I.E PALAIS DE SA.II9T-GLOLD. iSg
un luxe oriental pour Méhémet-Ëflendi , ambas-
sadenr du sultan âcbmet ^.
Mais le deuil remplaça bientôt ces fastueuses réjouissances : la princesse Charlotte de Bavière , raère du régent, après avoir assisté au sacre du jeune roi à Reims , mourut à SainhCJoud le 8 décembre 17^»'^, avec cette fermeté tranquille que donne une bonne conscience. C'était en effet une princesse respectable par sa bonté, par son amour de la justice , par sa charité ; c*était une femme d'esprit; et Tabondance de ses lettres, aussi hardies que piquantes, atteste qu'elle avait un peu de cette curiosité que lui reprochait Pierre le Grand , et quelque j^enrbant à ne point garder longtemps les secrets qu'elle avait surpris ^.
Son corps venait à peine d'être porté à Saint* Denis ^, que le fds qui lui avait prodigué, dans
voulait tout savoir, et qu'elle l'avait trop questionné; mats qu'après tout il ne lui avait dit que ce qu'il voulait bien qu'elle sut. »
« Méhémet-Effendi a fait lui-même une pompeuse relation de la fcte qui liii avait été donnée à Saint-Cloud.
* Un extrait, remarquable à plus d'un titre, de cette volumineuse correspondance, a paini en France» Un ambassadeur français m'a dit avoir vu, en Allemagne, un recueil énorme des lettres de Charlotte de Bavière, toutes écrites en allemand. Ces lettres soront-elich publiées?
^ Cette princesse fut enterrée saus pompe : tel était l'ordre qu'^e avait donné.
IQO Itl-SIDENCES ROYALES.
ses derniers moments , les soins les plus aHectueux
et les plus tendres remets, tombait lui-même frapjjé d'une attaque d apoplexie * ; et le palais de Saint-Cloud se voilait encore de noir; dans une chapelle ardente s'^evait un cercueil surmonté de la couronne d Orléans avec les colliers des ordres du Saint-Esprit et de la Toison d'or ; les ministres de la religion recitaient les prières des moils ; le comte de Gharoiois , au nom du roi, le prince de Dombes, le comte d'Eu, le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides, venaient jeter de I\au bénite sur les restes du régent de France ^ ; le comte de Cler» mont et le duc de Montmorency portaient son cœur au Val de Grâce ^, et Fabbaye royale de Saint-Denis recevait avec pompe la . dépouille mortelle d'un prince aimable et brave , clément et gai comme Henri IV.
Louis d'Orléans ^ n'était point , comme le prince son père, ami des combats et des plaisirs, (les arts et de la ma^^uificence.. Cej)endaiit , son rang lui imposait de brillantes obligations aux-
> Le 2 décembre 17^3 -, à Versailles, dans son Ccibinet, où il était seul avec la duchesse de Phalaris.
• 8 décembre.
3 9 décembre.
* Voir VHimire.du Palais-Hoy at.
<[u elles il ne pouvait se dérober. Il était d'usage qii*à la première entrée de la duchesse d^Orléans' h Saint-('loiul, le prince donnât une grande féle; elle eut lien le l'à août 1 724.
Louis d'Orléans reçut aussi avec une tendre distinction sa sivuv Klisabelli niadenioiselle de IVfontpensier, qui avait apparu un moment sur le trône d'£spagne.
Pour cimenter, en 172 1 , la j)aix entre l'Espasjne et la France, ou avait songé à iiiai ier Louis XV avec l'infante , et mademoiselle de Montpensier avec le prince des Asturies , depuis Louis r*", roi d'Espagne j et le duc de Saint-Simon avait été chargé de cette double mission*
« J'avais, dit-il dans ses Mémoires , l'ordre de précéder tout le monde à la céréuioiûe de ce mariage, qui eut lieu le 20 janvier 1722. Pour y réussir, je me rendis de bonne heure à la chapelle, qui était vide de courtisans. Je me misa côté du carreau du roi , à droite, tout au bord, en dehors du tapis, et je m'amusai là mieux que je ne m'y étais attendu. Le cardinal Borgia, pontificalément vêtu , était au coin de l'épltre , le visage tourné vers moi , apprenant sa leçon
' Augà$fe-Marie< Jeanne «te Baden-Baden.
