‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 50 sur 91 · DIFFÉRENTES PHASES DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

DIFFÉRENTES PHASES DE LA RÉVOLUTION

Le lundi 26 juillet, quand les hôtes deSaint-Cloud se réveillèrent, aucun d'eux, sauf Charles X et le Dauphin, ne soupçonnait les Ordonnances que le Motiiteur allait leur faire connaître. Le Roi et le duc d'Angoulême devaient chasser à courre dans la forêt de Rambouillet et s'y rendirent en effet; le duc de Bordeaux et sa sœur étaient attendus à Versailles où ils visiteraient une manufacture ; ils devaient ensuite dîner au Petit-Trianon avec les personnes chargées de leur éducation. Avant de partir pour la chasse, Charles X embrassa ses petitsenfants; il avait un air préoccupé et une expression de mélancolie qui n'échappa pas à la duchesse de Gontaut.

Hardiment, avec le courage que lui donnait son dévouement, elle posa des questions au Roi et, sur l'aveu que lui faisait Charles X d'avoir signé les Ordonnances et dans quel but, elle s'écria en joignant les mains : « Nous voici donc arrivés au moment redouté, celui d'un coup d'État, ce premier pas du ministère Polignac, et quel moment choisir! )> Le vieux Roi devint nerveux : « Vous avez bon cœur, je vous l'ai dit cent fois; mais trop vive, vous vous laissez monter la

HISTOIRE DU l'ALAIS DE SAliM-CLUUD.

tête ! » Ce qui n'empêcha pas lu duchesse de continuer, après en avoir demandé l'autorisation au souverain. « Le Roi, dit-elle, en signant les Ordonnances, n'a-t-il point violé la Charte donnée par son auguste frère, adoptée par lui-même? » — Et le Roi, gêné, de répondre : « Non, je vous le jure sur ma parole d'honneur; je ne le crois pas, ou du moins ils me l'ont assuré, car l'article i \ de la Charte me donne un pouvoir positif de gouverner par Ordonnance en cas d'urgence. — Urgence ! Le Roi en est-il là ? — En pouvez vous douter?» Rompant l'entretien, Charles X terminait par ces mots d'une inconcevable quiétude : « Calmez-vous, jouissez de cette journée. Moi, je vais la passer à Rambouillet; ainsi vous voyez que je suis parfaitement tranquille sur le résultat des mesures dont je viens de vous parler. » Le Roi embrassa les jeunes princes, leur dit de s'amuser, d'être sages, leur donna rendez-vous ])0ur le lendemain. Encore une fois il dit à la duchesse : « Tout ira bien, calmezvous. »

Pendant que Charles X se rend à lâchasse, Paris apprend la nouvelle.

Vitrolles l'a sue par le prince Paul de Wurtemberg qui est entré précipitamment dans sa cliambre à neuf heures du matin en lui jetant ces mots : « Avezvous lu le Monllcur ? » Le prince allemand était consterné, prévoyant la plus grosse catastrophe. Vitrolles était inquiet, mais ne le laissa pas voir; il se contenta de répéter le mot de Catherine de Médicis : « Rien taillé... maintenant il faut coudre. "

L'émotion n'a pas éclaté rapidement. Le M())i}leitr n'est lu ([uepar les fonctionnaires, et les autres journaux ne font pas allusion aux Ordonnances. D'abord donc, les masses populaires ne se sont pas agitées. Dans la bourgeoisie, au contraire, grand émoi qui se concentre à la Rourse. La rente baissait de 4 francs, ce qui prouvait le grand mécontentement des classes riches et du monde linancier, mais n'indiquait pas un soulèvement du peuple. Les affaires n'étaient pas interrompues; les cafés étaient pleins; même une fête populaire à la Yillette avait attiré une foule énorme. Le prince de Polignac se montrait rassuré, répétant comme auparavant: « Paris ne bougera pas. »

Le maréchal Marmont à qui, en cas de troubles, incombait la mission de rétablir l'ordre se trouvait le lundi matin à Saint- Cloud où il faisait son service de major général de la garde royale. N'étant au courant de rien, le duc de Raguse voulut au moins lire le Moniteur qui contenait les Ordonnances et l'envoya demander chez le duc de Duras, premier gentilhomme de la Chambre. Le duc lit répondre que, le seul exemplaire arrivé à Saint-Cloud se trouvant dans le cabinet du Roi, il ne pouvait le communiquer à personne. Force fut à Marmont

SAINT-CLOI D SOUS LES DlvUPsIKHS BOl RBOxNS.

de se rendre à Paris pour prendre connaissance du journal ; son étonnement fut d'autant plus grand à la lecture des Ordonnances que M. de Polignac avait, dans la nuit du samedi au dimanche, donné sa parole qu'il n'y aurait point de cou}) d'État. Selon le président du conseil, il est vrai, les Ordonnances constituaient non point un coup d'État, mais une application légale de l'article 14 de la Charte.

