‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 47 sur 91 · LOUIS XVIII. — AVÈNEMENT DE CHARLES X · texte numérisé non relu

LOUIS XVIII. — AVÈNEMENT DE CHARLES X

Après le départ des étrangers, Louis XVllI séjourne l'été à Saint-Cloud ; mais aucun fait digne de mémoire ne se passe sous son règne dans cette résidence.

On a fait pourtant disparaître les tristes vestiges de l'invasion ; dans le parc, les réjouissances publiques ont repris dès 1815, et en septembre 1816, une voyageuse anglaise, miss Mary Berry, notera que c'est la plus belle fête du monde : « Cinquante mille personnes au moins, s'amusant de toutes les façons, mangeant, buvant et dansant ; toutes sortes de jeux et tout cela sans querelles, sans ivresse, sans endommager les magnifiques jardins du palais, même sans toucher une tleur (1) ». La conteuse ajoute même galamment : « Pour juger la nation française dans son mieux, il faut la voir dans ses plaisirs. » En 1818, on a construit des écuries pour les gardes du corps ; on a terminé et béni en 1820 l'église commencée par Marie-Antoinette ; on a tracé dans le parc une nouvelle route pour aller de Sèvres au château ; Heurtot a dessiné sur la colline de Montretout, pour les exercices et les promenades du tout jeune duc de Bordeaux, un jardin à l'anglaise sur l'emplacement de l'ancien jardin fleuriste de Marie-Antoinette.

La duchesse de Gontaut, gouvernante des Enfants de France, pour rendre ce jardin facilement accessible aux jeunes princes dont elle a la garde, a proposé de changer d'appartement le duc de Bordeaux et sa sœur, de les établir au deuxième étage, leur logement du rez-de-chaussée étant humide ; puis, suivant l'expression de Louis XVlll « de mettre un parc de niveau » avec ce second étage.

(1) A rapprocher du récit d'Aniii' Pluiiiprc cliapiiri' IV.

HISTOIRE DU PALAIS DE SAINÏ-GLOUD.

L'idée de Mme de Gontaiit rencontra de grandes oppositions à la cour ; cependant le gouverneur du palais, le duc de Castries, s'y étant prêté, on put aménager le nouvel appartement et relier le pare de Montretout avec le palais par un petit pont en fil de fer étroit (1).

Louis XVllI finit par se rendre au projet de la gouvernante et écrivit le mot

LE PARC PUBLIC KX 181o AVIÎC l.liS TUOL^PES ANGLAISES DE SERVICE. l)'.'i|ni> line c'shim|ic' a|j|i;irl('naiil :'i M. Cliii'iiior (dlidié Maiiulron).

magique : " Approuvé ». Il y mit cette condition que Montretout s'appellerait dorénavant Trocadéro en l'honneur du duc d'Angoulême et de la victoire remportée par lui.

Par la suite, le parc achevé fut d'une grande utilité aux jeunes princes et d'un grand agrément pour la famille royale qui s'y promenait sans cesse.

Les Enfants de France passaient une grande partie de l'été à Sainl- Cloud, même quand la duchesse de Berry qui aimait à voyager n'y était pas. Le comte d'Artois adorait ses petits-enfants et venait alors presque tous les

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SAINT-GLOUD SOUS LES DERNIERS ROURBONS.

matins les voir. Il y arrivait seul dans une petite voiture à quatre chevaux anglais montés par deux postillons ; les enfants le voyaient de loin, « s'en faisaient une grande joie et le recevaient avec bonheur ». La duchesse de Berry y passait souvent des matinées ; dans le cercle de la duchesse de Gontaut, elle retrouvait les dames et les aides de camp restés attachés à la mémoire de son mari, et cette société lui plaisait. La duchesse d'Angoulême, qui venait d'acheter la ferme de Villeneuve-l'Etang, dirigeait fréquemment ses promenades vers Saint-Cloud, où souvent aussi venaient jouer les jeunes enfants du duc d'Orléans. A cette époque, la maison royale vivait dans une grande harmonie, et Saint-Cloud était le lieu choisi pour ces réunions simples et familiales.

Le 12 septembre 1823, les Enfants de France sont partis en hâte de Saint- Cloud pour aller embrasser Louis XVlll, qui se mourait aux Tuileries.

Le 15 septembre, le roi expirait. Le duc de Bordeaux n'est pas surpris de la mort de son grand- oncle ; Mademoiselle s'est enquise aussitôt de son bon papa. Mme de Gontaut l'assure qu'il va venir aussitôt à Saint-Cloud et elle ajoute : (( Votre bon papa. Mademoiselle, est roi, puisque le roi n'existe plus. » Elle réfléchit, puis répéta le mot : « Roi ! ob ! c'est bien là le pis de l'histoire ! » Pour la jeune princesse, « être roi voulait sans doute dire : être roulé dans un fauteuil ».

Le jour même, Monsieur arrivait à Saint-Cloud. Il était pâle et ne dit rien à ses petits-enfants. Arrivant dans le vestibule, il s'arrêta : « Quelle chambre m'avez-vous préparée? dit-il tristement en regardant la porte de la sienne. — L'appartement de Monsieur est prêt, ainsi que la chambre du Roi. »

Monsieur s'arrête, joint les mains en silence ; puis se retournant vers le gouverneur, il dit : « Il le faut, montons. » On le suit. 11 traverse les appartements, s'arrête à la porte de la chambre royale.

Mme de Gontaut, alors, approche de lui Monseigneur et Mademoiselle ; il les embrasse. « Eux, pauvres enfants, étaient déconcertés de tant de tristesse. » Il leur dit : « Dès que je le pourrai, je vous promets d'aller vous voir. » Et se retournant, il dit aux personnes qui le suivaient : « J'ai besoin d'être seul. »

La Dauphine pleurait, la duchesse de Berry était retirée dans ses appartements. Tout était morne au château; on ne se disait rien. « Ce fut ainsi, ajoute la duchesse de Gontaut, que se passa le premier jour du règne de Charles X. »

Le 17, les princes rendirent hommage au Roi et tous ensemble ils entendirent la messe. Puis Charles X donna des audiences au duc d'Orléans, au duc de Bourbon, aux ministres, aux ambassadeurs, à l'évêque d'Hermopolis, au prince de Talleyrand qui renouvela son serment de fidélUé d'usage.

Au bout de quelques jours, après la translation du corps du feu roi à Saint- Denis, Charles X fit son entrée solennelle à Paris (le 27 septembre) : « De Saint- Cloud à Notre-Dame, de Notre-Dame aux Tuileries, le Roi fut escorté d'acclamations, de signes d'approbation et d'amour », écrivait la duchesse de Berry à la duchesse de Contant le soir même.

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