‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 20 sur 91 · MAHIE-ANTOINETTE PROPRIÉTAIRE DE SAINT-CLOUD · texte numérisé non relu

MAHIE-ANTOINETTE PROPRIÉTAIRE DE SAINT-CLOUD

En se promenant un jour en calèche avec la duchesse de Polignac et la comtesse Diane, Marie-Antoinette se prit de fantaisie pour le château de Saint-Cloud, et, après avoir fait pressentir les intentions du duc d'Orléans, demanda au Roi d'en faire l'acquisition. Nous connaissons les désirs de Mme de Montesson ; donc du côté du duc d'Orléans, pas d'opposition. Si dispendieux que fût en apparence ce nouvel achat, — le Trésor venait d'acheter Rambouillet au duc de Penthièvre, — le Roi, enhardi par le baron de Breteuil ( celui-ci désireux de faire sa cour à Marie-Antoinette et au duc d'Orléans, et de faire une « niche » à Calonne ) ; le Roi donna bientôt son consentement. Le palais de Versailles avait besoin de réparations importantes qui pouvaient nécessiter dix ans de travaux; faire rentrer la Cour au Tuileries eût trop déprécié la valeur des propriétés à Versailles; l'achat de Saint-Cloud semblait parer aux inconvénients, puisque les ministères, les bureaux et une grande partie des écuries et des services pourraient demeurer à Versailles. En réalité il ne fut pas donné suite aux grandes réparations de Versailles, et Saint-Cloud ne devait servir que de résidence de passage.

MM. de Breteuil et de Calonne furent chargés de traiter de l'acquisition de Saint-Cloud avec le duc d'Orléans, et l'on crut d'abord qu'elle serait faite par

Je seuls échanges (1). La valeur des châteaux de Choisy et de la Muette et d'une forêt représentait la somme demandée par la maison d'Orléans, et dans 3et échange la Reine ne voyait qu'une économie: on supprimait, en effet, le gouvernement de Choisy qu'avait le duc de Coigny et celui de la Muette qui appartenait au maréchal de Soubise sans compter les conciergeries et services qui incombaient à ces deux résidences.

Le système des échanges échoua, le duc d'Orléans ayant préféré être payé en numéraire, et des négocialions furent ouvertes sur le chiffre de six millions, rhilîre très exagéré ; dans l'espèce, le duc d'Orléans, bien conseillé, faisait une très bonne affaire. Le public, étant donné l'état du Trésor royal, critiqua fort cette acquisition onéreuse. Augeard, secrétaire des commandements de la Reine, nous dit bien que « h.' roi de France ayant alors 477 millions de rente, six ou huit millions employés à l'achat de Saint-Cloud et à ses embellissements ne devaient être considérés que comme une bague au doigt de la reine » . On peut appeler de ce raisonnement, car le Trésor royal qui était en même temps la caisse de l'État était fort obéré en l 784. Le ministre des finances, M. de Galonné, avait des moyens à lui de tourner les dit'ticultés et de faire des emprunts nouveaux.

Après s'être fait prier pour la forme, surtout parce que l'affaire qui ressortait de son département avait été traitée par Breteuil, Galonné se déclara prêta faire des paiements échelonnés. Non sans raison il faisait des réserves sur le titre de propriété concédé au nom de la Reine : « Voulez-vous, disait-il au marquis de Paulmy, chargé de la négociation, que l'empereur ait une propriété en France, dans le cas que la Reine viendrait à mourir sans enfants? »

Marie-Antoinette ne l'entendait pas de la sorte, et elle persuada au Roi de faire passer le contrat à son nom, donnant pour raison que par ce moyen on réaliserait une diminution de dépenses en sujq^rimant le poste de gouverneur du château. Cette légère économie devait fort mal balancer les dépenses que la Reine projetait de faire dans sa nouvelle résidence; mais à Saint-Gloud comme à Trianon Marie-Antoinette voulait être seule maîtresse, et le Roi eut le tort de souscrire à son nouveau caprice.

Voici la teneur officielle du contrat passé entre la Reine et le duc d'Orléans :

,M. le iluc )ilL'aiis ayant saisi avec cmi^resseinenl roccasion de iiiar(|uer à la lîeine sa {lai faite soumission en se conformant au désir de Sa Majesté, et ne s'y étant déterminé <|ue par des motifs chers à son cœur, ([ue son respect et son atlacliement sans bornes poui' la personne du Roi et. celle de la Reine peuvent seuls apprécier, promet de céder à la lieiiie, avec ^aiantie et en toute propriété, ledit château et parc de Saint-C^loud, et dépendances

(1) Voir Meiiwii-es d' Augeard .

