‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 19 sur 91 · LE DUC LOUIS D ORLÉANS ET SON FILS · texte numérisé non relu

LE DUC LOUIS D ORLÉANS ET SON FILS

Louis, duc crOiiéans, aimait letude et la vie paisible, et les fastes de Saint- Cloud ne notent ni améliorations nouvelles ni fêtes éclatantes pendant le peu d'étés qu'il y passa. Au moment de son mariage avec Marie-Jeanne de Baden- Baden, il y eut pourtant grande réception et réjouissances populaires (août 1 724). 11 en fut encore ainsi après la naissance du duc de Chartres ; puis la mort frappa à la porte du palais.

Mariée à peine depuis trois ans, la duchesse d'Orléans mourait en couches de son deuxième enfant.

Aussitôt, la dévotion austère dont le prince avait déjà fait preuve s'exalta (mcore par le chagrin que lui causait la mort de sa l'emme. 11 commença par faire brûler quarante tableaux de l'Ecole italienne qui faisaient partie de la collection du Palais-Royal (un serviteur intelligent put sauver de ce pudique autodafé la Léda de l*aul Veronèse et la Vénus de L'Albane) ; puis, disant adieu au monde, il s'enferma à l'abbaye de Sainte-Geneviève où il se plongea dans les bonnes œuvres et dans l'étude des manuscrits chaldéens et syriaques (1).

Se rappelant parfois qu'il était propriétaire de Saint-Cloud, il y ordonnait des travaux. C'est ainsi qu'il fit réparer les cascades de nouveau endommagées, et les fit orner des deux statues colossales de la Seine et de la Marne (par Adam). A cette occasion Marie Leckzinska vint à Saint-Cloud (17 septembre 1735), et, pendant une journée les jardins et le château avaient repris leurs habits de fête (2).

Peu après, on détruisit les Goulottes que l'on changea en un petit parc orné de pièces d'eau et de statues ; on créa le tapis vert, vis-à-vis le parterre du château. Dans l'année 1743, après le mariage du duc Louis-Philippe d'Orléans, due de Chartres, avec Louise-Henriette de Bourbon-Conti on construisit une salle de spectacle. La jeune princesse aimait le plaisir — elle l'aima même beaucoup — et donnait le signal du mouvement et des galas somptueux. La fête donnée, en 1752, dépassade beaucoup l'éclat des solennités dont Saint-Cloud avait été jusqu'alors le théâtre.

Fête donnée à Saint-Cloud par S. A. S. Mgr le duc d^Orléam^ premier prime

(1} Il mourut en 1752, laissant à l'abbaye sa bibliothèque et ses médailles.

(2) C'est le moment où Montretout conuiience à être peuplé de maisons de plaisance. Outre le cliàteau appartenant au marquis de Villette, on y voyait l'habitation de la dueiiesse de Mazarin eliez qui parfois la reine Marie venait souper. (Luynes, t. I. )

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du sang^ à roccasion de la conmlescence de Mgr le Dauphin — le '24 se/jîembre 175'2 {\).

Dans le programme il était dit « que, cette fête ayant pour objet un événement dont la joie était commune à tous, S. A. S. voulait que le peuple eût principalement tous les amusements qu'il pouvait désirer ». Elle avait été organisée par le marquis de Clermont-Gallerande qui avait confié les illuminations et les feux d'artifice aux frères Ruggieri déjà célèbres.

La fête commença pour le peuple à trois heures de l'après-midi par une joute sur la Seine. Deux escadres de matelots distingués par leurs couleurs et montés sur de petits bateaux « peints galamment » donnèrent ce spectacle auquel ils ajoutèrent le jeu de l'oie qui ne finit qu'à la brune, peu avant le feu d'artifice.

Le feu d'artifice enleva tous les sutïrages par sa décoration et son exécution.

