FÊTES ET LOTERIES
Cependant la guerre de Flandre arrache Monsieur à l'organisation des fêtes de Saint-Cloud. Il part, rencontre Guillaume d'Orange dans les plaines de Cassel, le bat complètement, lui tue six mille hommes, et avec trois mille prisonniers et soixante drapeaux il entre vainqueur à Saint-Omer.
La France entière applaudissait avec enthousiasme à ce rapide triomphe. Sur le passage du Roi, on criait : <( Vivent le roi et Momieur qui a gagné la bataille de Cassel! » distinction qui tintait désagréablement aux oreilles de Louis XIV. Tout Paris courut féliciter le duc d'Orléans à son arrivée au Palais- Royal; des feux de joie furent allumés dans toutes les rues et on porta en pompe à Notre-Dame les drapeaux pris sur les Hollandais.
Les mêmes acclamations attendaient le prince à Saint-Cloud ; la population se pressait sur ses pas avec empressement, et les poètes composèrent en son honneur des vers adulateurs qui accompagnaient des guirlandes de roses, de lauriers et de lis. Quelques amis de Monsieur lui prédirent alors qu'il ne commanderait plus d'armée, et ils ne se trompaient pas(I) : Louis XIV avait peine à cacher son envie, et il ne devait plus offrir à son frère l'occasion de déployer ses talents de général.
La jalousie que le Roi avait éprouvée pour la victoire de son frère. Monsieur la ressentit pour les splendeurs de Versailles. Louis XIV avait Le Brun pour premier peintre et lui avait fait orner une grande galerie à Versailles ; le duc d'Orléans fit construire une grande galerie à Saint-Cloud, et Mignard qu'avaient rendu célèbre les fresques de la coupole du Val-de-Grâce fut chargé de la peindre. Suivant le goût du temps, la mythologie fut le sujet principal de ces grandes toiles. La galerie fut placée sous l'invocation d'Apollon et, peu à peu, Mignard la couvrit de peintures admirables dont voici l'énumération :
Au-dessus de la porte d'entrée : Naissance d' Apollon et de Diane. — Lalone implore Jupiter qui change en grenouilles les paysans de Lycie.
Au milieu de la voûte : Apollon, dieu du jour. — Le Triomphe du Soleil.
A droite et à gauche de la voûte : Les Quatre Saisons. — Le Printemps : Flore et Zéphire. — VEté : les Fêtes de Cérès. — U Automne : Les Fêtes de Bacchus. — V Hiver : Vulcain et C y bêle.
(1) Siècle de Louis XIV.
A Textrémité de la galerie, au-dessus des fenêtres : \q Parnasse. — Apollon et les Muses.
Dans le milieu de la voûte, entre les grands tableaux : 1° Circé, fille du Soleil; 2" Cl //mène conduit son fils Pluie ton à Apollon; 3" Apollon montre à la Vertu le temple de P Immortalité; 4° la Chute d'Icare.
Entre les grands tableaux à gauche et à droite de la voûte, huit groupes de ligures peintes en camaïeu avec bordures de bronze doré :
1° Apollon et la Sibylle ; .
2" Apollon et Esc ulape ; ■ ' '
3" Apollon et Pan; ' •
4" Apollon et Marsijas ';
5" La Nymphe Coronis ; , ■
6' Dapné; : . ' ' '
1" Cyparisse; .
8° Clytie, -
An-dessus des portes, les trumeaux représentent les châteaux royaux ou princiers : Chantilly, Villers-Cotterets, le Haincy, Vaux, Vincennes, les Tuileries, Chambord, Saint-Germain, etc. Au-dessus des fenêtres, des médaillons : Louis XIV, Marie-Thérèse, le grand Dauphin, Louis XIII, Anne d'Autriche, Philippe d'Orléans, Elisabeth-Charlotte de Bavière, portraits ornés de devises, auxquels on ajouta plus tard ceux des successeurs de Monsieur. Sous les différents possesseurs de Saint-Cloud, la galerie d'Apollon s'enrichit de meubles de prix et de tableaux de grands maîtres. Nous donnerons la liste des objets d'art sauvés de l'incendie de 1870.
Dans son Histoire des Peintres Charles Blanc apprécie ainsi, en s'inspirant de Piganiol, le plafond de la galerie d'Apollon : « L'histoire d'Apollon, depuis le moment où il vient au monde sur les genoux de Latone, jusqu'à celui où il préside aux concerts des Muses sur le Parnasse, fut le sujet que Mignard se proposa, et il le remplit avec pompe, avec abondance, avec une grâce toute française, y faisant entrer les idées les plus ingénieuses, se souvenant à propos de Carrache et de Jules Bomain, du palais Farnèse et de Mantoue, et jamais il n'employa des tons plus clairs, plus brillants et plus chauds. Des deux côtés de la galerie, il représenta les Saisons et sut les caractériser, comme il avait fait pour les Muses, non pas sans doute avec ce fier accent qu'y aurait mis le Poussin, mais avec un goût parfait dans l'ordonnance, l'arrangement des groupes, l'action des figures et une convenance exquise dans le choix des ornements. Tout ce que permet de richesses ce style d'apparat; tout ce que la
SAINT-GLOUD