‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 28 sur 91 · LES PRÉPARATIFS D'UN COUP D'ÉTAT · texte numérisé non relu

LES PRÉPARATIFS D'UN COUP D'ÉTAT

Quelques jours ayant le 18 brumaire, Bonaparte était à Mortefontaine chez son frère Joseph. Voulant causer librement avec Regnault de Saiiit-Jean-d'Angely des événements politiques, le général lui proposa une promenade à cheval (1).

Comme les deux cavaliers revenaient à toute bride, le long des étangs, à travers les rochers, le cheval de Bonaparte renconlra une pierre que recouvrait le sable ; il s'abattit et voilà le général lancé avec une violence effrayante à douze ou quinze pieds de sa monture.

Regnault saute à terre, vole au secours de Bonaparte, le trouve sans connaissance : plus de pouls, plus de respiration ; il le croit mort. Ce n'était pourtant qu'une fausse alerte; au bout de quelques minutes Bonaparte, sans fracture ni blessure, sans contusion même, reprend connaissance et peut remonter à cheval. « Ah ! général, lui dit Regnault, quelle peur vous m'avez faite ! — C'est pourtant cette petite pierre contre laquelle tous nos projets ont failli se briser, dit Bonaparte en riant. N'en parlez à personne... Joseph me ferait de la morale s'il savait cela. ». •

'( Cette petite pierre, dit Arnault qui conta cette anecdote longtemps tenue cachée, pouvait changer le sort du monde ! »

A cette époque Bonaparte, en effet, avait résolu de prendre le pouvoir à la première occasion ; mais il le dissimulait habilement.

Quand le 24 vendémiaire an VIII (9 octobre 1799), il a débarqué rue Chan-

(1) Arnault, Souvenirs d'un sexagénaire, tome IV.

tereine, à son retour d'Égypte, c'est avec l'idée que le moment d'agir est arrivé. Un gouvernement aveuli, sans crédit, sans argent résisterait-il à un soldat victorieux porté sur les ailes de la gloire ? « Je me réjouis de trouver la République triomphante, dit-il à Gohier, président du Directoire, deux heures après son arrivée; les nouvelles qui nous étaient parvenues en Egypte étaient si alarmantes que je n'ai pas balancé à quitter mon armée pour venir partager vos périls. — Ils étaient grands, en effet, répond Gohier, 'mais nous en sommes glorieusement

VUh Gl.NKRAI.E 1)1'. S- Cl.Ol'l)

Dessin de Meunier.

sortis. Vous arrivez à propos pour célébrer avec nous les triomphes de vos compagnons d'armes. »

Le lendemain 25, Bonaparte se rend au Directoire : « Citoyens, s'écria-t-il en mettant la main sur le pommeau de son épée, je jure que cette épée ne sera jamais tirée que pour la défense de la République. »

A ces paroles de circonstance qui ne rassuraient qu'à moitié le Directoire, Gohier répondait : « Citoyen général, le Directoire exécutif a vu votre retour inopiné avec le plaisir mêlé de surprise qu'il a dû causer à toute la France ! Les ennemis de votre gloire, que nous regarderons toujours comme les nôtres, pourraient seuls donner une interprétation contraire aux motifs patriotiques qui vous ont déterminé à quitter momentanément vos drapeaux. Les triomphes que

viennent de remporter vos anciens compagnons d'armes ont sauvé la République, mais laissent encore des lauriers à moissonner dans les champs qu'ont illustrés vos mémorables exploits. Le vainqueur d'Italie ne se bornera pas à pleurer avec nous le jeune héros (Joubert) qu'il jugea lui-même digne de le remplacer. »

Dans le vainqueur des Pyramides et d'Aboukir, les Directeurs n'étaient pas sans entrevoir l'ambition d'un César et la ruine de la République. Une lettre de Kléber, écrite après le départ de Bonaparte, prévenait le Directoire de tout ce qu'il avait à redouter de l'ambition du jeune général. Lui, qui avait le sentiment de sa force, ne cherchait à endormir un pouvoir qu'il méprisait (« Si je mets le pied en France, avait-il dit à Me non en Egypte, le règne des bavards est fini ») que pour mieux le surprendre et le terrasser.