* Née en 1709, de Philippe d'Oriéaos, régent, et de Françoise-Marie de Boiirboti.
19^ KJÉStDËNCi!;:» ROYALKS.
de deux aumôniers en surplis qui lui tenaient
un grand livre ouvert devant lui , on le bon prélat ne savait lire. Il s'efforçait , lisait tout liautet de travers; les aumôniers le reprenaient; il se fàcliaiL et les grondait : je riais lanl que je pouvais, car il oe s'apercevait de rien, tant il était occupé et empêtré de sa leçon.
« Les marias:es se font en Espagne api es dîner, et le commencement de la cérémonie a lieu à la porte de Téglise, comme les baptêmes. Le roi, la reine, le prince, la ptincesse , y arrivèrent avec toute la cour, et furent annoncés tout haut. « Qu'ils attendent (s'écria le cardinal en colère), « je ne suis pas prêt. » Ils s'arrêtèrent en effet, et le cardinal continua sa leçon, plus rouge que sa calotte, et toujours furibond de ne savoir pas lire : il s'en alla à la porte, où la cérémonie dura assez longtemps.
« Parmi ce divertissement que le pauvre cardinal donnait à tout ce qui le voyait , je remarquais un c uiUenLcment extrême dans le roi et la reine de voir accomplir ce mariage. Les deux mariés se levèrent, et se parlèrent bas, peut-être l'espace d'un bon (Wf/o, après quoi le roi vînt à moi. Il me lit Thouiieur de me dire : « Monsieur, « je suis si content de vous et de votre ambassade, « que je vous fais Grand d'Kspagne de la première « classe, vous et celui de vos deux fils que vous
Lh. PALA.1S DE SAIMT CLOUD. IqS
« choisirez pour être grand d'Espagne et en jouir ic en même temps tpie vous, et je fais votre fils « aiué chevalier de la Toison d'or. »
Mademoiselle de Montpensier avait ëtë malade en arrivant à Madrid ; et comme si c'était une disposition naturelle à toutes les princesses de la maison d'Orléans, de ne point se plaire dans les cours étrangères, la nouvelle princesse des Asturies s'ennuyait en Espagne , comme sa tante à Florence et comme sa sœur à Modène ; elle ne voulait ni aller chez la reine , ni sortir de sa cliauibre, ni prendre pai't aux réjouissances données à Toccasion de son mariage, fin vain Fambassa* deur français, en vain toutes ses dames la suppliaient d'assister aux fêtes où l'on atlendait sa présence ; rien ne pouvait triompher de Topiniâ» li'eté de ses refus. Un jour que le duc de Saint- Simon redoublait ses instances : « Non , Monsieur, « lui dit-elle, je n'irai point au bal, je ne l'aime « point ; ils aiment ici à se lever ou coucher tard , « moi j'aime à me coucher de bonne heure; ils « feront ce qui est de leur goût, moi je suivrai « le mien. » Elle tint parole, et donna un. libre cours à ses fantaisies et à ses caprices.
Devenue veuve , après quelques mois de mariage, et forcée, selon les lois d'Espagne, à revenir en France , elle s'était établie au palais du Luxembourg, en ce palais naguère le théâtre des gran-
ig4 HESlDENCtS nOYALKS.
deurs et des plaisirs de la duchesse de Berry, sa sœur, mais en même temps témoin de sa fin douloureuse et pi émalurée ; et ce dernier souvenir ayait contnbué à jeter la reine d'Espagne dans la plus profonde dévotion. C'était un lien de plus ent re elle et Louis d Oi iéaos, Sf>n frère , qui aimait à la voir et à ^'entretenir avec elle des choses de la religion ^
Une autre reine , plus heureuse que Mademoiselle de Montpensîer, Marie Leckzioskay témoigna le désir de -visiter Saint-Cloud. Le duc d'Orléans, par une coquetterie naturelle aux propriétaires, fit supplier la reine d'ajourner aa promenade jusqu'à ce que les cascades, de nouveau endommagées , lussent entièrement rétablies. Marie Leckzinska ne vint que le 17 septembre 1735. LescascadeSy nouvellement ornées des deux statues de la Seine et de la Marne ' , les jai dins, les galeries du château , tout avait piis ses hâ^jits de féte ; et la reine repartit enchantée pour Versailles.