Tel n'était pas l'avis du parti lihéral et des journaux de l'opposition. Les parlementaires confèrent, les hommes d'action se préparent à la résistance. Déjà, quinze jours avant les Ordonnances, s'était tenue chez le duc de Broglie une réunion à laquelle assistaient entre autres MM. Molé, Guizot, Dupin, Casimir Périer, Sébastiani ; on y avait décidé que si le gouvernement portait atteinte aux libertés publiques, on refuserait l'impôt. La partie était devenue belle ; on ne devait pas s'en tenir à une résistance économique. Des réunions s'organisaient dans les cercles politiques ; les rédacteurs des journaux s'assemblaient d'abord chez M. Dupin aîné, puis dans les bureaux du National et chargeaient M. Thiers de rédiger une protestation qu'ils signèrent au nombre de quarante-quatre et dans laquelle on remarquait cette phrase de rébellion : « Le régime légal est interrompu, celui de la force commence, l'obéissance cesse d'être un devoir. Nous résisterons en ce qui nous concerne. A la France de voir jusqu'où doit s'étendre sa propre résistance. »

M. deBelleyme, président du tribunal civil et l'un des deux cent vingt et un, s'était arrogé le droit de rendre un référé autorisant ù imprimer les journaux malgré les ordonnances royales. Forts de cet appui aussi opportun que peu régulier, les journaux publièrent dès le lendemain la protestation rédigée par M. Thiers. Elle devait faire éclater la fermentation populaire restée latente pendant vingt-quatre heures.

On avait bien jeté quelques pierres dans la voiture du prince de Polignac au moment où il rentrait du ministère des Affaires étrangères; mais une charge faite par le poste de gendarmerie avait suffi pour dissiper l'attroupement. Informé de la baisse des fonds publics, Polignac s'était écrié : « Ce n'est rien, la rente remontera. Si j'avais des capitaux disponibles, je n'hésiterais pas à en acheter. »

Le soir, Paris était encore calme : on dansait aux bals de barrière ; les théâtres étaient combles ; des allusions hostiles au gouvernement et saisies au passage étaient toute la manifestation de l'opposition. Les ministres dont c'était le jour de réception voyaient leurs salons remplis de visiteurs qui venaient saluer ceux qu'ils croyaient les vainqueurs. Le comte Guernon de Banville a raconté que des hommes jusqu'alors considérés comme libéraux le félicitaient du parti pris par

202 IIISTOIKE DU PALAJS DE SAINT-CLOUD.

le ministère et disaient hautement que c'était Je seul moyen d'en finir avec les révolutionnaires.

Le lundi soir, le peuple n'avait pas bougé tandis que les libéraux, c'est-à-dire les amis avoués ou latents du duc d'Orléans, étaient prêts à se soulever et à donner le branle de la j^uerre civile. Louis-Philippe n'avait pas encore pris de parti. S'il n'alla pas à la rencontre de Charles X rentrant à dix heures et demie de Rambouillet, il n'avait pas non plus donné de gage à la Révolution. Partagé entre son devoir et ses secrets désirs, il attendait. Ne se brouiller pour le moment ni avec le lioi ni avec les meneurs de la Révolution, tel était son plan. Il se réservait.

Le lendemain matin, le duc d'Orléans était aussi perplexe: quelle serait l'issue de la lutte? Quand le précepteur des jeunes princes lui demanda s'il devait conduire le duc d'Aumale et le prince de Joinville à l'école de natation du quai d'Orsay, il répondit sans hésiter : « Pourquoi pas? mon frère Montpensier y est bien allé le 10 août. » Son calme pouvait s'expliquer, car alors il n'était guère (juestion de lui. ■

A Paris, le mouvement a^ait commencé dans les imprimeries; la cessation brusque du travail jetait dans la rue une foule d'employés et d'ouvriers; la grève s'organisait en attendant l'émeute. Une grande animation régnait partout, mais on n'avait pas encore de plan de bataille. On criait et on buvait; on criait bien : « Vive la Charte! A bas les ministres ! A bas les Ordonnances ! » mais on ne criait pas : « A bas Charles X! » ou « Vive la République ! » ou (( Vive l'Empereur! » Encore bien moins « Vive le duc d'Orléans! » dont le nom n'était prononcé nulle part. De ceux qui s'agitaient, les uns étaient bonapartistes, les autres républicains ; l'idée de remplacer un Rourbon par un autre Rourbon ne venait à personne : la « formule orléaniste » n'existait pas.

Les bourgeois allaient encourager la lutte sans y prendre une part bien active; les Thiers, les Rérard, les Mignet, tout en ne parlant que de résistance légale, excitaient les prolétaires tandis que d'autres députés libéraux, (Casimir Périer en tête, et des journaux timides comme le Constitulminel et le Journal des Débats, par peur de la démocratie, parlaient un langage prudent et modéré.

Le prolétariat s'étant jeté à l'aveugle dans une lutte dont il espérait des résultats ; la bourgeoisie le fit marcher et recueillit les fruits destinés à d'autres. Ceci, remarquera-t-on, n'est pas particulier à la Révolution de 1830!

Pendant ce temps, comment le gouvernement royal s'était-il préparé h dénouer ce qu'il appelait une crise? Pour Charles X, pour M. de Polignac, la solution de

SÂJNT-CLOUD SOUS LES DERNIERS BOURBONS. 203

cette crise passagère ne pouvait être douteuse, et en prenant de tardives mesures de prudence ils pensaient couper court à toute difficulté.