Avec quelle habileté il pressent l'opinion puldique en ayant l'air de ne pas vouloir d'un coup d'État, qui est son plus ardent désir! Bonaparte est l'objet de la plus impatiente curiosité; la France l'observe, l'Europe s'inquiète : que ferat-il de la patrie chancelante? tel est le cri général. Se jettera-t-il dans les bras du parti royaliste? Consolidera-t-il l'œuvre révolutionnaire? Défendra-t-il, comme en vendémiaire, les pouvoirs officiels? Créera-t-il, au contraire, un nouvel ordre de choses succédant à un gouvernement d'intrigues et de faiblesses? — Les militaires se montraient les plus ardents à sonder ses intentions, à recueillir ses promesses. C'est, d'abord, Lannes, Murât, Berthier, Marmont, Duroc, ses aides de camp ou ses amis d'autrefois qu'il vient de ramener d'Égypte ; c'est Macdonald, Leclerc, Beurnonville qui se sont rapprochés de lui tout naturellement; c'est Augereau, Lefèvre, Bernadotte, .lourdan, Marbot, républicains convaincus, qui flairent le vent avant de se prononcer; c'est Moreau enlin, qui malgré sa secrète envie, a refusé de se placërà la tête du gouvernement et admet que pour concentrer davantage le pouvoir exécutif il faut le confier aux mains glorieuses du vainqueur d'Italie. La personnalité de Moreau est alors assez considérable pour que Bonaparte se montre flatté de son concours éventuel et qu'il donne à son collègue, en gage de reconnaissance et d'amitié, un sabre égyptien enrichi de diamants de la valeur de 10000 francs

Dans l'ordre civil, les partisans ne lui manquaient pas : c'était Lucien Bonaparte son frère, président du Conseil des Cinq Cents, homme de tête et d'exécution; — c'étaient le mathématicien Monge; Volney, l'auteur des Buines; Cambacérès, ministre de la justice; Rœderer et Regnault de Saint-Jean-d'Angely, législateurs experts ; Réal, commissaire du Directoire; Cornet, président de la commission des inspecteurs du Conseil des Anciens. A côté de ceux-là dont

le concours est acquis : Talleyrand, l'homme qui en politique a mieux su calculer le lever et le coucher du soleil ; Fouchc, ministre de la police, ami de Barras qu'il est tout prêt à sacrifier si Bonaparte a plus de chances que lui.

Un homme pouvait porter ombrage aux projets de Bonaparte. C'était Sieyès. Son influence sur les hommes de la Révolution, son génie à créer des constitutions lui donnaient une situation hors de pair. Dans le Directoire, c'était le seul homme à ménager ou à redouter. Les autres : Gohier, républicain convaincu, honnête, sans valeur; le général Moulins, d'un caractère irrésolu; Roger Ducos, reflet de Sieyès, n'ayant d'autre volonté que celle de l'ancien prêtre, Barras, occupé à jouir des trésors amassés par la corruption et qu'il espérait bientôt doubler en vendant à Louis XVIII sa rentrée en France, n'avaient ni autorité, ni partisans.

Sieyès était donc l'homme capital. Il fallait, pour n'avoir plus à le redouter ou prendre sa place ou faire cause commune avec lui. Ce dernier parti conseillé par Talleyrand devait l'emporter (1).

Le premier moyen était plus dans les idées du soldat heureux; ce premier pas légalement fait vers le pouvoir, il s'en emparerait progressivement, sans secousse, quitte à le façonner plus tarda la mesure de son ambition.