Louis d'OïKans préférait mi manuscrit grec OU hébreu et sa retraite de Saiute - Geneviève à Saint-Clond et à ses splendeurs; cependant, il
fit dans celle résidence plusieurs changements.
■ Cette princesse moarut en 174'^ ^ à l'Age de trente-trois
ans.
* Ces deux fipircs colossales sont irAdam, scuipteur ft'iinçais, arrive* de Hume en i7ii3.
L£ PALAIS DE SAlfiT-GLODD. IqS
On délruidlles GoiUotes, que Pon changea en ira pelil parc orné de pièces d eau et de statues ; on créa le tapis vert, vis-à-vis le parterre du châ** leau; et dans Tannée 1743, après le mariage de . Louis-Pliilippe d Oiicans avec Louise-Hemielte de Bourbon-Contiy on constmisit une salie de spectacle... Henriette ' avait des goûts moins austères que le prince qui, par pruderie, fit brûler la Léda, un des plus beaux tableaux de kr galerie du Pahis-Boyal ^ I
La nouvelle duchesse cl ( )rléans , secondf e par le goût de son époux pour la grandeur et la ma* gnificence^, surpassa l'édat de toutes les solennilés dont Sainl-Guud avait été jusqu alors le
' Cette princesse était d'un esprit gai, et non sans malice. L'étiquette de la cour voulait qu'un cardinal rendant visite à une personne de la famille royale , ne se retirât que lorsqu'on rayait appelé émînence. Vn cardinal vient voir la duchesse d'Orléans à Saint-Cloud : elle était dans sonKt A dix heures elle sonna , demanda son déjeuner, et continua la conversation sans prononcer le mot libérateur; à trois heures elle sonuade nouveau: c^étuit pour demander son dîner. Le pauvre cardinal trouvait la visite un peu longue. £nfin,la princesse lui dit en souriant : « f^otre éminence veut-elle prendre quelque
« chose? » Oui, Madame» je prendrai la liberté de me
' « retirer. »
' Louis d'Orléans mourut à Sainte-Geneviève , en 175*.
^ Voir, dans V Histoire du Palais-Rnjal , la vie et le portrait de L. P. d'Orléans, fils de Louis.
ri.
19^ RKSIDENCES ROYALES.
théâtre, dans la féte mémorable qu'elle donna
dans ses beaux jardins.
Gomme si le plaisir avait son étiquette, les divertissements étaient classés, selon les différents ordres de la société î il y avait spectacle pour les pnnces, spectacle pour la noblesse, spectacle pour le peuple. L'Olympe était descendu sur la terre ; on ne rencontrait dans le parc que faunes, sylvains, naïades, hamadryades^ partout des concerts, partout des tables servies avec abondance ; enfin tous les Parisiens qui étaient accourus en foule à ces merveilles mytiiologiques, trouvèrent, le soir, des tritons complaisants et désintéressés qui les reconduisirent dans la capitale, sur des bateaux préparés aux frais du duc d'Orléans. Jamais ce prince n'avait mieuiL mérité le surnom de roi de Pans ' !
Devenu veuf, L. P. d'Orléans avait épousé secrètement, le 23 avril 1773, madame la marquise de Montesson et il était survenu ce qui arrive ordinairement dans ces sortes d'uiiiuns inégales , c'est que la femme qui a été assex puissante pour arracher cette concession au prince,
* Voir» aux pièces justificatives, lettre E, la relation trèscurieuse de cette féte : Foya^ de Saint-Chad par terre et par mer.
' Voir X Histoire du Palais-Royal,
LE PALAIS DJb SAINT-CLOUD. I97
mais qui ne peut pas jouir publi(|iu^iîicnt du litre eL des hoiiueuis de son époux, n'a quuue existence douteuse, jalouse ^ inquiète; et tout ce qui brille d'un éclat légitime, Fembarrasse et rimpuiLune. C'est ainsi que madame de Montesson ne voyait pas sans envie, soit au Palais- Royal, soit à Saint-Cloud, laducbesse de Chartres * , belle de grâce et de jeunesse, environnée de respects et d'honneurs. Elle engagea d^abord le duc d'Orléans à se défaire du Palais-Royal , < n faveur de son fils^; le moment n'était pas éloigné où elle lui donnerait un conseil analogue pour Saint- Cloud.