Ils avaient si peu prévu que les Ordonnances pussent susciter des résistances

i.A Ducmcssi: de ukrry et ses enfants.

Dessin (!p ièrc IS3i. (CnlIecLion Fleui'v).

armées que la garnison de Paris n'avait pas été renforcée. Or, ces troupes dont l'effectif était à peine de dou/.e mille hommes (1) n'avaient ni vivres ni munitions.

Cette pénurie d'hommes était un atout déplus dans le jeu des libéraux prêts à lever le drapeau de l'insurrection. On se le confiait à l'oreille à Saint-Clond, dans la matinée du 27 juillet. Le maréchal Maison, qui était accouru dans le hut

(I) 1 1 .'iOO, cliilTrc oxarl. Voir lii Carde Royale en ISSO. \yàv un oflicior (rétat-niajor. Dontii. IS:î(i.

apparent de montrer son zèle au Roi, apprit aussitôt la méprise du ministre. Avec un empressement qu'on ne saurait ne pas blâmer, il se rendait en toute hi\le à l'hôtel Laffîtte où « il fut écouté avec joie par une assemblée qui dès ce moment devint le centre de l'insurrection répandue par toute la France ». Sans prononcer, comme la duchesse de Gontaut, les gros mots de lâche ingratitude et de trahison, on ne saurait taire que cette révélation aux ennemis du Roi constituait un manque absolu de délicatesse et était propre à stimuler l'audace des opposants, ceux-ci devant puiser la hardiesse de leur attaque dans la faiblesse numérique de ceux-là.

Pour comble de malheur, Charles X investit le duc de Raguse du commandement supérieur des troupes de la première division militaire : « C'était s'appuyer sur la mauvaise fortune », a écrit Chateaubriand. Le choix était funeste au premier chef. Jamais l'armée et le peuple n'avaient pardonné au maréchal la fatale défection d'Essonnes ; les vieux soldats de l'Empire avaient inventé le mot de llaijumde pour en faire le synonyme de trahison. L'infortuné maréchal connaissait son impopularité et prévoyait son impuissance ; très opposé aux Ordonnances, il n'obéit que la mort dans l'âme aux ordres de son souverain. Hanté des plus sombres pressentiments, il s'écria : « C'est la plus cruelle épreuve que j'ai faite de la fatalité qui s'attache à moi. » L'homme qui avait été accusé — non peut-être sans raison — d'avoir perdu l'Empire allait perdre la Restauration.

En apprenant la nomination du duc de Raguse, la foule hostile qui commentait les articles du National (paru malgré les Ordonnances) poussait des cris d'indignation. Les vétérans de l'Empire allaient faire cause commune avec les libéraux et s'insurger contre le gouvernement.

Houleuse au début, la première journée se terminait assez paisiblement; les barricades avaient été détruites dans les rues de l'Échelle et du Duc-de-Bordeaux. Malgré les mandats d'amener lancés contre les signataires de la protestation des journalistes, le gouvernement n'agissait pas : M. Thiers pouvait se cacher à Montmorency... et le drapeau tricolore faisait son apparition sur le quai de l'Ecole. Le talisman était trouvé pour le lendemain. Et pourtant, ce soir-là, les libéraux réunis chez Casimir Périer étaient découragés tandis qu'au ministère des Affaires étrangères et à Saint-Cloud on se félicitait mutuellement.

Charles X se couchait rassuré (1). Les partis veillaient ; la Révolution éclatait le lendemain...

(l) Le Roi se faisait les j.lus grandes illusions sur I.- duc d'Orléans. On connail sa .-ouversalion de ce jour-là, même avec Mgr Lambruscliini nonce du pape. L'entretien se terminait par ces mois : » Lors(iue vous verrez le duc d'Orlf^ans usurper la couronne, je vous autoriserai à croire et à dire que Cliarles X était un

vieliv liiU ! >>

SAINT-CLOl l) SOI S LES DERNIERS ROURBONS.

Nous n'avons pas à suivre heure par heure à Paris ces deux journées du 28 et du 29, où sombra la royauté : comment l'émeute est devenue révolution; comment la population de Paris s'est soulevée ; comment la petite troupe royale ne put tenir tête au peuple armé ; combien les défections furent nombreuses et comment Charles X fut abandonné de beaucoup de ceux sur lesquels il croyait pouvoir compter; combien Marmont fut insuffisant; comment le Roi, après avoir déclaré l'état de siège, s'est décidé à retirer les Ordonnances en appelant le duc de Mortemart au ministère ; comment les libéraux ont répondu : « Trop tard » et ont déclaré le trône vacant ; comment Charles X et le duc d'Angoulême ont abdiqué, confiant le duc de Bordeaux au duc d'Orléans nommé lieutenant général du royaume ; comment les libéraux ont enveloppé Louis-Philippe et l'ont fait renoncer à ses derniers scrupules ; comment ils ont hésité entre la République et une royauté constitutionnelle ; comment Lafayette^ à qui on offrait la présidence du gouvernement, résolut d'être « le patron populaire du duc d'Orléans », non son rival; comment, à l'Hôtel de ville, il donna un drapeau tricolore au duc d'Orléans et s'avança avec lui sur le balcon ; comment il embrassa le prince aux yeux de la foule ébahie, tandis que celui-ci agitait le drapeau national ; comment « le baiser républicain de Lafayette fit un roi » : ce sont là choses connues dans les lignes générales et dont le récit — si intéressant qu'il serait — nous entraînerait beaucoup trop loin.