Un trait de la Fable avait fourni le sujet de la décoration placée sur les bords de la Seine. Le serpent Python infestait la Grèce de son souffle empoisonné ; Apollon vint au secours de cette contrée qu'il chérissait, combattit le monstre et en délivra la Grèce. La victoire et le bienfait du dieu furent célébrés par les jeux pythiens institués pour en éterniser la mémoire. Le rapport delà Fable avec le sujet de la fête fut compris même des plus ignorants ; « les plus spirituels en furent charmés ». La décoration donc représentait le serpent monstrueux au milieu des rochers, la Grèce figurée par une femme couronnée de tours, et au milieu des fleuves aux urnes vides apparaissait Apollon, l'arc en mains.

Le lit du fleuve parut s'enflammer des vapeurs sulfureuses que le serpent exhalait; comme autant de fournaises elles sortaient de ses yeux, de ses narines, de sa gueule, tantôt en feux étincelants, tantôt en tourbillons de fumée. Alors, du haut de la montagne de rochers, Apollon perça le nuage qui l'environnait et lança contre le monstre une grêle de flèches embrasées. Bientôt les fleuves s'unirent à Apollon et versèrent de leurs urnes des torrents de flammes qui ouvrirent une issue aux volcans renfermés par les rochers. Enfin le monstre sembla succomber et vomir en expirant le reste du venin dont ses flancs étaient remplis.

Un instant d'obscurité succéda à cette clarté prodigieuse. Alors apparut une flotte de trente et un bateaux dont les matelots habiflés à la grecque faisaient retentir l'air de mille cris de joie. Ces bateaux vinrent se ranger en demi-cercle devant la décoration de feu comme pour rendre hommage au dieu vainqueur du monstre et bienfaiteur de la Grèce.

(1) Le jeune Dauphin avait, été en efïet en danger de mort; sa sœur, Madame Henriette, dont la cour oubliait vite le deuil, était morte le 10 février.

HISTOIRE ])U IWLAIS DE SAINÏ-CLOUU.

Dans les Jardins étaient organisés les jeux les plus divers, bagues, danseurs de corde, voltigeurs ; partout « les violons excitaient à la danse les plus inditlérents ». — <( Enfin, dit un récit, ce qui rendait ce coup d'œil aussi riche qu'il était agréable, l'allée du bas l'ut continuellement couverte des calèches les plus brillantes que remplissaient les personnes de la première distinction qui avaient

Eslanipo iinnnynic. l'.ollcriion fie M. Garnier.

bien voulu descendre du chàteau' pour être témoins de plus près des divertissements du peuple. »

Les illuminations du parc et des jardins n'étaient pas moins remarquables que celles de la Seine. La place d'Orléans (aujourd'hui place d'Armes) formait une enceinte garnie d'ifs de lumière qui ne laissaient entre eux que la place nécessaire pour quatre perspectives diflérentes « qui se disputaient en magnificence ». A droite, l'on avait la vue de la grand'rue du bourg dont les maisons étaient ornées de lampions; à gauche, la longue perspective du pont garni d'ifs,

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et, vis-à-vis, deux autres perpectives : l'allée du bas et l'avenue du château, resplendissantes de lumières. Le château lui-même était couvert de lampions et de lanternes aux mille couleurs ; enfin le jardin particulier, le tapis vert, la petite montagne (Montretout) étaient éclairés par des lumières disposées en mosaïques.

Qu'on joigne à ces illuminations variées à l'inlini le spectacle des eaux jaillissantes, des cascades du grand jet et des bassins encadrés de feux, et l'on pourra conclure, dit un contemporain, que « le jour des fêtes de Saint-Cloud fut un jour sans nuit ».