Jusque-là, le duc ^ et la duchesse de Chartres y recevaient des vœux et des hommages^; et
« Louise-Adélaïde, fille du dur de Pf nthièvre , mariée, le 5 avril 1769, à L. P. Joseph duc de Chartreo. » 1780.
^ Néà Saint-Cloud , i3 avril 1747.
* A leur arrivée, l'abbé Mayer, curé de Saint-Cloud, présenta à Leurs Altesses un compliment envers, dont plusieurs sont remarqttablesg au moins dans la bouche d*uii ecciéâastique :
Nous sommes ttxis soldats quand le zèle commande. Que serait-ce, grands dieux! si dans les champs de Mars, Pour la gloire des lis , quand Thonneur le demande , Il fallait triompher dessous vos étendards! Un destin plus riant en ce joùr nous rassemble , Et nous volons à vous enrôlés par VÀmour !
11^8 IIESIDKNGËS ROYALES.
le prince y dopna la preuve d'un courage nouveau :
Deux frères appelés Robert, physiciens célèbres, et GoUin-Hullin y leur beau-frère y habile mécanicien, avaient construit un aérostat d'une forme cyliojdrique , de 52 pieds de long sur 3a de diamètre, et armé de rames et d'un gouvernail : ils annoncèrent qu'ils s'élèveraient dans les airs au moyen de ce globe, et qu'à la faveur des rames et du gouvernail ils le dirigeraient à leur gré contre le vent. Le duc de Chartres voulut être du voyage. L'ascension eut lieu dans le parc de Saint-Goud qui était rempli d'une foule immense. Le duc de Chartres , accompagné de Dampierre , son ami, tué depuis, général de la république, sous les murs de Valenciennes, les deux Kobert et Conin-Hullin montèrent dans la nacelle; les deux femmes des frères Robert tenaient les cordes qui arrêtaient le ballon. A huit heures du matin , les cordes furent lâchées , et le ballon monta majestueusement dans les airs. Les spectateurs les plus éloignés avaient témoigné à grands cris quils désiraient que les personnes qui étaient plus près du lieu de la scène s'agenouillassent pour laisser à chacun la liberté de jouir du coup d'œil que présentait le départ de cette superbe machine. Ce désir avait été exaucé ; et d'un mouvement unanime chacun avait mis un
LE PALAIS DE SiilNT-CLOUD. I99
genou en terre. C'est au milieu de celte multitude ainriprostemée que l'aérostat s'éleva; jamus spec. tacle ne fut jjins imposant; au bout de trois minutes on perdit de vue le ballon^ il monta à une telle hauteur que les voyageurs tion^^eulement n'aper* cevaienl plus la terre, mais se sentirent portes dans des régions inconnues. Tout à coup , malgré la beauté du temps , ils furent emportés et comme engloutis dans des flots de vapeur ; un vent impétueux, fi-appant avec rapidité sm- la surface que présentait le gouvernail, fit tourner trois fois l'aérostat sur lui-même. Les voyageurs abandonnèrent alors l'espoii' de diriger leur navire, et, pour 6ter toute prise au vent , ils déchirèrent le taffetas du gouvernail. Au même moment, des nuages épais se roulant à plusieurs toises au-dessous de lem& pieds, semblaient leur interdire le retour vers la terre. Ils furent entraînés rapidement à la surface de cette mer de nuages. Là, le soleil produisit à la vapeur que renfermait le ballon une dilatation effrayante. Le duc de Chartres jugea qu'il y aurait de la folie à biaver de plus longs dangers. Four que la descente se fît sur-lechamp, il imagina de vider le ballon d'une partie du gaz qui le tenait suspendu au-dessus des nuées, il déchira, de la longueur d'environ sept à huit pieds, le taffetas dont la machine était composée ; Le gaz se faisant brusquement passage par cette
aOO RÉSIDENCES ROYALES,
ouverture, elle descendit, dans le parc de Meudon , avec la plus grande rapidité ; mais aucun
des aéronautes ne fut blessé , et le prince se hâta de monter le premier cheval qu'il trouva sous sa main, et vola à Saint-Ooud rassurer la duchesse dv Cliaiues, jusleinent iuquièle de cette auda* cieuse expédition
Devenu père de plusieurs enfants ^, le duc de Cliai très s'occupait avec une vive sollicitude de leur éducation. Son iils aine , Louis-Philippe, au* jourd'hui roi des Français, alors âgé de sept ans, logeait au pavillon de Valois ^, où il icsta jusqu'en 178 1 avec ses deux frères, le chevalier de Bonnard, leur soushgouvemeur, M. de Bochemond , gentilhomme de l'éducation , M. de Brovel, secrétaire , et Tabbé Guyot d'IJssière, précepteur. 11 avait envie d'un petit jardin : on y mit pour condition qu'il le demanderait lui-même, et par écrit, au duc d'Orléans, son grand-père. C'était la première lettre que le jeune prince
