupait et dévastait le boudoir de Fimpératrice; et les livres de la bibliothèque, jetés pèle -mêle sur les parquets, attestaient son respect pour la civilisation!
C'est là, c'est dans cette pièce que les commissaires français furent reçus par Biucher et par le général Gneisnau, chef d'état-major de l'armée prussienne; Wellington n'était pas encore arrivé; le colonel anglais Hervey le représentait. La discussion fut très-animéedelapartde nos commissaires,
t Des tirailleurs échangeaient des coups de fusil dans les plaines d'Issy, et le» Prussiens étaient barricadés dans le village.
Oigitized
IX PALAIS DB SAIHT-GLOUD. 3a3
très-hautaine de la part des étrangers. Plus d'une fols, on fut sur le point de se séparer, et le général Guilleminot , qui connaissait la bonne disposition de nos soldats et qui avait confiance dans TÎngt-cinq mille hommes de cavalerie et - dans cent bouches à feu , souhaitait en secret qu'on s'en remit au sort des armes. L'arrivée de Wellington mit (in aux indécisions et aux débats. Il demanda à M. Bignon la note qu'il avait rédigée, se retira avec fiiûcber pour Texaminer en partieulter, fit lui-même plusieurs notes au crayon . en marge des propositions, se borna à mettre accordé ' en rqpird de l'art. la ; etla convention, arrêtée sur des bases conformes, dans ses dispositions principales , à la note de M. Bignon et aux instructions verbales du prince d'Ëckmùhl , fut rédigée séance tenante*.
Le lendemain , M. Bignon fut envoyé de nouveau au duc de Wellington , afin d'obtenir du roi Louis XVIII la conservation des chambres et le maintien de.!, couleurs nationales, Wellington lui
' C'est Tarticlequi a trait à la sûreté des personnes. Un des commissaires nous a dit qu'il avait lui-mi-me cité quelques noms propres dans la conférence, entre autres celui du maréchal Ney. « Ça ne peut faire difficulté, » avait été la réponse; et pourtant!.,.
* Capitulation de Paris. (Pièces justificatives du cliap. IV.)
Oigitized
3^4 RisiOBNCES ROTAL^S.
répondit que cette double demande était prévue; il leur montra sur ce sujet une lettre de M. de Metternich : «r Pour les chambres, dit-il , la décia sion est prise de les licencier, dès que les armées « alliées seront entrées dans Paris f pour le dra- «t peau tricolore, cette mesure eût été sage en i8i4; « si j'avais eu Tinflueiice que la dernière bataille « m'a donnée, j'aurais moi-même partagé votre « avis; mais aujourd'hui les choses sont bien « changées. Le roi ne peut adopter le drapeau «( dont on s'est servi pour abattre le sien. » — « Milord j répliqua M. Bignon , que le roi y ré- «r fléchisse! Cest toujours un grand danger pour « un gouvernement que de laisser hors de ses u mains un signe glorieux de ralliement. » Ses instances turent daines'. Wellington pria M. Bignon de prévenir le duc d'Otrante de vouloir
I La personne à qui je dois priDcipalcment ces détails curieux et authentiques y ajoutait cette judicieuse réflexion , que le gouvernement provisoire , la ville de Paris etTamiée
n'avaieot eu aucun rapport direct avec Louis XYIll , m pour la convention du 3 juillet i8i5, ni pour la conservation des chambres et lies couleurs nationales; qu'on s'était toujours adressé aux généraux alliés, qui servaient d'intermédiaires et pour ainsi dire de ministres à Louis XVIII. — Mais n*y avait-il pas là une arrière-pensée? Ne voulait*on pas se ménager, au besoin, ia ressource de dire que le roi n'était pas lié par une convention faite avec les généraux des armées étrangères ?
LE PAIAIS D£ SAIllT*CLOVD. 3a5
bien se rendre le soir même à Neuilly. « Dites-lui « que je le conduirai au château d'Âmouville où « Louis XVIII l'attend à diner avec M. de Tal* « leyrand. »
U est des noms symboliques que l'on rencontre dans toutes les crises solennelles. Plusieurs de ceux que nous avons vus, au i8 brumaire , ^a* viter autour de l'astre qui accomplissait sa première révolution, se représentent à nos yeux , quinze ans après ^ mais dans une autre sphère ; l'astre a disparu ^ et ses derniers rayons ont éclairé bien des métamorphoses.
Digitizeo lj oOOgle
3a6 RtaDSNCES rotalks.