Bonaparte, d'après Bourrienne, écrivain suspect, se serait d'abord arrêté à cette pensée. 11 aurait sondé Gohier et Moulins, cherché à leur persuader de se débarrasser de Sieyès et de le mettre à sa place. « Si vous n'y prenez garde, président, dit-il à Gohier, ce prêtre artificieux vous livrera à l'étranger. » A Moulins, il disait : « Il faut vous défaire de ce métaphysicien ; il est temps que ceux qui ont défendu la République prouvent qu'ils sont plus en état de la gouverner que tous ces rêveurs. » Moulins n'aimait pas Sieyès, mais il redoutait encore plus Bonaparte et se dérobait. Gohier s'en tirait par cette échappatoire : « Après avoir glorieusement défendu la République, général, vous êtes destiné à être un jour à la tête du gouvernement... mais notre pacte social exige au moins quarante am pour entrer au Directoire ; vous avez donc encore d'heureuses années acquises à la défense de la République. » •

Trop jeune ! Cela faisait sourire dédaigneusement le vainqueur d'Arcole. Bientôt les défiantes propositions du Directoire devaient lui faire hâter le dénouement.

On ne pensait qu'à l'éloigner. Gohier et Moulins proposaient dç le remettre

(1) Noies inédiles de Grouvelle. — Lellres de Mme Reinhard.

à la tête de l'armée d'Italie et de le renvoyer au delà des Alpes. « A quoi bon! répliquait Barras qui entrevoyait pour le jeune général un inutile supplément de gloire. N'a-t-il pas assez bien fait ses affaires en Italie? Qu'a-t-il besoin d'y retourner? — 11 serait imprudent, reprenait Sieyès, de le replacer sur un théâtre de gloire; nous devons travailler à le faire oublier. Que ne lui assigne-t-on pour résidence, avec un bon revenu, un château éloigné, Chambordpar exemple (1^. »

D'après d'autres témoins, Sieyès ne se gênait pas pour appeler Bonaparte : « sujet rebelle et qu'on aurait dû fusiller ». Quelques jours de réflexion ou de peur devaient modifier son opinion. ■

Rien pourtant ne fut décidé. Celui qu'ils pouvaient ou exiler par le commandement d'une armée, ou faire arrêter puisqu'ils le jugeaient suspect, fut mandé par les Directeurs au palais du Luxembourg. Sonder les intentions d'un homme dont on a peur, c'est peut-être imprudent.

Bonaparte arrive très maître de lui, l'allure très décidée : « On a prétendu, dit-il brusquement, que j'avais fait mes affaires en Italie; si cela était vrai, ce ne serait pas du moins, ajoute-t-il en fixant les yeux sur Barras, aux dépens de la République. »

« Le Directoire en est bien persuadé, répond Gohier, et ce n'est que pour vous ouvrir de nouvelles sources de gloire qu'il a désiré vous entretenir. Votre présence à Paris, pendant que les armées de la République combattent, pourrait être mal interprétée. Le Directoire vous oiîre le commandement d'une armée, dont il vous laisse le choix. »

Bonaparte avait pressenti le piège. Il répondit froidement à cette ouverture; il déclina pour l'heure présente tout commandement, alléguant sa santé affaiblie par le climat d'Egypte. H se retira, laissant les directeurs perplexes, bien résolu, lui, à occuper utilement les jours de repos qu'il avait demandés.

Néanmoins cette entrevue provoquée par l'envie et terminée par la peur avait fait une certaine impression sur Bonaparte. Il jugea prudent de couvrir ses desseins d'un voile moins transparent; il recommanda la plus grande réserve à ses amis; lui-même redoubla de circonspection. Allait-il au spectacle, c'était en loge grillée ; les officiers d'un régiment ayant servi sous ses ordres en Italie demandaient-ils à venir le saluer en corps, il éludait ou ajournait cette visite. 11 refusait presque toutes les invitations certain, du reste, qu'il ne ferait qu'aiguiser le désir que tout Paris avait de le voir. 11 affectait de ne porter que l'habit de membre de l'Institut dont il suivait les séances avec assiduité.

