‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 13 sur 91 · FÊTES DU SECOND MARIAGE DE MONSIEUR · texte numérisé non relu

FÊTES DU SECOND MARIAGE DE MONSIEUR

Louis XIV n'aimait pas les longs deuils. Il ne tarda pas à reprendre le chemin de Saint-Cloud et, le 28 août 1671 , les beaux jardins, veufs de la charmante princesse Henriette, s'illuminaient pour le Roi qui l'avait pleurée.Le 21 novembre de la même année, Monsieur épousait en secondes noces Elisabeth-Charlotte de Bavière, celle qu'on a l'habitude d'appeler la princesse palatine, et Saint-Cloud retentissait de nouveau de bruits de fête.

Cette fois encore Philippe épousait une femme qui n'avait pas ses goûts : Elisabeth-Charlotte avait reçu une éducation forte ; aimait la chasse, le cheval; s'habillait volontiers en homme. Monsieur craignait les exercices violents; aimait la danse, la table et le jeu; passait un temps infini à sa toilette et à des futilités. Les mêmes influences qui l'avaient détourné de sa première femme surent l'éloigner de la seconde.

Son goût pour le faste et les cérémonies était resté le même : « Vous comprenez bien la joie qu'aura Monsieur de se marier en cérémonie, écrivait méchamment Mme de Sévigné, et quelle joie encore d'avoir une femme qui n'entend pas le français. »

. Bientôt Saint-Cloud redevenait le théâtre de brillantes cérémonies. Un récit du temps nous a laissé la description de la fête que Monsieur, après son second mariage, offrait au Roi. Ce récit que nous compléterons par la description des cascades fait bien connaître ce qu'étaient à cette époque les jardins de Saint-Cloud.

Le 11 août 1672, Sa Majesté se rendit à Saint-Cloiid par untempsmagnifique.Le Hoi entra d'abord dans le vestibule, « où il trouva de quoi satisfaire agréablementla vue etlodorat par quantité de cuvettes et de pots de fleurs dont il était orné, ainsi que la balustrade de l'escalier, tout au pourtour, depuis le haut jusqu'en bas » . De ce vestibule, SaMajesté passa dans l'allée qui est vis-à-vis l'appar-

D'après une estampe du wiv siècle (CollecUon Fleury).

tement de Monsieur, et garnie également de vases de fleurs et d'escabelles de gazon. Cette riante allée était bordée encore par d'autres vases élevés à trois étages entre les jets d'eau d'une terrasse qui la termine et une perspective qui en fait l'enfoncement ; et « afin qu'aucun des sens ne pût se plaindre du plaisir des autres », des hautbois cachés sous des berceaux jouaient d'agréables airs, et charmant l'oreille « augmentaient la joie de cette royale compagnie ». Là SaMajesté et la cour montèrentdansles calèches préparées pour la promenade et firent le tour de la cascade du grand jet, des boulingrins et du bassin des treize fontaines, « autant d'objets capables de rendre une promenade tout à fait charmante ». La compagnie parcourut le labyrinthe en s'égarant à plaisir jusqu'au cabinet de l'Aigrette, ainsi nommé d'une aigrette d'eau des plus belles, placée

SAINT-GLOUD SOUS LOUIS XIV

entre quatre pyramides de gazon. Celles-ci étaient couvertes de vases d'orangers et de tubéreuses, et garnies de guirlandes et de festons de fleurs. Tandis que cette auguste assemblée se laissait charmer la vue et l'odorat par la décoration et les parfums d'un réduit si délicieux, « elle fut agréablement surprise par un excellent concert de violons cachés derrière les pallissades, dont l'ouïe fut aussi très satisfaite ».

Le jour ayant commencé à décliner pour faire place à une belle nuit, on sortit non sans peine de ce lieu enchanté pour monter à un pavillon que Son Altesse Royale venait de faire bùtir depuis peu au bout de la grande allée, en forme de terrasse (1). Le Roi en trouva les appartements extraordinairement parés, avec encore une quantité prodigieuse de fleurs, soutenues par des baguettes d'argent et nouées par une grande diversité de rubans, dans des cuvettes et des porcelaines: ce qui produisait un effet admirable. Dans ce charmant pavillon on servit une collation où la magnificence le disputait au goût; les hautbois et les violons jouèrent ensemble, puis se répondirent par écho. Pendant le banquet royal, les seigneurs delà cour et les officiers de la suite furent servis aussi à trois tables, en autant de différents appartements, « avec tout l'ordre et la propreté imaginables ».

