L.-PlIll.U'PE d'ORLÉANS
A VersaHtes, co 24 octctbrc 1784.
Ce contrat fut ratifié à Versailles par la Reine le 20 février 1785 :
\ . ; ■ . , 20 févriiT 1785.
■ - ■ liatifiralion du contrat de Sahit-Cloud .
Mai'ic-AiiloincUc, par la grâce de Dieu lieiue de iMance el de Navarre, à tous ceu.x qui ces présents verioni, salul. Le sieur inar(pus de Paulniy, notre chancelier, nous ayant représenté l'expédition du contrat passé entre lui et le chancelier de notre très clier cousin le duc d'Orléans, par (levant L'Homme et Plcquais, notaires au Chàtelet de Paris, le 10 de ce mois, par lequel le duc d'Orléans, notre dit cousin, nous aurait cédé et lrans])orlé la propriété du château de Saint-Cloud et de ses dépendances, aux clauses, charges, conditions et réserves énoncées audit contrat, moyennanl les jirix et, somme de six millions de livres (pie nous avons été autorisée par le P>oi, notre très honor'é seigneur el époux, à emploAcr de la manit'ce (pie nous jugerons à jirojios ; Nous, apr(''S avoir ])ris coniunuiicalion dudil conlral. (pie nous avons trouvé conl'orme à nos inlentions, nous l'avons, par ces présentes signées de notre main, ratitié, contu'uié el ap|irouvé, le ralilions, conlirmons et approuvons en toul son conlenu, a\ons consenti et consenlons (pi'il soit exécuti' suivant sa tonne el teneur, lui foi de (|uoi nous avons fail melire à ces dites |iiésrntes notre grand sceau en cire rouge.
Donné à N'ersailles, le vingti('me jour de février, l'an de grâce mil sept cent ipial re-v ingt-ciin].
MAHiE-ANToiNKrrr.
Par la lieine : Augeard.
■ . ■. , ■ An-li, N;itionali's, 0 liSTI).
Dès qu'elle est en possession de Saint-Cloud, Marie-Antoinette fait acte de puissance. Avant d'habiter, dans l'été de 1785, son nouveau palais, elle donne des ordres pour les aménagements intérieurs et confère avec Mique pour préparer ces appartements mignards et coquets qui ont sa préférence à l'exclusion des grands appartements: elle projette des boudoirs et des cabinets, qu'elle ornera de guirlandes sculptées et de tentures luxueuses. En attendant, elle a fait prendre sa livrée aux suisses des grilles, aux garçons du château. Aïrianon, le concierge avait fait afficher les règlements de police intérieure avec ces mots : De par la Reine. Cet usage fut malencontreusement imité à Saint-Cloud. Cette livrée de la Reine à la porte d'un palais oii Ton ne croyait trouver que celle du Roi ; ces mots : De par la Reine à la tête des imprimés collés auprès des grilles, « produisirent une profonde sensation et effet très fâcheux, avoue Mme Campan, non seulement dans le peuple, mais parmi les gens d'une classe supérieure ». On y voyait une atteinte aux usages delà monarchie et on le répétait partout. Instruite de ces bruits, la reine crut de sa dignité de maintenir ces règlements : « Mon nom n'est point déplacé, dit-elle, dans les jardins qui m'appartiennent ; je puis donner des ordres sans porter atteinte aux droits de l'Etat. »
Les représentations de ses serviteurs les plus dévoués n'obtinrent rien de
D'après une estampe fie Leclerc. (Bibl. nalionale).
renlôtement de la Heine, et les consignes demeurèrent en état. Les Parisiens témoignèrent leur mécontentement ; en prenant texte plus tard, à l'époque des premiers troubles du Parlement, M. d'Espréménil pourra dire : <( 11 est également hnpoiil 'ique et immoral de voir des palais appartenir à une reine de France. » Par là il entendait qu'en cas de mort sans enfant de la Heine, ses biens pourraient passer à la maison de Habsbourg. Une bien pelite chose devait être un grief de plus jeté à la tète de Marie-Antoinette.
Des grands travaux décidés par la Heine, les uns restèrent à l'état de projet, les autres furent exécutés. N'a-t-on pas un instant parlé de reconstruire le château qui est insuffisant et d'employer à cette dépense les fonds destinés au Louvre? Mique, (jui vient de recevoir (août 1 785) une augmentation de 4000 livres, fait des plans d'agrandissement évalués à plusieurs millions. On n'eut pas le temps de réaliser ces beaux projets (1). De nombreux changements pourtant furent apportés, et le zèle de bouleversement de Mique eut le loisir de s'exercer. La principale façade de Girard et les ailes de Lepautre furent conservées; on n'osa pas toucher non plus à la galerie d'Apollon, aux salons de Diane et de Mars que protégeaient les belles peintures de Mignard ; mais pour construire, sur les dessins de Mique, un nouvel escalier communiquant des appartements du Hoi et de la Heine aux grands appartements, on bouleversa l'angle gauche de la cour d'honneur. Plusieurs pièces disparurent : le salon de Flore dont le plafond était de Coypel, le salon d'Armide avec ses peintures de Pierre ; les salons d'Enée, de la Tribune, ornés de tableaux de Coypel ; le salon d'Europe avec ï Enlèvement de Chevalier (tous les tableaux avaient été rendus au duc d'Orléans). Des modifications furent également faites dans les anciens appartements de Mme Henriette : on aménagea à nouveau l'aile gauche qui fut remeublée entièrement, On doubla la partie de cette aile gauche au delà de l'avant-corps, du côté du bassin du fer à cheval, pour construire l'escalier de la Heine (2). Cet escalier communiquait avec les grands appartements et était précédé d'un vestibule élégant. Dans la cage de l'escalier étaient deux grands bas-reliefs dont le premier représentait la Course d'Hippomène et d'Alatante et le second le Triomphe de Flore. L'entrée des appartements du !{oi et de la Reine se trouvait à côté de cet escalier et du salon de l'Aurore. Ce seront les mêmes pièces qu'habiteront successivement Marie-Louise, la duchesse d'Angoulême, le Hoi Louis-Philippe, enfin l'empereur Napoléon III et l'impératrice Eugénie. -
(1) l'ajiiets de Mique. Aii-li. Nulionairs. et Di'sjuidin.s. Lt l'elil Ti ianuii. (ti) Orné dt' ilt'iix, aiagnifiqucs lanternes de forme ronde.