t Histoire de L. P. Joseph d'Orléans, 1*' volume, par
M. Tournois, 1842.
> Louis-Philippe, duc de Valois à sa naissance, depuis duc d'Orléans, aujourd'hui roi; la princesse Adélaïde, le duc de Montpeosier, le comte de Beaujolais*
5 C'est le pavillon à droite en entrant , occupe aujourii liui par le général baiou Athalin, premier aide de camp du roi.
LE PALAIS DK SAIMT-CLOUD. aOU
écrivait avec ses propres ressources. 11 demanda bravement sou jaidiii, elle demauda atiif/iuraillé ou au moins empalissaMy afin d'en être bien propriétaire , et de protéger sa propriété contre les invasions étrangères : le root emmuraUlé fit fortune; le duc d'Orléans accorda le jardin ^
Pour donner aux jeux de ses enfants un caractère parfois militaire, le duc de Chartres avait fait construire dans le parc de Saint-Cloud un petit fort dont les jeunes princes devaient fidre le siège, préludant ainsi par d'innocents combats à de plus sérieuses batailles !
Mais ce pavUlon de Valois, où les joyeux écoliers laisiiient plus d'une niche à l'abbé Guyot * ; cette forteresse de terre et de sable avec ses pacifiques batteries; ce parc si favorable aux belles promenades ; ce petit jardin ([ue Sa Majesté Louis- Philippe aime à revoir comme on aime un souvenir de son enfance... il faut tout quitter^ Madame de Monlesson est i^èiiée à Saint-Cloud comme elle l'était au Palais-Royal : ce n est que daus une
' Ce petit jardin , dont on voit encore la disposition et les murailles en raine, est dans le parc, auprès de la glacière.
* En 178», l'éducation des enfants du duc de Chartres fut remise à madame de Genlîs ; M. Lebrun surveillait les études.
20a Iliiiili)i,j>(CF-S ROYALES.
maison plus simple et loio de l'étiquette des cours, qu'elle pourra vivre à son aise et régner librement Le duc d Orléans vendra Saint- Cloud y et il se retirera à âainte>Âssise
En efPet, Marte-Antoinette témoigne le désir de faire 1 acquisition de Saint-Cloud , et « M. le duc d'Orléans ayant saisi avec empresaraient l'occaâon dè marquer à la reine sa parfaite soumission en se couibrmant au désir de Sa Majesté y et ne s'y étant déterminé que par des motifs chers à son cœur, que son respect et son atlacliement sans bornes pour la personne du roi et celle de la reine peuvent seuls apprécier» promet de céder à la reine ^ avec garantie et en
' La maison de madame de Montcssoii tétait le rendezvous de tout ce que Paris avait de plus distingué. Le charme de son esprit, 1 élégance de ses manières » sa bienfaisance, son affabilité, lai concilièrept dlUastres amitiés, parmi lesquelles oo peut citer c-elle de Napoléon. Elle aimait le théâtre; elle a composé des tragédies et des comédies; mais elle n'avait ni les travers ni les inconvénients du bel esprit. C'est chez elle, dans son château, avec ses amis, qu'elle jouait ses pièces ; et elle eut le plaisir, à l'une de ces représentations, de voir Voltaire au nombre des tlatteurs qui applaudissaient la nouvelle muse. (GtUerie de portraits du château d*Eu^ tome V.)