Parce qui précède le lecteur estsuffisanmient renseigné sur les événements qui ont motivé la résistance, puis déchaîné et précipité la Révolution. A l'aide d'un récit qui a la saveur de l'inédit, récit d'un témoin oculaire, le duc de Gramont, serviteur fidèle de la famille royale, nous allons revivre les dernières heures passées à Saint-Cloud par le vieux Roi et sa famille. Nous épargnerons ainsi au lecteur de trop longues narrations de guerre civile. Nous nous épargnerons à nous-même une assez dure appréciation du rôle de ceux qui avaient déchaîné cette Révolution dont devait profiter un nouveau Guillaume d'Orange.

RÉCIT DU DUC DE GliAMONT (l).

Mercmli 28 juillet. - Paris fut déclaré en état de siège, par suite d'une décision prise au conseil.

Plusieurs personnes dévouées accoururent à Saint-Cloud, peignirent au Roi la situation de Paris et insistèrent sur la nécessité d'avoir recours aux plus prompts remèdes. Les ministres demandaient à être sacrifiés et que leurs actes fussent condamnés ; mais le souverain, qui ne jugeait pas le danger aussi immineni, tint à Ijonneur de les maintenir, et leur commanda de ne pas l'abandonner.

(1) Archives de M. le duc de Lesparre.

HISTOIRE DU l' ALMS DE SAINT-CLU l D.

Le duc de lUif^use donnait seul les oï dics et dirigea toutes les mesures, d'abord faibles et trop lony lemps répressives, puis hostiles, dont nous devions déploi'er les inutiles et funestes résultats.

Cet homme (|ui, avec un talent incontestable, n"a marqué sa carrière militaire que par des désastres, fut encore, dans cette ciironstance, poursuivi pas le malheur. Un désoidre complet l'égnait dans son état-major, et son plan d'attaque se ressentit de la fatalité qui s'attachait à tous ses actes. Son cœur oppressé, combattu par des sentiments de devoir et d'humanité, d'anioui' de la l'atrie et d'anVctueux attachement à la personne du Roi, à qui il était redevable de tant de bienfaits, fut au-dessous des événements et perdit à la fois toutes les qualités que les ciiconstances réclamaient ini|iérieusement.

Le Koi ne recevait que rarement des nouvelles de Paris : il se plaignait amèrement de l'ignorance dans laquelle on le laissait et se décida à envoyer une personne de confiance au luaréchal jiour l'inviter à faire |iartir un aide de camp d'heure en heure, qui fut porteur d'un rapport circonstancié sur la mai'che des événements. Le Roi était si isolé, on trouva si peu d'empressement parmi les officiers de sa maison, que ce fut moi, attaciié à M. le Daujibin, (ju'il chargea de cette mission. Dès lo]-s on conunencia à avoir une connaissance exacte des progrès du mal, et l'effroi ébranla encore ilavanlage le dévouement chancelant de toute la cour.

Les gardes du corps seuls ont tenu tète au malheur et sont restés fidèles jusqu'à ce que la terre eût manqué sous leurs pieds. — Homieur à de pareils hommes! Mais quelle que soit la dynastie ap|)elé(' à régner sur la France, (|u elle sache ([ue le dévouement, la foi des serments et l'honneur (pii s'y rattache sont nuls maintenant ; l'intérêt entre seul dans les calculs des hommes.

M. le comte d'Argout, pair de France, et le marquis de Sémonville ari'ivèrent en déiiulation pour >u|iplier le Itoi de prononcer le retrait des Ordonnances et le changement de ses ministres. Le Roi, il faut le croire, prévoyait sa chute inévitable. La connaissance qu'il avait des menées qui avaient piéparé ces événements ne lui en laissèienl aucun doute; il regardait comme inutile une mesure (ju'il ne croyait [>ouvoir- satisfaire et il s'y refusa jusqu'à ce que les nouvelles, ])renantà chaque quart (l'Iieur'e un caractère de gra\ ilé, dont cependant il ne pouvait se persuader, il céda, mais trop tard, aux instances de tous ceux (|ui renlouraieni, et nomma M. le duc de Morlemart premier ministre, chargé, de concert avec MM. le général Cérard et Casimir Périer, de formel' un ministère conforme aux Vieux de la ca[)ilale...

Le Jeudi 29 Juillet. — Le maivchal Marmont se crut obligé d'évacuer les Tuilerii'S et de se l'etire]', par les Chani|>s-Elyséeset le bois de l'.oulogne, sur Saint-Cloud. Celte retraite fut plutôt une fuite, et les Suisses en donnèrent le signal ; c'est avec peine (|ue l'on parvint à rétablir- l'ordic dans cette troupe démoralisée el, dès ce jour, il ne fut plus possible de comptei' sur elle [lour former une xigoui'euse résistance. CependanI, (piehiues heui-es avant celle funeste déterminalion, le maréchal avait encoi'c dit ([u il tiendrait quinze jours dans les Tuileries et le Louvre, que rien ne |iouiiail l'engager à abandonner ce poste important ; en effet, l'évacuation du Louvre et des Tuileries lit penchei la vicloire en faveur du ])eu|de qui, jusipi alors, avait été contenu par la résistance que la Carde lui opposait. Quel(|ues heures de plus eussent donné le temps aux émissaires du roi de pénélrei" dans Paris el de s'entendi'e avec les chefs des insurgés.