SA.1NT-CLUUI) AU XVlll" SIÈCLE.
Les Archives nationales possèdent l'inventaire complet et inédit du mobilier des grands appartements et des appartements privés du Roi et de la Heine. Nous ne pouvons y jeter qu'un très rapide coup d'œil. Passons rapidement sur les antichambres tendues en toile peinte et en tafîetas d'Angleterre vert, sur la pièce des Nobles tendue en damas jaune et entrons chez le Roi. La chambre à coucher est en gros de Naples broché couleur nuée sur fond blanc ; le lit est à la turque, avec faisceaux d'armes ornés de têtes de lion et entourés de feuilles de laurier. Sur les faces latérales se voient des couronnes de chêne; l'impériale est ornée de feuilles d'eau, d'une tête de Minerve et de branches de lis. Comme on le voit, le lit de Louis XVI, qui devait dater du temps de Louis XIV, est rempli d'attributs belliqueux. D'ordre sybarite est le coucher, avec ses six matelas, ses deux traversins. Deux commodes en vrai laque de l'époque de la Régence sont les parties d'ébénisterie remarquables. — Dans la salle du Conseil encore une commode en laque, bois sculptés style rocaille, tentures de lampas bleu de ciel. Comment ne pas s'arrêter devant l'ameublement coquet du cabinet du Roi? La tenture est en pékin fond blanc avec dessin d'oiseaux et de fleurs, couleur nuée; la commode, le secrétaire, le bureau-table sont ornés des plus fines ciselures, et ce sont encore des tables rondes ou carrées recouvertes de marbre blanc, un chiffonnier en acajou, une pendule de bronze doré que supportent huit petits pieds à œufs avec frises et rang de perles.
Nous voici chez la Reine. Le pékin blanc à figures chinoises de la tenture est bordé de bois sculptés. Le lit est à la polonaise, avec pans ornés de feuilles de laurier, de perles enfilées ; rosettes, feuilles d'acanthe, guirlandes de fleurs s'entremêlent et se marient, tandis que les cannelures torses des colonnes se terminent par un chapiteau couronné de gerbes de fleurs dans lesquelles passe un carquois. Il ne faut oublier ni les sphinx ailés qui ornent les cintres des dossiers, ni la tête de Flore des faces ; ni les courbes agrémentées de trèfles, de fleurs et de nœuds de ruban; ni enfin l'aigle de la face latérale du couronnement elles deux enfants qui supportent le chiffre de la Reine... 11 manque une gravure pour représenter ce que devait être le lit somptueux et coquet à la fois de la Reine. Les meubles et les tentures sont à l'unisson : ce ne sont partout que carquois, cornes d'abondance, et des commodes en acajou et bronzes avec le chiffre de la Reine surmonté de guirlandes de roses. Les vicissitudes des révolutions avaient fait revenir l'un ces meubles àSaint-Cloud sous le second empire : cette armoire à bijoux signée Bonnefoy était placée dans l'appartement de l'impératrice Eugénie; elle fut sauvée en septembre 1870 et se trouve aujourd'hui à Trianon.
HISTOIRE DU PALAIS DE SAhNT-CLOUD.
Je voudrais pouvoir décrire le cabinet de toilette en basin des Indes, avec sa table de campagne venant de Trianon ; les miroirs; la table à écrire avec ses panneaux à mosaïque, son médaillon ovale, ses placages en bois d'amarante, ses broderies de bronze; — dans le cabinet de la Heine, je voudrais m'arrèter
devant le meuble bleu brodé en chênette, devant le secrétaire « en armoire» avec ses placages d'ébène et ses panneaux de laque ; devant ces lustres et ces bras à trois branches avec lyre, et attributs de musique qui sont restés les modèles du style Louis XVI. Les serrures étaient l'œuvre du Roi.
Les boiseries, les médaillons qui surmontaient les portes étaient des bijoux dans leur genre; ceux qui ont visité le château sous le second empire s'en souviennent certainement. Ces boiseries, ces bordures de bronze dans les grands appartements, de bois doré dans les petits, voilà ce qui ligure en gros chiffres dans les comptes de dépenses, et, si nous pouvions en établir la liste aussi
SÂINT-CLOUD