‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 39 sur 91 · IMPRESSIONS DE J. DE BERCKEIM · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS DE J. DE BERCKEIM

Pour cette époque nous possédons les impressions d'un Alsacien de grande famille, J. de Berckeim, les Le/l/rs sur Pa/is ou Correspondance de M... qui nous font voir Saint-Cloud sous un angle nouveau (I).

Il a soin de faire remarquer que « le château avait été dévasté comme les autres » ; mais que depuis que l'Empereur « a pris les rênes du gouvernement », il a été remis en état ainsi que les jardins ; que les appartements ont été meublés avec goût et magnificence.

Son itinéraire est facile à suivre. Il gravit le grand escalier en marbre blanc dont les rampes sont en marbre rouge poli, « l'escalier le plus beau et le plus riche de tous les palais impériaux ». Arrivé en haut de l'escalier, il entre à droite dans le salon de Mars dont le plafond est orné de peintures et dans lequel on voit les bustes en marbre des généraux Hoche, Max Caffarelli, Dampierre et Joubert. Au-dessus de la cheminée il remarque, comme Reichardt, une grande toile : ce tableau représente le moment oû le général Desaix blessé à mort à la bataille de Marengo, mais se tenant encore à cheval, « apprend de son aide de camp, le jeune Lebrun, la certitude de la victoire et le charge de ses dernières paroles pour le Premier Consul » . Faut-il rappeler en passant que le peintre a suivi la légende voulue de la mort de l'illustre général ? Desaix avait

(1) Itoidelbnrs', Mohr et. Zimmor: ol Paris, clicz )os inarelianils rto nouvpaiid'S. J809. In-12. 4."i0 pages. Bib. Sainl-Fargeau 2891.

été frappé d'une balle dans le cœur et mourut sans prononcer une parole.

A droite de ce salon se trouvaient les grands appartements de l'Empereur. « Dans la première pièce (c'est-à-dire le salon de Vénus ou de l'Olympe), où pendant son séjour à Saint-Cloud l'Empereur tient les séances du Conseil d'Etat, se trouve placé, au-dessus de la cheminée, le beau tableau du Guide qui représente V Enlèvement de Déjanlre par le Centaure et qui, avant la Révolution, se trouvait au cabinet de Versailles. »

A gauche on pénétrait dans la grande galerie ou galerie d'Apollon, celle qu'a décorée Mignard, où se sont célébrées toutes les fêtes sous les ducs d'Orléans et Marie-Antoinette ; celle où a été proclamé l'Empire en \ 804. Rerckeim a noté les tableaux que le Musée du Louvre a prêtés à Saint-Cloud. Ce sont : de Téniers, Vlnlér'ieur (fi/n estaminet avec joueurs de cartes; de Rubens, V Adoration des Mages ; de Bruegbel, une collection « d'un fini précieux dont le plus beau tableau est le Para'lis terrestre dans lequel les figures d'Adam et d'Eve sont de Rubens ; de Guido Reni, le célèbre Massacre des Innocents ; de Raphaël Sanzio, le Cardinal Bibiena; une Sainte Cécile^ par le Dominicain; une Sainte Famille^ d'Andréa del Sarto; enfin, des vases de porcelaine de Sèvres d'une rare beauté et d'une hauteur prodigieuse.

Berckeim ne décrivant pas le cal)inet de l'Empereur, nous demandons de le dépeindre à l'homme qui l'a le plus fréquenté, à Méneval (1) :

Le cabinet, vaste pièce située au rez-de-chaussée, à côté de la chambre à coucher officielle était tapissé de livres depuis le parquet jusqu'au plafond. Napoléon avait donné le dessin de son bureau qui avait à peu près la forme d'une basse ; sur les ailes étaient étalés ses nombreux papiers. Sa place habituelle était une causeuse recouverte d'une housse en tafîetas vert, placée près de la cheminée que décoraient deux beaux bustes en bronze de Scipion et d'Annibal. Derrière la causeuse, dans l'angle de la pièce, était le ])ureau de Méneval. A la suite du cabinet venait un salon où il recevait le ministre des Relations extérieures et où il donnait des audiences particulières; un beau portrait de Charles XII décorait d'abord ce salon ; le Premier Consul en fut mécontent et le remplaça par celui de Gustave-Adolphe, pour lequel il éprouvait une admiration particulière.

Passant aux appartements de l'Impératrice, « meublés avec un soin infini », M, de Berckeim remarque dans le salon de service divers tableaux tirés du Musée Napoléon (le Louvre) tels qu'une Sainte Famille de Bernardine Luini, deux

(1) Méneval, Souvenirs, L I.

HISTOIRE DU PALAIS DE S AIi\T-CLOUD.

tableaux du Titien dont l'un est une Sainte Famille, l'autre le portrait du marquis delGuasto, un tableau du Guide qui représente le Martyre de saint Sébastien, a On y voit aussi, continue le conteur qui aime à faire de la critique d'art, le fameux tableau d'IJippolf/te et Phèdre par Guérin, si remarquable de composition. L'artiste a choisi le moment où Hippolyte accusé paraît devant Phèdre pour se justifier. La figure d'FIippolyte qui est en habit de chasseur est superbe; un air de fierté et d'indignation est peint dans tous les traits de son beau visage... La figure de Phèdre qui est assise à côté de son époux, quoique parfaitement dessinée, ne répond pas à celle de son beau-fils... elle a plutôt l'air d'une mégère que celui d'une amante outrée contre l'objet ingrat qui a pu résister à ses feux. Les ombres sont trop dures et les couleurs mal fondues ». Dans ce même salon de ITmpératrice, Berckeim note encore un très beau portrait de Madame, mère de l'Empereur, peint par Gérard.

Arrivant devant la cheminée d'un des salons de l'Impératrice — l'ancien cabinet de Marie-Antoinette — , Berckeim ne résiste pas à dépeindre la glace qui repose sur un fond de vif-argent et disparaît brusquement si l'on pousse un ressort pour faire place à une glace sans tain par laquelle on embrasse toute une partie du parc. On se rappelle la surprise de Louis XVI devant cette transformation mécanique.

Quelques détails peu connus sur les petits appartements qui, sortis de la main grandiose et sévère de Percier et Fontaine, ont été dirigés par l'architecte Raimond et l'intendant Pfister, plus portés à l'élégance et au style moderne. « Ils portent, assurent Berckeim, sous le rapport du goût, de l'élégance et de la richesse, l'empreinte de la plus grande recherche. » Ce n'a pas toujours été l'avis de Napoléon, qui au moment de l'installation a tonné contre « les colifichets, les papillotes, les frivolités de femme entretenue dont on a rempli le château ». En fait, l'appartement de Joséphine a un cachet tout nouveau d'élégance très moderne qui ne satisfait pas l'Empereur. <( La chambre à coucher surtout est délicieuse ; elle est tendue en velours couleur terre d'Égypte brodé en or; les rideaux qui sont de même étoffe et de la même couleur, garnis de franges dorées, retombent négligemment sur d'autres rideaux en mousseline des Indes brodée en or; le lit qui a la forme d'une nacelle est en bois d'acajou orné de bronzes et répond parfaitement à la richesse des glaces, des consoles et des draperies qui ornent ce charmant appartement près duquel se trouve un très joli bain, tout en marbre. »

Le mariage civil de Napoléon et Marie-Louise .

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