(1) Desmarets, Le D/.r-huil brumaire. — Mémoires de Gohier. —

Rœderer, OEuvres, tome HI.

Le 5 brumaire, entre autres fois, il se rendait à une séance particulière de l'Académie. 11 y prenait la parole et donnait des détails sur l'état de l'Egypte et de ses anciens monuments. 11 y assurait « que le canal de Suez qui joignait les deux mers a existé, qu'il est très possible de le rétablir sur les débris qui en

D'après un dessin anonyme. (Colleclion Gnrnier).

restent et qu'il a fait prendre les plans et les nivellements nécessaires à ce grand travail ».

Quoi qu'en aient dit Bourrienne, Barras et Desmarets, il est à croire que Sieyès ne nourrissait plus alors qu'en apparence des projets d'hostilité contre Bonaparte. Il était trop habile pour ne pas tenter, au contraire, de se rapprocher de lui; du moment où il ne pouvait supprimer le général, mais courait risque d'être supprimé par lui, il fallait marcher de conserve.

Les amis communs de Sieyès et du général eurent bientôt fait accepter par chacun d'eux la pensée de se rapprocher et de s'entendre : « Dans la politique il ne faut pas être trop difficile, dit le général à Monge et à Berthollet; il faut

rallier à soi ce qu'on aime et ce qu'on estime le moins. » Il s'agissait, par un moyen à trouver, de remplacer le gouvernement existant par un autre, un Consulat provisoire jusqu'à la votation d'une Constitution définitive. On commencerait par reléguer les deux Conseils à Saint-Cloud.

Bonaparte fît la première démarche comme le lui commandaient l'âge et la situation de Sieyès,- démarche officielle car, dès l'arrivée du général, Sieyès s'était précipité chez lui avec Moulins, contre toute dignité et contre tout principe (1).

C'était le 8 brumaire (30 octobre) — cette date a été donnée par Napoléon lui-même (Gourgaud, 1. 1) — dix jours avant l'événeitient. .

Le général avait dîné chez Barras. Le Directeur, affectant un grand dégoût du pouvoir et essayant de prendre Bonaparte pour dupe, avait dit : « La République périt, rien ne peut plus aller; le gouvernement est sans force; il faut faire un changement et nommer un président. — Un président? répète Bonaparte tendant l'oreille. — Oui, reprend Barras, et j'ai ce qu'il vous faut. C'est le général Hédouville. (Bonaparte fait un mouvement.) Quant à vous, général, votre intention est sans doute de vous rendre à l'armée... de nouveaux lauriers vous attendent, partez.... Moi, malade, usé, je ne suis bon qu'à rentrer dans la vie privée. »

(Cet incident est raconté presque dans ces ternies dans les Mémoires si fantaisistes pourtant de Barras lui-même, sauf que le Directeur prétend que Bonaparte lui a offert la présidence et que le nom de Hédouville ne fut pas prononcé.)

L'œil fixé sur Bonaparte, Barras attendait avec anxiété sa réponse; mais le général se contenta à son tour de regarder le directeur qui baissa les yeux. « Barras cachait sa pensée, a dit Napoléon dans ses conversations à Sainte-Hélène, sa contenance trahissait sa pensée. » En effet. Barras avait rêvé la dictature, et le nom d'Hédouville n'était qu'un masque sous lequel il déguisait son ambition. Il s'imaginait que, comme au 13 vendémiaire, il rencontrerait encore dans Bonaparte un docile instrument de ses volontés. Les temps étaient changés ; la tactique sournoise de Barras ù son égard avait délié Bonaparte de toute reconnaissance. Le silence dédaigneux du vainqueur d'Italie fit comprendre à Barras qu'on le mettait de côté; qu'on agirait, mais sans lui (2).

Pendant que ce dernier se désolait d'avoir fait fausse route, Bonaparte descendait chez Sieyès avec lequel il eut un entretien particulier. Ils s'entendaient par avance sur le fond de la question : changer le gouvernement existant et le

(1) Notes de Grouvelle. — Lettres de Mme Reinhard.