SAIiNT-GLOUD AU XVllU SIÈCLE.

Plus, M. If (lue (Fflrléans cède pareillement à la Heine les meubles meublants et effets étant présentement dans ledit château, à la réserve du linge, argenterie, batterie de cuisine, bois, provisions de houclie, plombs et marbres étant dans les magasins ou au dehors, portiaits de famille, et autres relatifs à l'hisloire de sa maison et ceux fpii font pai'tie de la i-ollection du Palais-Hoyal et qui y ont été transférés; les statues et bronzes jiortatil's, ainsi (|ue les porcidaines de table. Otte cession faite aux conditions :

l" De payer et acquitter les cens, rentes fom irres ou aumonées et les rentes (lerpétiudles et viagères, assignées spécialement sur ledit château et parc de Sain(-(;ioud montani à onze mille ([uarante-neuf livres seize sols deux deniers de rentes foncièi-es, et dix-neuf cent (juarante livres de rentes viagères, et tuème jusqu'à la concurrence de deux mille IImcs au d(dà si tant s'en lrou\c dû ;

2" D'entretenii' et maintenir' dans leurs possessions les dillérentes |»ei'Sonnes ijui ont obtenu de M. le duc d'Orléans, ou de ses auteurs, des brev(ds d(; concession d(( ])lusieurs teri'ains, bâtiments ou logements de la dépendance de Saint-(jloud, soit hors de l'enceinte ou dedans h' parc.

Suivent quelques conditions particulières à la maison d'éducation de Triel, aux baux des fermiers, etc.:

Pour par la Reine jouir et disposer de tous les objets ci-dessus cédés en t(mte propriété à compter du pi'emier janvier mil sept cent (juatr'e-vingt-cinq.

Cette promesse de cession et vente sera réalisée par acte eti foi'me passé devant notaire, et à la jtremière réquisition de la Reine, au plus tard dans le courant du mois de janvier prochain, [)ar les commissaires nommés par Leurs Majestés et ceux nommés par M. le duc d'Orléans, et ratifié ensuite par toutes les parties, par actes sépai'és, dans le mois qui suivra le contrat de vente.

Cette cession et vente faites aux clauses, charges et conditions ci-dessus, et en outre moyennant le prix et somme de six millions de livres francliement venant entre les mains de M. le duc d'Orléans, tant pour la valeui' des fonds que du mobilier, que Leurs Majestés promettent de faire payer à M. le duc d'Orléans en trois termes égaux de deux millions de livres chacun, savoir : deux millions comptants en passant le contrat de vente par devant notaire, deux autres millions à réjHique du dernier décembre de l'année mil sept cent quatre-vingt-cinq, et les deux derniers millions à pareil jour de l'année mil sept cent (iualr(>-vingt-six.

Les intérêts de ladil(^ somme de six millions à cinq pour ceni, sans aucune retenue, courront au profit de M. le duc d'Orléans à compter du premier janvier mil sept cent quatre-vingt-cinq, jour de l'entrée en possession de la Reine des objets ci-dessus cédés, jusqu'à parfait el entier payement et décroîtront en proportion au fur et à mesure des remboursements des cajdtaux qui seront faits aux époques ci-dessus lixées.

M. le duc d'Orléans, en considération de ce (|ue Leurs Majestés ont bien voulu s'obliger à ne pas prendre des lettres de ratification sin' ledit contrat de v(>nte, s'engage à faire l'emploi :

1° De deux millions en payement d'une partie des créances contractées par M. b' duc de Chartres ;

2" De deux autres millions en payement des dettes et créances parliculières de M. le duc d'Orléans ou de ses auteurs, telles (ju'il jugera à jn-opos de les choisir, sans être tenu à suivre l'ordre de leurs hypothèques ;

3" Des deux derniei's jnillions en extinction de cent mille livres faisant partie des ([uatre cent mille livres de rentes constituées par M. le duc d'Orléans au profit de M. le duc de Chartres, par son contrat de mariage, dans lesquels emplois seia fait déclaration que les deniers proviennent de la vente de Saint-Cloud avec subrogation ])Our en oi)érer d'autant plus la sûi'eté.

En foi de quoi le présent, fait double, a été signé de Sa Majesté et de M. le duc d'Oiléans, les jour et an susdits.

Marie-Amoinette.

Page 1