* Château l>àii par L. P. d'Orléans, sur les bords de la Seine , entre Corbeii et Mciun,
LE PALA.IS DK SAim-CLOUD. ao3
toute propriété, ledit château et parc de Saint*
Cloud , en circonstances et dépendances et tout et autant qu'il lui eu appartient, tant dans l'endos de murs qu'au dehors dana les paroisses de Saint-Cloud, de Sèvres et autres circonvoisines, sans en rien rései^er ni retenir, sauf la maison occupée par la veuve Regnault, où sont ses caves, ladite maison située à Saint-CIoud, près de la grande Rue.
« Plus, M. le duc d'Orléans cède pareillement à la reine les meubles meublants et effets étant présentement dans ledit château, à la réserve du linge, argenterie, batterie de cui* sine, bois, provisions de bouche, plombs et marbres étant dans les magasins ou au dehors, portraits de famille et auti*es relatifs à l'histoire de sa maison, et ceux qui font partie de la collection du Palais-Royal et qui y ont été transférés; les statues et bronzes portatifs étant dans rintérieur des appartements dudit château, et finalement les livres qui composent la bibliothèque; lesquelsM. leducd'Orléansauralafeculté d'emporter, ainsi que les porcelaines de table.
« Cette cession faite sous le bon plaisir du roi et de son agrément, à ia charge de la mouvance et de la directe envers les différents seigneurs dont les fonds cédés relèvent, et aux conditions suivantes, que la reine a bien voulu permettre
2o4 iirsiDKNcrs royalks.
à M. le duc d'OrJëans de faire insérer dans Je contrat de vente qui en sera passé :
« 1° De payer et acquitter les cens, rentes foncières ou aumènéesy et les rentes perpétuelles et viagères , assignées spécialement sur ledit château et parc de Saint-Cloud^ montant k onze mille quarante-neuf livres seize sols deux deniers de rentes foncières, et dix-neuf cent quarante livres de rentes viagères, et même jusqu'à la concurrence de deux mille livres au delà , si tant s'en trouve dû ;
v< 2** La reine veul bien s'obliger, comme clause expresse de la vente ^ et sans laquelle il aurait été impossible à M. le duc d'Orléans d'y consen*
tir, par Ja nature des charges de sa maison, de ne pas faire procéder sur le contrat de vente à un décret volontaire, ou prendre des lettres de ratification , ou faire tels autres actes qui puisseni opérer le remboursement des capitaux des rentes dues par M. le duc d'Orléans, auxquelles les fonds cédés continueroiu de demeurer affectés, mais dont le cours et les arrérages seront exactement payés par M. le duc d'Orléans, sans que la reine puisse en être inquiétée ni recherchée pour le payement desdits aiTérages échus ou à échoir, moyennant que tous les biens libres de M. le duc d'Orléans en répondront ;
« 3" D entretenir et maintenir dans leurâ posi>es-
sioDs les différentes personnes qui ont obtenu de M. le duc d'Orléans , ou de ses auteurs, des brevets de concession de plusieui-s terrains , bâtiments ou logements de la dépendance de Saint* Cloud , soit hors de Tenceinte ou dedans le parc , sans néanmoins que la présente clause leur donne de plus grands droits que ceux qui leur sont acquis par leurs brevets ou actes de con* cessiDu ;
« 4^ La reine consent que l'administration accordée au gouverneur de Saînt-Cloud, sur la maison de chaulé établie à Triel pour Téducation de six pauvres filles, soit dévolue à M. le duc d'Orléans et qu'il continue d'y nommer aux places qui y sont fondées, comme par le passé j nonobstant ladite vente ; cet établissement n'ayant rien de commun avec le château de Saint- Cloud, et la reine n étant pas tenue d'acquitter les rentes qui y sont affectées , dont M. le duc d'Orléans continuera d'être chargé ;
« 5" A la charge d'entretenir les baux , s il y en a de faits de quelques portions des teiiains de ladite dépendance de Saint-^Cloud , si mieux n'aime la i eine dédommager les fermiers.
« Pour par la reine jouir et disposer de tous les objets ci-dessus cédés en toute propriété à compter du premier janvier mil sept cent quatre-vingtcinq.
ao6 HBSIDEIICES ROYALES.
