‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 23 sur 91 · LE DERNIER SÉJOUR DE MARIE-ANTOINETTE A SAINT-CLOUD · texte numérisé non relu

LE DERNIER SÉJOUR DE MARIE-ANTOINETTE A SAINT-CLOUD

Au printemps de 1790, après le triste hiver passé aux Tuileries où elle était confinée depuis le 5 octobre, la famille royale songea à quitter Paris. Habituée aux ombrages et aux vastes espaces de Versailles, elle étouffait dans le palais d'où elle osait à peine sortir; elle aspirait à respirer un meilleur air. à retrouver une vie calme qui lui faisait défaut aux Tuileries, à s'éloigner d'une foule

(1) Arch. Nat. 0' 1880.

curieuse et souvent hostile qui la poursuivait de ses familiarités et de ses sarcasmes. Les meneurs de l'Assemblée ne s'opposaient pas à un déplacement momentané. Au moment où se préparait la fête de la Fédération du 14 juillet, il entrait dans le plan des chefs de la Révolution que le Roi, qu'on disait captif à Paris, eût l'apparence de la liberté et fût à même, comme tout autre Français, d'aller et de venir oû il voudrait. -

Versailles était trop loin et ne pouvait plaire à l'Assemblée : Saint-Cloud fut proposé et adopté. Le 29 mai, Marie-Antoinette écrivait à son frère Léopold : « Notre santé à tous se soutient bonne, c'est un miracle, au milieu des peines d'esprit et des scènes affreuses dont tous les jours nous avons le récit et dont souvent nous sommes les témoins. Je crois qu'on va nous laisser profiter du beau temps en allant quelques jours à Saint-Cloud qui est aux portes de Paris. Il est absolument nécessaire pour nos santés de respirer un air plus pur et plus frais, mais nous reviendrons souvent ici. Il faut inspirer de la confiance à ce malheureux peuple ; on cherche tant à l'inquiéter et à l'entretenir contre nous. Il n'y a que l'excès de la patience et la pureté de nos intentions qui puissent le ramener à nous. » Ce que Marie-Antoinette ne dit pas à son frère, c'est que pour elle, Saint-Cloud c'était la liberté relative, c'était peut-être le moyen de s'enfuir si l'occasion favorable se présentait, car l'idée de fuite était déjà entrée dans l'esprit de la Reine comme on le verra bientôt.

La cour partit en effet le 4 juin après avoir suivi, la veille, la longue et fatigante procession de la Fête-Dieu à Saint-Germain-l'Auxerrois. Le Roi et la Reine étaient accompagnés du Dauphin et de Madame ; de Mme Elisabeth, sœur de Louis XVI ; de Mmes Adélaïde et Victoire, ses tantes ; du comte et de la comtesse de Provence. La Reine s'installait avec joie à Saint-Cloud: c'était être presque seule, vivre sans étiquette, jouir du bon air, fuir les haines et les calomnies, oublier un instant ses ennemis.

Rien n'était préparé à Saint-Cloud pour les augustes hôtes et jamais Saint-Cloud n'avait reçu tant de monde à la fois. On se logea comme on put, Mesdames avec le Roi et la Reine dans leurs appartements ordinaires ; Mme Elisabeth, la duchesse de ïourzel et les Enfants de France au rez-dechaussée ; Lafayette et ses aides de camp, ainsi que toute la maison du Roi, dans les mansardes. Le comte et la comtesse de Provence durent s'installer dans une petite maison près du pont, leur maison aux écuries des Pages. Tous les soirs pourtant, Monsieur et Madame venaient souper etpasser la soirée chez le Roi (1). Par dérogation à l'étiquette, qui avait encore force de loi, on

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