Tel fui le lésultat de deux journées de combat, pendant lesquelles la Garde donna les preuves du jilus grand dévouemeni et d'une intrépidité à toute épi'euve. La troupe de ligne a iiarlout trahi ses devoirs el l'exemple de (piel(|ues officiers supérieurs el aulL'cs <le lout grade ne put enti'aîner les masses, depuis longlenqjs cori'omjmes.

Les ex-ministres, sorlis les derniers de Paris, aii i\ èi-ent à Saint-Cloud en voiture, escortés par deux escadrons de lanciers; la valeur que ce régimeid avait déployée pénétrait d'admiration ceux ([u; combattaient coidre lui; jilusieurs ofliciers avaieiU succombé sous le feu des lâches qui se cachaient pour ajuster leurs victimes, mais le courage et le dévouemeni de ces bi^aves le soutinrent jusqu'à la lin.

M. le Dauphin luonla à che\al sur les deux heures |iour aller au devant des troupes qui se retiraient de Paris par le bois de Boulogne. 11 se porta jusipi'au rond-point dit de Morlemart, où il vil (léliler toute la Carde sous ses yeux. Le bruit se répandit aussitôt que le lîoi avait abdiqué en sa faveur, et cette nou\elle parut être accueillie avec transport; mais, à Paris, il n'était plus temps. La populace effrénée et encouragée par la victoire ne voulait plus rien de ce qui existait. Six heures plus tôt, celte nn>sure aurait conservé la couronne à la branche ainée des Bourbons : c'est ainsi que, faille de viivoir se décider dans les grandes occasions, un Itoi perd son Royaume, pour lui et ses

SAINT-CLOUIJ SOUS LES DERNIERS BOURRONS

<lescen(lants, et entraîne dans sa chute tous ceux dont l'adversité n'éteint pas les scnlinienfs de reconnaissance et de loyauté.

... Le Roi fit dire à M. le Dau[)liin d'aller au-devant de la Garde et de lui rendre coiMple des dispositions d'esprit et de discipline dans lesquelles il la trouverait. A peine le Prince eut-il traversé le village de Boulogne qu'il rencontra l'avant-garde des troupes fort en désordre et donnant des preuves d'insubordination non équivoque, quoique accompagnées de protestations de dévouement les plus énergi(iues. De tous côtés, les militaires criaient à la trahison et signalaient hautement par son nom celui qu'ils soupçonnaient.

Le Dauphin prolongea sa mai'che jus(iu"au rond-point de Mortemart et y rencontra le général Talon, suivi peu après du duc de llaguse, (|ui s'élait tenu à l'arrièi e-garde. Le général Talon, s'adressant alors à M. le Dauphin, offrit à So7i Altesse Royale, sans autres troupes que celles sous ses ordres, de marcher de nouveau sur le château des Tuileries, qu'on n'aurait jamais, dit-il, dii abandonner, d'en chasser ceux à qui on l'avait livré et de s'y maintenir aussi longtemps qu'il lui serait donné des vivres, ne ])0uvan[ morceler son cor|)s, déjà peu nombreux, ])our en faire jii'endre dans la ville.

Le Dauphin échangea (iuel([ues pai'oles avec le duc de Itaguse, puis alla aussitôt trouver le Roi et lui rendre compte de ce qu'il avai^ vu et observé.

Lorsque la Garde fut arrivée à Saint-Gloud, elle occupa différents bivouacs autour du château. Le Roi donna le conunandenu^nt de toutes les troupes à M. le Dauphin, qui en fit informer le duc de Raguse avec tous les égards qui étaient dus au dévouement dont il paraissait avoii- fait preuve dans ces journées de triste mémoire.

M. le Dauphin nomma le maréchal de camp aide-major général baron Greisseau son chef d'état-major; le lieutenant général baron Vincent reçut aussi un commandement; le général comte Alexandre de Girardin, dont les conseils énergiques et éclairés auraient pu être suivis avec succès, lit preuve d'un dévouement absolu. Au milieu de lant.de défections, ces trois généi'aux, que le zèle seul appelait à Saint-Gloud et qui n'étaient pas dé service, tinrent une conduite (|ui fut l'exemple de l'honneur et .de la fidélité. Puissent-ils servir d'exemple à l'armée àla(|uelle sera conliée dans l'avenir la sécurité de l'État!

Le Prince s'occupa aussitôt de faire délivrer des vivres à la troujte (jui fut abondamment |iour\ue dans l'espace de deux heures, tant par les cuisines <lu Roi <pie pai' les ré(piisil ions faites dans la \ ille de Saint-Gloud.

Le général comte Bordesoulles, ([ui commandait la première division de cavalerie de la (iarde royale, fut envoyé avec tous ses escadrons et de l'artillerie à \'ersailles, pour occuper cette ville et \ maintenir l'ordre; il n'osa pénétrer au delà de la barrière et fit bivouaquer sa troupe sur la grande route. Get officier général, attaché à la personne même du Prince, faisant partie de sa maison, comblé des bienfaits du Roi, s'était fait connaître avantageusement à la guer re, mais montra jieu de zèle et peu d'énergie dans cette occasion.