«Cette promesse de cession et trente sera réalisée par acte en forme passé devant notaires^ et à la première réquisition de la reine, au plus tard dans le courant du mois de janvier prochain , par les commissaifes nommëa par Leurs Majestés et ceux nommés par M. le d«c d*Orléans, et raùlié ensuite par toutes les parties , par actes séparés» dai» le m<ûs qui suivra le contrat de vente.
« Cette cession et vente faites aux clauses, charges et conditions ci-dessus, et en outre moyen-* nant le prix et somme de six millions de livres firancheiiient venant entre les mains de M. le duc d'Orléans, tant pour la valetfr des fonds que du mobilier, que Leurs Majestés promettent de faire payer à M. le duc d'Orléans en trois termes égaux de deux miilians de livres cbacun , savoir, deux mOlions comptants en passant le contrat de vente pai -devant notaires, deux autres millions à Ténoaue du dernier décembre de r«méeaùlseptceVqo.tre.^K».q,etlesdeux derniers millions à pareil jour de l'année mil sept cent quatre-vingt-six.
n Les intérêts de ladite somme de six millioiis à cinq pour cent, sans aucune retenue, courront au profit de M. le duc dOriéans à compter du premier janvier mil sept cent quatre-vingtcinq , jour de l'entrée en possession de la reine des
LK PAL41!i DS SAINT-CLOTID. 207
objets ci-dessus cédés , jusqu^à par£ût et entier payement, et décroîtront en proportion an fur et
à mesure des remboui sements des capitaux qui seront faits aux époques ci-<lessus fixées.
« M. le duc d'Orléans 9 en considération de ce que Leurs Majestés ont bien voulu s'obliger à ne pas prendre des lettres de ratification sur ledit contrat de vente , s'engage de faire Femploi :
a 1" De deux millions en payement d'une partie des créances contractées par M, le duc de Chartres ;
a a° De deux autres niillions en payement de dettes et créances particulières de HLie duc d'Orléans ou de ses auteurs, telles qu'il jugera à propos de les choisir, sans être tenu à suivre l'ordre de leurs hypothèques ;
« 3^ Des deux derniers millions en extinction de cent nulle livres faisant partie des quatre cent mille livres de rentes constituées par M. le duc d'Orléans au profit de M. le duc de Chartres, par son contrat de mariage , dans lesquels emplois sera fait déclaration que les deniers proviennent de la vente de Saint-Cloud, avec subrogation pour en opérer d'autant plus la sûreté.
« En foi de quoi le présent, fiiit double, a été
908 SÉSIDEICCES ROYàLES.
signé de Sa Majesté et de M. le duc d Oiieans, les jour et an susdits.
d MARl£-Aj(IOm£TT£.
a L. PlilL. D ORLjbiA^^S.
ÊL Versailles y ce a4 octobre 1784. »
Ce contrat' fut ratifié à Versaillesy par la reine,
le 20 février 1785 ^.
* Celte pièce* ainsi qae la ratification qui suit, ont été copiées textuellement sur les originaux déposés aux archives
de la couronne , et revêtus de la signature de la reine et du duc d'Orléans.
a ao février 1786.
Ratification du contrat de Saint- Cioud.
Marie-Antoinette, par la grâce de Dieu, reine de France » t de Navarre, à tous ceux n i ces présentes verront , salut. Le sieur marquis de Pauhny, notre chancelier, nous ayant représenté l'expédition du contrat passé entre lui et le chancelier de notre trés-cher cousin le duc d'Orléans, par devant l*Homnie et Piccjuais, notaires au Châtelet de Paris , le 19 de ce mois, par lequel le duc d^Orléans » notredit cousin, nous aurait cédé et transporté la propriété du château de S;iint-Cloud et de ses dépendances, aux clauses, charges, conditions et réserves énoncées audit contrat , moyennant le prix et somme de six millions de livres, que nous avons ete autorisée par le roi, notre trés-hoooré seigneur et époux , à employer de la manière que nous jugerions à propos; Nous, après avoir pris communication dudit contrat, que nous
LE PALAtS D£ SAINT-CLOUD. ^OfÇ^
Marîe-A.ntouiette, devenue propriëfaire du château de Saint-Cloud , ordoiuia à M. Mique, son architecte, de l'approprier & ses goiUs; c'était donner le signal d'une transformation presque générale , car il est lare qu'un architecte conserve ce qui a été fait par son prédécesseur ; améliorer, pour lui, c'est d'abord détruire, et lorsqu^il édifie à son tour, sa préoccupation principale n'est pas de continuer un monument dans son style primitif, mais de bâtir quelque chose de disTinct qui révèle sa nouvelle date et le cachet de 1 auteur nouveau. U est vrai que la reine , ennemie de l'éti* quette, même en architecture, voulait substituer partout aux grands salons d'apparat de petites pièces qui, trop étroites pour contenir la majesté royale et la pompe des cours, autorisaient naturellement des habitudes plus simples et plus de
avons trouvé conforme à nos intentions, luaih l'avons, par ces présentes signées de notre main , ratifie , cooUnné et a|w prouvé, le rstiiions, confirmons et approuvons en tout son contenn, avons coosenti et consentons qu*il soît exécuté suivant sa forme et teneur. En foi de quoi nous avons fait mettre à cesdires présentes notre grand seeau en cire rouge.