;(2)-i¥emon-es;de 'Barras,- de -Gohier; de'.SAVARY, de Thiébault, tome III, Roederer, tome lïl, Mémorial dë NoRViNS, tome II, Le Couteulx de canteleu dans Lescure tome II, Albert Vandal, Correspondant, nov. 1900, Mémoires inédits de Jourdan, -Carnet historique, février 1901. '

remplacer par un autre. Sur les moyens d'exécution il y avait divergence. Sieyès rêvait une Constitution dont il aurait été l'auteur : « Vous ne pensez pas, dit Bonaparte, à présenter à la France une nouvelle Constitution toute faite, sans qu'elle ait été discutée posément et article par article. Ce n'est pas l'affaire d'un moment, et nous n'avons pas de temps à perdre. 11 nous faut nécessairement un gouvernement provisoire qui prenne l'autorité le jour même de la translation à Saint-Cloud, et une commission législative pour préparer une Constitution provisoire et la proposer à la votation du peuple. »

Sieyès fit des objections : « Occupez-vous exclusivement, reprit Bonaparte, de la translation à Saint-Cloud et de l'établissement simultané d'un gouvernement provisoire. Je consens à être l'un des Consuls provisoires avec vous et votre collègue Roger Ducos. Quant au gouvernement définitif, c'est autre chose : nous verrons ce que vous déciderez avec la commission législative. »

Comme Sieyès gardait le silence, Bonaparte ajouta : « Est-ce que vous ne voudriez pas soumettre votre plan à une commission ? Est-ce que vous croyez pouvoir rien faire sans un Consulat provisoire? Quant à moi, sans aller plus loin, je vous déclare franchement qu'en ce cas vous ne devez plus compter sur moi. Voyez, pensez-y bien : nous pourrons nous revoir quand vous voudrez. »

Bonaparte revit Sieyès et ils tombèrent d'accord, c'est-à-dire que Sieyès céda et adopta, malgré lui, le plan de Bonaparte ; ses utopies de Constitution longuement élaborée s'inclinaient devant la volonté très arrêtée du général.

Bonaparte avait bien mené sa barque. Endormant tous ses conseillers dans des projets vagues, il avait adopté un plan que personne ne connaissait en entier (1), même Lucien qui ignorait l'idée d'un Consulat provisoire et d'une commission législative. Sieyès en arrivait à dire à Lucien, le 10 brumaire : « Le général semble ici sur son terrain comme au champ de bataille. Il faut bien suivre son avis : s'il se retirait, tout serait perdu, et son acceptation du Consulat provisoire assure le succès. Après-demain, tout sera prêt... »

Le désappointement de Sieyès était visible; sa Constitution était rejetée au second plan et livrée aux chances futures. Il n'était plus qu'en apparence le chef du mouvement; il le sentit et se résigna : « Un astre plus puissant l'attirait malgré lui dans son orbite. » ...

Barras, lui, n'avait pas tardé à comprendre qu'il avait agi au reboxirs de ses intérêts et à l'envers des événements. En sortant du Luxembourg, Bonaparte

■ (1) Voir Albert V.vndal, Brumaire, dans le Correspoiidaitt (k' novembre IVtOO et Jung, Lucien Bonaparte et ses mémoires. — Mémoires inédils du maréchal .Jourdan. ' . ' '

avait trouvé chez lui Fouché, Rœderer, Réal et Talleyrand auxquels il raconta, sans qu'aucun mouvement de physionomie pût faire deviner sa pensée, son entretien avec Barras. Réal et Fouché, amis du Directeur, augurèrent mal de sa malhabile dissimulation et allèrent lui porter leurs impressions. Comprenant le danger, Barras se rendit le lendemain matin, de très bonne heure, chez Bonaparte qu'il trouva au lit. 11 revint sur son langage de la veille, en disant que ses paroles avaient peut-être trahi sa pensée; il ajouta que Bonaparte pou-

Page 1