Les débris des différents régiments de ligne, conduits parleurs colonels et composés de quelques hommes par bataillon qui n'avaient pas encore abandonné leurs drapeaux, ainsi que des officiers de tout grade que l'honneur retenait -encore, quoique faiblement, furent chargés d'occuper les postes aux environs du parc; mais on ne tarda pas à apprendre leur entière défection, ce qui ajouta à l'inquiétude et à l'abattement de tous ceux qui entouraient la famille royale.

Ges militaires, désafectionnés pour tout ce qui soutient l'honneur de la discipline dans un soldat, encore plus bourgeois sous les armes que militaires dans leur-s foyers, ne tardèi'ent pas à déserter par bandes, à décharger leurs armes avant de les casser et de les jeter dans les bois, ou de les céder aux habitants qui, peu après, s'en servaient contre eux et leurs camarades, (^ela donna lieu à une assez vive fusillade et fut cause qu'il y eut, ce jour-là, plusieurs alertes au château (11.

(1) « L'apparition des éracuticrs si près du Château, et le peu de troupes qui restaient uu posie de la Garde royale, donnèrent au Roi l'idée de faire venir à Saint-Cloud les élèves de l'Ecole de Sainf-Cyr, accompagnés fies officiers qui les commandaient et de leurs canons ; ils arrivaient dans l'après-dînée do ce jour.

Rien ne fut plus touchant que le moment où le Roi, venant près d'eux, leur confia la garde du due de Uordeaux : «Veillez sur ce précieux enfant, leur dit-il; un jour, j'espère, il sera votre Roi et saura apjirécier votre jeune dévouement ». Les élèves enthousiasmés firent retentir jusqu'au ciel les cris de : « A'ive le Roi ! Vive le duc de Bordeaux I » Il passa dans tous les rangs ; son noble cœur aussi battait de bonheur de se voir entouré de cette réunion pure et loyale qui aurait défendu son prince au |)éril de sa vie si la politique lui en eût laissé le temps » (Mémoires de la duchesse de Gonlaul, p. 3^9).

.M. Il' Dauphin, vu sujet. Jidèh- et lîls soumis avf'uj;lénienl à l autorité paternello, ne reçut et ne prit (ju a leur arrivée à Saint-Cloud le comuiandenient des troupes, ([u'il avait depuis longtemps sollicité, ainsi que l'honneiu- de partager les dangers auxquels elles avaient été exposées. Les ministres, en conseil, avaient également supplié le Roi de mettre son fils à la tète de l'armée; mais Sa Majesté s'y refusa toujours, jusqu'à ce qu'il fut trop tard pour que cette faveur pût être de ([uelque utilité; le mal était fait, les jirogrès immenses, le danger ])assé, et la présence du PrincC) (|ui dans d'autres temps avait su électriser le courage et le zèle du soldat fran(;ais, avait maintenant ])erdu sur lui toute son influence.

Dans l'atlente des nouvelles de Paris, ou faute d'ennemis à combattre, il y eut un instant de calme et d'ellVoi. L'attention, au château de Saint-Cloud, fut excitée jtar un incident dont personne n'a pu retracer l'origine. Une compagnie des gardes du corps, sans avoir reçu d'ordre, mais comme par instinct, est spontanément montée à cheval et s'est formée en bataille dans la cour du Château s al tendant à recevoir l'ordre d'aller cherchei' M. le duc d'Oi'léans à IVeuilly et de l'escorter jusqu'à Saint-t^oud : mais ce dernier avait eu soin de s'éloigner de Neuilly et de laisser ignorer où il s'était rendu. Messieurs les gardes du corps en lurent informés et ils rerdrèrent aussilcM à la caserne, fori mécontents que leur zèle n'eiit pas été mis à l'épreuve.

Dans l'après-midi. Son Altesse Royale envoya un ordre du jour à M. le maréchal Marmont, en l'invitant à le faire connaître aux (njupes le soir même, (^et ordre tendait à lran(|uilliser la Garde sur les fauxbruils que l'on faisait courir, ainsi que sur les inipiiéludes (]ui se ré[)andaient dans tous les corps.

Je ne sais par quelle fatalité cet ordie ijue le maréchal était chargé de faire connaître aux troupes resta enseveli dans ses papiers, et qu'il en substitua un autre signé de lui, sortant de ses liureaux, rédigé dans un sens pi'opi'e à effectuer plus rapidement encore la défection des troupes lestées tidèles. Le zèle et le dévouement admirables des ofliciers généraux de la Garde en furent lellement alarmés, ([u'ils se présentèrent aussitôt cliez M. le Dauphin pour soUiciter la l'évocation de cet ordre qui, suivant eux, devait achever l'entière défection des troupes.

Son Altesse Royale, justement irritée de cet acte inouï d'insubordination et des funestes conséquences qu'il pouvait avoir, à l'instant où il élail si inqjortantde maintenir le plus longtemps possible les troupes fidèles, enxoya chei'cher le maréchal et, dans un de ces moments d'impatience contre lesquels les Princes devraient toujours être en garde, l'accusa mainlenani d'axoir trahi ses devoirs et lui fit signe de l'accompagner dans son salon.