Donné à Versailles, le vingtième jour de février, l'an de grâce mil sept cent quatre-vingt-cinq.
MAtiE-Airroiii kttr .
Par la reine ,
AlIOBABD.
2 10 JIKSIDENCES JtOYAL£.S.
liberté. Les petits appartements de Versailles, de
Fontainebleau et le petit Trianon , témoignent de ce penchant dont Tinfluence fêicheuse fit trop souvent remplacer le beau par rafTéterie , et réduisit les arts à des proporlioiis peu conformes à la dignité des palais. M. Mique^ tout en flattant les caprices de sa souveraine , était sans doute bien aise pour lui-même de faire du neuf et d'y attacher son nom. 1^ principale façade, du dessin de Girard, et les pavillons, du dessin de Lepautre, furent conservés ; on n'osa pas non plus toucher à la galerie d'Apollon , au salon de Mars , au cabinet de Diane que protégeaient les belles peintures de Mignard; mais toutes les distributions inté* Heures lurent changées ; ou construisit nne chapelle neuve dans la partie qui double Taile droite de la cour, vers son extrémité du c6té du jardin d'Apollon ; on fit de l'emplacement de l'ancienne chapelle, à la suite du vestibule du milieu , Tesca» lier d'honneurdes grands appartements ;on doubla la partie de l'aile gauche au delà de l'avant-corps du coté du bassin du fer à cheval pour construire V escalier de la reine; on doubla également le bâtiment du milieu , au loutl de la cour, du côté de l'orangerie , en supprimant les fossés entre le château et les parterres ; et dans le bouleversement général des intéiieurs, on fit disparaître un grand nombre de peintures, et notam-
tE PàLAlS DE SAIOTT-CLOUD. ail
menl le plafond de M. Pierre, premier peintre du roi, qui représentait les cioq actes de ropéra d'Armide
Les jaidins subirent également des moiliiications; la reine lit dessiner et clore le petit parc; eirancieD pavOlon où Charlotte de Bavière aimait •à venir se reposer au l>i uit monotone et doux des eaux tombant dans les bassins , f ut remplacé par un pavillon nouveau qui reçut de Marie>Anloinette le nom de la Félicité] Hélas! le moment n était pas loin où ce nom, donné dans des temps heureux, allait devenir une douloureuse ironie! Imprudente et malheureuse reine, hâtez-vous d'achever ces travaux que vous poursuivez avec amour ; hâtez-vous de taire élever une église nouvelle sur les ruines de la vieille église de €)o-> doald ^ : Torage révolulionuaire approche , il gronde sur votre téte; et en 1791, les défîan<^ populaires? ne votjs permettront même pas de venir passer les fêles de Pàqnes au cliàleau de Saint- Cloud 1. . . L'infortunée ne devait jamais le revoir !
' On trouvera cî-après , au chapitre VIÏ [Itinéraire histo^ riqu€ et descriptif la description ciétaillée ûe tous les changements opérés, et de letat <in château sous Marie-AnCoi- ' nette.
» Cette église a été achevée sous la restauration et bénie m iSio.
* Thxers, Rrvobuion fmnçaisef .icm^V^ <t page 3o5.
BfiSIDCirCBS BOTALES.