Après le feu d'artifice, une entrée de masques se répandit dans les jardins, et « par ses folies innocentes » contribua à la gaieté de la fête. La noblesse soupa à dix heures. L'Orangerie avait été disposée à cet effet; on y avait établi une table de deux cent quarante couverts, et chacun y était servi par un domestique de la livrée d'Orléans. Immédiatement après le souper, « très bien servi et qui ne dura que deux heures », commença le bal, dans cette même salle de l'Orangerie avec laquelle communiquaient la galerie de Mignardet les pièces avoisinantes, ce qui formait une longueur de soixante-dix toises éclairées par cinq files de girandoles. A cette partie de la fête, les rangs sont confondus puisque sous le masque on a admis « une classe qui se trouve entre la noblesse et le peuple ». Le peuple lui-même, en 1752, n'était pas admis dans l'intérieur du château; mais il ne songeait guère à s'en plaindre: les jeux du parc et les danses sous les arbres, des collations abondamment servies suffisaient à sa joie et lui faisaient bruyamment manifester sa reconnaissance. Dans la nuit, des Tritons désintéressés et complaisants reconduisaient tous les Parisiens dans la capitale, sur des bateaux préparés aux frais du duc d'Orléans. Jamais ce prince ne fut plus populaire et ne mérita mieux son surnom de roi de Paris (I).

La duchesse d'Orléans n'aimait pas que le faste ; elle aimait les aventures, et la chronique galante de l'époque nous apporte les échos de l'inconduite où était descendue la femme de Gros-Philippe. Nous n'avons pas à nous étendre sur un sujet scabreux qui a donné lieu à tant de récits licencieux. La duchesse mourut encore jeune en 1750, et son mari, peu d'années après, épousa secrètement la marquise de Montesson.

Celle-ci, soit à Saint-Cloud, soit au Palais-Royal, ne voyait pas sans envie la jeune duchesse de Chartres (Louise-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre) environnée de respects et d'honneurs alors qu'elle n'était pas traitée en princesse. Elle

(1^ M('iit(iii-ex (lii (lue ilr Liiynps. Voijage de Salnl-Cload par lei ie el par me;' et suite'. Me'moires intéressants (le l'oncct (le la Gi-ave.

engagea son mari à se défaire du Palais-Royal en faveur de son fds, et la cession eut lieu en 1780. Le moment n'est pas loin où, guettant une fantaisie de Marie-Antoinette, Mme de Montesson persuadera au duc d'Orléans qu'il doit Tendre Saint-Cloud.

Le duc de Chartres pouA ait regretter cette résidence où il était né et avait

VUE DES VINGT-QLATIŒ .}E[i< lîT EXPERIENCE AÉROSTATIQUE DES ERKIiES ROliERT.

(r.olli'Clion Jrnindrôii. cslruiiiie de le|ioque).

passé son enfance, où ses enfants habitaient le pavillon de Valois, où tout était rempli de souvenirs de sa famille. C'est là qu'accompagné des deux frères Robert et de Collin HuUin, physiciens célèbres, et de Dampieri-e, futur général de la République tué sous W^lenciennes, le duc de Chartres accomplit une périlleuse ascension en aérostat : entraînés par un tour])illon à une hauteur prodigieuse les aéronautes durent vider le ballon d'une partie du gaz qui le tenait suspendu au-dessus des nuées et ils atterrirent à Meudon. Cette ascension

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fut jugée à l'époque (1780) très hardie et fut l'objet de l'admiration générale. Dans son Histoire de L.-P. Josepli d'Orléans, Tournois a longuement raconté les incidents de cette ascension qui se termina par une chute rapide dans le parc de Meudon. Cet événement ne passa pas inaperçu comme le prouve la gravure ci-jointe.

Un jour pourtant, ce papillon de Valois où les joyeux écoliers faisaient plus d'une niche à l'abbé Guyot; ce jardin dans lequel le futur roi Louis-Philippe a fait construire un fort où il joue aux soldats avec ses frères ; ce parc qu'il aimera toujours à revoir et dont chaque allée lui rappellera un souvenir... il faut tout quitter. Mme de Montesson se sent dans une position fausse k Saint-Cloud comme au Palais-Royal. 11 lui faut une maison plus simple, où loin de l'étiquette des cours elle régnera librement ; bientôt elle poussera a la vente de Saint- Cloud, réalisant son rêve de se retirer à Sainte-Assise dont les travaux viennent d'être terminés.

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