Les aides de camp du Prince ayant remarqué son air ollensé, ainsi cpie l'émotion du maréchal, eurent soin, en cas d'événement trop facile à prévoir, de laisser la porte entrouverte ; les gardes du corps, qui ajipréliendaient également ({uelque éclat, s'étaient ])OSlés sous les armes, près de la porte. Le jirince, se trouvant seul a\ei- le maréchal, lui présenta l'ordre du jour, revélu de sa signature, ([u il a\ait substitué au sien et, d'un ton véhément, l'accusa de nouveau d'avoir- Iralii le Roi, puis lui ordonna de rendre son épée. Le maréchal, surpris el iri ité, répondit avec fierté : « Un maréchal de France ne rend pas son épée : il faut la lui prendre] » Le Dauphin s'avança pour le faire, lor-sque l'attitude du maréchal lui ))araissant annoncei' (|uel(|ue résistance, il se précijiita sur lui jjour s'en emparer; mais le maréchal, en tenant la poignée dans lintenLion probable de la remettre au Dauphin, malgré le refus qu il en avait fait d'aliord, le Prince ne put saisir que la lame et eut deux doigts de la main droite coupés assez profondément pour inonder aussitôt la chambre de sang. Plus (jue jamais convaincu que le duc de Raguse cherchait à se défendr-e, le prince lui mit son autre main sur la hgure et le lenversa sur' le panjuet. Ce fut alor-s que les aides de camp de Son Altesse Royale, attirés par le bruit, pénétrèi'ent dans le salon, les séparèi-ent et que, par ordi'c du Dauphin, le maréchal fut arrêté et conduit chez lui par un br-igadier et deux gardes du corps, avec oi'di-e de tenir les arrêts. Cette scène ne dura que peu de minutes.

Le Roi, instruit de ce fâcheux événeiuent, me lit appeler auprès de lui et me cliar'gea d'arr-anger cette triste afl'aire avec son fils. Puis il envoya chercher le maréchal, auipiel il rendit lui-même son épée en l'invilantà se rendre auprès de M. le Dauphin, à se réconcilier avec lui et à étouffer dans son germe une affaire qui pouvait avoir de fâcheux résultats. Cependant, une heure après, ce fut connu dans tout Paris. Le maréchal, après quelques hésitations, reçut un ordre auquel il se soumit et dit au Roi : « // ny a pas de sacrifice que je ne fasse, Sire, au dévouement et à la reconnaissance que je porte à Votre Majesté. Ces trois journées en sont une terrible preuve », faisant allusion à son acceptation à conlre-C(eur d'un commandement dord, en ell'et, il s'élait très mal ac(|uitté. C'est ainsi ([ue, jusqu'à la fin, la destinée du duc île Ragusi' poi'le le cachel de la fakilité.

SÂINT-CLOUD SOUS LES DERNIERS BOURRONS

En sorlaiit de chez le Roi, le inarérlial eut besoin d'un inslanl de repos, pour se renie! (re de la secousse qu'il venait d'éprouver et du combat que se liviaient en lui tant de sentiments opposés. Lorsqu'il fut en état de me suivre, je le conduisis auprès de M. le Dauphin, déjà prévenu de son arrivée, après lui avoir communi([ué les ordres de son père. Il releva le duc de llayuse qui s'étail incliné devant lui et lui dit, en lui ouvrant les bras : « Monsieur le 'maréchnl, fai. eu des torU : einhrasuom-mu» l » La l'éconcilialion eut lieu aussitôt et cette scène rendue si différemment suivant l'esprit de parti, tut suivie si rapidement d'événements désastreux, qu'elle ne tarda pas à èire complètement oubliée (1).

Le lendemain matin vendredi, MM de Sémonville et d'Argout partirent enlin de Sainl-Cloud, où ils altendaieni- depuis la veille une décision quelconque pour se rendre à Paris; ils étaient porteurs de paroles de paix el munis des pouvoirs nécessaires pour la conclure. En traversani les postes que les troupes occupaient, ils leur annoncèrent que les négociations allaient reprendre et que tout serait fini le lendemain. Mais M. de Mortemart, nommé ministre la veille, pour des motifs qui restèrent inconnus, ne partit pour Paris que beaucoup plus tard; mal informé sur la sécurité delà i^oute, il prit un chemin détourné qui le retarda encore et ne put arriver au rendez-vous où Ton devait traiter des destinées de la France. Il fut encore ralenti dans sa marche pardes bruits répandus à dessein et qui annonçaient qu'un parti nombreux de républicains venail an-devani de lui pour s'emparer de sa personne et le détourner de ses projets. 11 eut la faiblesse de le croire, changea ih» route, pénétra dans Paris par un chemin détourné et, enfin, arriva une heure trop tard. Les chefs assemblés de la conspiration, impalienis d'attendre si longtemps, ou plutôt, ne pouvani davanlage retenir le peuple impatient de marcher, furent obligés de se séparer, et c'est ainsi que la chute d'un trône fut décidée par un retard d'une heure.

