LES INVASIONS
Les jours sombres arrivent. En 181 i, les troupes étrangères envahissaient la France. Le 29 mars, Marie-Louise a quitté les Tuileries pour se réfugier à Blois; le 31, Saint-Cloud est occupé par l'avant-garde du général de Langeron, émigré au service de la Russie. La capitulation de Paris venant d'être signée, le palais ne fut pas endommagé. Le 7 avril, l'état-major autrichien vient s'y installer, et y reste jusqu'au 3 juin. Schwarzemberg respecte ce beau séjour dont il a fait son quartier général, y reçoit l'empereur de Russie, le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche pendant le mois de mai et y donne, le 16, une fête brillante.
(1) Voir Alfred de Vigny. Discows de réception à l'Académie française, 1840. — Etienne, Lettres sur le théâtre. — Widscliinger, la Censure sous le Premier Empire.
RE.V0LUT10N ET EMPlUE. 179
Le palais eut, au contraire, à soutîrir de la seconde invasion. Le 2 juillet 1815, les Prussiens qui avaient passé la Seine au Pecq s'emparèrent de Saint-Cloud. Le pont ayant été coupé la veille par les Français, une vive fusillade s'engagea de part et d'autre.
Par Vaugirard et issy, où les tirailleurs échangeaient des coups de lusil,
l'invasion de 1815. — de saint-cloud a issy.
Gravure allemande, cliché Maindron.
les commissaires français se rendaient à Saint-Cloud. Dans le salon rouge, ils trouvèrent Blucher, le général Gneisnau, chef d'état-major de l'armée prussienne et le colonel Hervey qui représentait- Wellington. Les négociations furent orageuses; les étrangers se montraient hautains et exigeants; les commissaires, avec l'espoir que le général Guilleminot pourrait lutter encore avec avantage sous Paris et rejoindre l'armée du prince d'Eckmûhl, ne voulaient pas céder. L'arrivée de Wellington fit cesser les hésitations.
11 prit une note rédigée par le baron Bignon (faisant fonctions de ministre des Affaires étrangères), écrivit en marge ses observations et remit le tout
aux commissaires. En regard de l'article J2 de la note, Wellington avait inscrit : Accordé. Or, cet article concernait la sûreté des personnes. Un des commissaires cita quelques noms fort compromis, entre autres celui du maréchal Ney, demandant si l'amnistie les concernait : Cela ne i^eut faire aucune difficullé! répondit Wellington.
Le général prussien ne quitta pas Saint-Cloud sans le mettre au pillage. Il se jetait tout habillé sur le lit de Napoléon, déchirait de ses éperons les draperies impériales et laissait la meute de chiens qui le suivait partout mettre en lambeaux les livres précieux de la bibliothèque jetés sur le parquet (I). Le pavillon de Breteuil fut complètement dévasté.
Blucher avait fait mettre à l'abri certains tableaux et objets de prix qu'il voulait emporter. Quand il partit, dans ses bagages oubliés on trouva des portraits de la famille impériale et une pendule qui retrouva sa place sous le second Empire. Les envahisseurs de 1815 s'étaient contentés de piller; leurs petits-fils devaient appeler le feu à leur aide et semer des ruines derrière eux.
(i) La Libli()lliL'(|nr avait ('^li' iiislalItM' .sous Napoléon P'' dans le salon i-oU!4('. Sous la Rcslauralion, cptle pièce devint salle du Conseil: e'est là que Cliavles X si^na les Ordonnances.
CHAPITUE V
SAINT-CLOUD SOUS LES DERNIERS BOURBONS
Louis XVIII. Avènement de Charles X. — Charles X et sa famille. — Avant la Révolution. — Les Ordonnances. — DifTérenles phases de la Révolution de 1830. — Récit du duc de Cramont.