A l'issue de ce superbe festin on eut la merveilleuse surprise, à la sortie du pavillon, d'une illumination si complète qu'elle fit croire au retour du jour. Il y eut ensuite jeu des eaux et illuminations des cascades. Après ce divertissement, accompagné de fanfares et de trompettes, avec le bruit des timbales auquel se mêlait celui des eaux, on alla voir les appartements du château, superbement meublés, éclairés de quantités de lustres et embellis d'une étonnante diversité de fleurs qui répandaient les plus suaves parfums. « Le grand se trouva plus éclairé et plus brillant que tout le reste (2), par l'or et les peintures dont il est enrichi; et des cristaux, des porcelaines, des girandoles, et des vases de fleurs entremêlés symétriquement, des guéridons d'or et de lapis, au-devant de quelques paravents de la Chine, rehaussés d'or, formaient une espèce de théâtre dont la beauté ajoutait de nouveaux agréments à ceux du salon. » 11 y eut ensuite comédie représentée par la troupe royale, qui fut parfaitement exécutée. Elle fut suivie d'un splendide souper à plusieurs tables; ensuite d'un bal paré, après lequel cette illustre compagnie partit pour retourner à Saint-Germain.

Ces fêtes recommencèrent pour la naissance du prince de Savoie; pour le baptême du duc de Chartres, depuis régent du royaume, né à Saint-Cloud, le

(1) Lo Trianon depuis appelé pavillon de BroLciiil du nom du chancelier du duc d'Orléans.

(2) Voir infra la desci'iplion des grands apparleuienls.

IIISTOIUE DU PALAIS DE SAINT-GLOUD.

2 août 1074, et de M'" de Chartres, sa sœur, née le 13 septembre 1676. (Le 1 0 novembre 1674, le Roi avait érigé une duché-pairie du titre de Saint-Cloud en faveur de François de Harlay, archevêque de Paris et de ses successeurs. Les lettres furent enregistrées le 6 février 1675, et le livre de Paul Perrier imprimé en 1096 est dédié à M^' messire Louis Antoine de Noailles, archevêque de Paris, duc de Saint-Cloud, pair de France.)

« Le 5 octobre 1676, M. le duc de Chartres et M'" de Chartres furent baptisés à Saint-Cloud, dans la chapelle du château, en présence de Leurs Majestés, de M^' le Dauphin, de Monsieur et de Madame, accompagnés de toute la cour. M. le duc de Chartres fut tenu sur les fonts par le prince de Condé el par la grande-duchesse de Toscane, qui le nommèrent Philippe. M"° de Chartres fut tenue par le duc d'Enghien et par madame de Guise, qui la nommèrent Elisabeth-Charlotte (1). La maréchale de Clérambault, gouvernante des enfants de Leurs Altesses Royales, présenta le prince et la princesse au baptême, etl'évèque du Mans, premier aumônier de Monsieur, fit la cérémonie, assisté de tous les aumôniers et chapelains de Monsieur et de Madame. Leurs dites Majestés, avec M^'' le Dauphin, étant ensuite montées au salon, y trouvèrent une magnifique collation, où le prince de Condé, la grande-duchesse de Toscane, le duc d'Enghien et M"'" de Guise furent placés à la même table. Il y en avait une autre dans l'antichambre de M. le duc de Chartres pour les princes de Conti et de La Roche-sur-Yon, où se mirent plusieurs seigneurs de la première qualité. Leurs Majestés eurent ensuite le divertissement de l'opéra, dans le même salon qui avait été préparé à cet effet. »

Près de vingt ans plus tard, une cérémonie du même genre avait lieu dans la chapelle de Saint-Cloud :

Une autre M'" de Chartres, celle-ci fdle du Régent (2), devait être baptisée en grande pompe à Saint-Cloud le 27 août 1698. 11 y avait là le roi Jacques II et la reine détrônée d'Angleterre, le roi Louis XIV, le duc et la duchesse de Bourgogne, tous les princes et princesses et une cour nombreuse et brillante. Les princes se promenèrent dans le parc dans des calèches attelées de six chevaux, et, après le départ du Roi, il y eut souper de trente couverts (un amh'ifju de soixante-dix plats) accompagné de musique jouée par les violons de Monsieur.

(1) Mariée à Léopold-Charlcs, duc de Lorraine, elle fut la mère de François-Étienne, duc de Lorraine, grandduc (le Toscane et enfin empereur d'Allemagne sous le nom de François I", époux de Marie-Tliérèse et chef de la maison impériale de Lorraine-Autriche. . ,

(îj Louise-Adélaïde, abbesse de Ghclles (1G98-1743).

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