11 est probable que les négociations entamées n'auraient jamais pu rétablir le gouvernement du Roi .tel qu'il était; mais il n'eût pas été culbuté aussi rapidement, la légitimité n'eût pas été proscrite et les institutions constitutionnelles, pai' cela même qu'elles ne sont qu'un système de transactions matérielles entre le Roi, le peuple et les classes supérieures de la société, auraient pu se soutenir el établir entre tous une part égale de droits et de liberté.

Des insurgés, dont les émissaires pénétraient jusque dans le château du Roi, avaient connaissance de la défection des troupes et de la démoralisation qui s'était répandue dans la Garde, el de battus qu'ils étaient la veille, ils se considérèrent vainqueurs et refusèrent tout accommodemenl.

Thiers et Mignet, dont les noms écrits en lettres de sang seront désormais le signal de loule révolution, ne pensaient (ju'à exécuter la grande œuvre à laquelle, par des écrits en tout geni'e, ils travaillaient depuis si longtemps, et jugeant que le fruit élait mûr, ils prononcèrent pour la i)remière fois le nom de M. le duc d'Orléans.

Pendant ce temps le Roi, convaincu que le consenlement ([u il a\ail lardi\ cnient doTuié aux propositions qu'on lui avait faites la veille rétablirait l'ordre et la tranquillité, assez à temps encore pour avoir recours aux mesures ([ue les circonstances commanderaient, attendait [patiemment et aveuglément le retour de M. de Mortemart et s'ôtait ainsi tout moyen de résistance à l'horrible projel tramé contre lui et la dynastie.

Les généraux Talon et Sainl-Chainans, dont les noms ne seronl jamais [trononcés sans rendre hommage à leur belle conduite, occupaient avec leurs brigades, l'un le pont de Saint-Cloud et la ville, l'autre le parc d'en bas, et communiquaient avec le général Saint-Hilaii'e, qui défendait le pont.de Sèvres. Le généi'al P>altliazard avait, avec sa brigade, pris position en airière du (lont de Neuilly, dans la direction de Saint-Gloud, et défendait le passage de la rivière.

Pour occuper une position aussi peu militaire, aussi étendue, d'où l'on ne pouvait se retirer (ju'au milieu des défilés et des bois dont elle est entourée, il eût fallu un corps d'armée considérable.

Les troupes fatiguées, mal nourries, avaient reçu un mois de solde à tilre d'indemnité, dont elles ne voulaient faire aucun usage, pour acheter des denrées ([u'elles auraient pu facilement se procurer dans un autre temps. Mais, effrayé des apprêts d'une guerre civile, cha([ue soldat gardait son ai'gent pour s'acheter des habits bourgeois et se rendre chez lui sans être reconnu.

Ils ne lardèrent pas à se débander, et dès lors, il fut jugé impossible de rester à Sainl-GInud sans compromeltre la sûrelé de la famille royale et le départ fut résolu.

(1) Ci; n;oit, à |)rii de diMaiis ]>vr^. corr-oliori' ci'lni ili' Mariiionl.

Le 31 Juillet, on se mil en mouvement à une heure <lu malin. Les dragons de la Garde ouvraient la marche, la maison du Roi, en bataille dans l'inlérieur du parc, attendit la famille royale, qui monta en voiture à trois heures du matin et se plaça entre les escadrons des gardes du corps.

(k'ite colonne marcha avec assez d'ordre, parla loute de Ville-d'Avray, jusqu'à Trianon, où le Roi arriva à cinq heures et s'arrêta pour la journée.

M. le Dauphin était resté à Saint-Cloud avec l'inlanterie de la Garde et trois escadrons de lanciers, dans l'intention de s'y maintenir aussi longtemps que le Roi resterait à Trianon, puis de suivre à une demi-journée de distance la marche rétrograde de la famille l'oyale. Ce Pi'ince éprouva im instant de satisfaction d'être ainsi délivré des embarras occasionnés par la présence de la Cour. Itendu à lui-même, il redevint ce qu'il s'était montré dans de semblables occasions.

Entouré des Iroupes au milieu desquelles il ne s'était jamais présenté sans assurer le succès, il se rappela la conduite honorable' de ce petit corps d'armée pour lequel, en 1815, il se livra prisonnier, et dont les militaires qui le composaient durent à cet acte i^jénéreux l acciicil même qu'ils retinrent de leurs ennemis.

[►e Trianon, le Hoi s'était rendu à Rambouillet. Là, Charles X et le duc d'Angoulème signèrent l'acte d'abdication qui cédait tous leurs droits au trône au jeune duc de Bordeaux, puis devant la menace toujours grandissante des bandes armées qui couvraient la route de Rambouillet, et sur les instances des envoyés du nouveau Gouvernement, le maréchal Maison pour la Chambre des députés et Odilon Barrot pour la Garde nationale, le Roi se décida, sans verser le sang des bataillons de la Garde restés fidèles, à se retirer devant l'armée révolutionnaire... Après un arrêt à Maintenon, le cortège royal continua sa route ; à Argentan, le 8 août, il recevait la nouvelle officielle de la proclamation par les Chambres du duc d'Orléans comme roi des Français; le 16, Charles X et sa famille montaient, à Cherbourg, sur le pont du paquebot Grea/ Britain et faisaient voile vers l'Angleterre.

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