PROCLAMATION DE L'EMPIRE
Saint-Cloud avait vu l'élévation du Premier Consul; c'est à Saint-Cloud aussi que fut proclamé l'Empire.
Sur la proposition de Curée, le Tribunat avait préparé un projet de sénatusconsulte qui, le 20 lloréal an XII, futsoumis à la sanction du Sénat. Le 18 mai 1804, Cambacérès. au nom du Sénat, adressait à Napoléon, dans la galerie d'Apollon, les paroles suivantes :
« Le décret que le Sénat présente à Votre Majesté Impériale n'est que l'expression d'une volonté déjà manifestée par la nation (des registres avaient été en effet ouverts pour la forme dans toutes les municipalités ; la nation touchée des services rendus par Bonaparte était toute disposée à lui décerner le plus haut gage de sa reconnaissance). Il n'ajoute rien à votre gloire ni à vos droits; ce n'est qu'un tribut que la nation paye à sa propre dignité... Au nom du Sénat, pour la gloire comme pour le bonheur de la République, je proclame Napoléon Empereur des Français. »
<i .l'accepte, répondit Bonaparte, le titre que le Sénat croit utile à la gloire de la nation. » Et après cette cérémonie, le chancelier du Sénat, accompagné du président du Corps législatif, du président du Tribunat, des deux préfets, des douze maires, du gouverneur de Paris et d'une foule d'officiers généraux parcourut la capitale, musique en tète, et proclama Napoléon 1" Empereur des Français.
On put s'étonner que le Sénat, dont un grand nombre de membres avaient contribué à renverser l'ancienne monarchie, se montrât si docilement prompt à relever un trône. Les uns, encore effrayés des excès de la Révolution, revenus, après la tempête, à des idées d'autorité et de conservation sociale, pensaient que le pouvoir d'un seul, placé dans des mains glorieuses, était plus conforme aux besoins comme aux désirs du pays. Les autres ne marchandaient ni leur admiration ni leur reconnaissance au héros qui avait vaincu les ennemis de la France, au législateur qui avait ramené l'ordre et la concorde intérieure et rétabli
la religion. Ceux-là avaient dépensé toute leur énergie dans les luttes révolutionnaires, et il ne faut pas demander à la majorité des hommes politiques une trop grosse somme de courage et d'activité... désintéressée; ils aspiraient au repos et venaient le chercher dans les plis du manteau impérial. Quelques républicains austères firent bien entendre une note discordante : Carnot osa demander au Tribunal « s'il était digne de la France d'aller chercher un empereur dans une île où les Romains dédaignaient de prendre des esclaves » ; Joseph Chénier exhala son courroux dans une pièce de vers célèbre à l'époque intitulée la Promenade à Saint-Cloud :
L'air de la servitude est trop pesant pour moi,
y déclarait le poète,
Or je chante la gloire et non pas la puissance.
La plupart n'étaient pas de son avis et la France se prosterna bien facilement aux pieds du nouveau Charlemagne. La cour la plus magnifique était constituée ; dix-huit maréchaux d'Empire étaient créés ; bientôt le successeur de saint Pierre allait quitter ses Etats pour venir verser l'huile sainte sur le front de l'Empereur dans la basilique de Notre-Dame (1).