‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 51 sur 91 · PREMIÈRE INSTALLATION. — LA FAMILLE ROYALE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE INSTALLATION. — LA FAMILLE ROYALE

Huitmois après laRévolution, Louis-Philippe n'avait pas encore pris possession des demeures royales : comme par le passé, il continuait à habiter le Palais Royal et Neuilly. La foule s'en étonnait ; il se trouvait des gens assez crédules pour croire que le Roi réservait les Tuileries et les autres châteaux de Charles X pour la rentrée de Henri V.

11 fallait faire cesser cet état de choses et une des premières pensées de Casimir Périer en arrivant au ministère fut de dissiper toute espèce d'équivoque. Deux notes étaient insérées au Moniteur du 20 mars. L'une annonçait des travaux importants aux Tuileries pour l'installation de la famille royale. L'autre était ainsi conçue : « Le Roi et la famille royale iront passer quelque temps à Saint-Cloud dans le mois d'avril prochain. »

Et en fait, l'arrivée à Saint-Cloud de Louis-Philippe fut fêtée avec pompe. Il fit son entrée dans la journée du 5 avril avec la Reine et madame Adélaïde ; le duc d'Aumale, le duc de Montpensier, les princesses Louise, Marie et Clémentine les avaient précédés le matin. Sur tout le trajet, un grand concours de population s'était porté à leur rencontre ; à Boulogne on avait construit en leur honneur un arc de triomphe àla portedubois; au bout du pont de Saint-Cloud, nouvel arc de triomphe et réception par le préfet de Seine-et-Oise et le Conseil municipal; le duc d'Orléans recevait le Roi dans la cour même de l'ancienne demeure de ses aïeux. Et à la descente de voiture, ce furent les habituelles démonstrations : des jeunes filles offrirent des corbeilles de fleurs à la Reine tandis que les maisons étaient ornées de guirlandes et que, pour les illumina-

HISTOlPiK DU PALAIS DE SAINT-CLO UD.

lions du soir, les lampions étaient préparés. Les habitants de Saint-Cloud, habitués de tout temps à des fêtes patronnées par la présence d'hôtes princiers, voyaient avec plaisir le retour parmi eux de la famille régnante. Les enfants de ceux qui avaient acclamé le duc de Bordeaux ou le roi de Home saluaient de leurs ovations les enfants de Louis-Philippe, comme leurs propres enfants salueraient un jour le prince impérial! Pendant tout le règne, les grandes eaux jouèrent régulièrement et la foire fut fort achalandée. Les princes ne dédaignaient pas de s'y rendre comme le témoignent les gravures du temps et le tableau de Poilpot.

Quels souvenirs rappelait Saint-Cloud au Hoi et à la Heine! C'est l'agonie de la royauté légitime, c'est, d'une fenêtre du château, la duchesse deBerry apercevant avec un télescope le drapeau tricolore au sommet des tours de Notre-Dame, c'est, dans le lointain, l'image de la reine Marie- Antoinette à qui le grand-père du Hoi avait vendu le château en 1785 et qui se plaisait tant à embellir son domaine. Encore plus loin c'est la séduisante Henriette d'Angleterre morte prématurément dans ce château achevé sous ses yeux. Et de toutes celles qui ont habité le palais, (juelques souvenirs restent, tableaux, meubles, tapisseries, épaves retrouvées après la Révolution, complétées sous l'Empire.

Marie-Amélie prenaitdans le palais l'ancien appartement de Marie-Antoinette, de Joséphine, de Marie-Louise, habité en dernier lieu par la duchesse dWngoulême. " 11 n'y a ici, écrivait-elle dans son Journal, aucun endroit qui ne me rappelle une chère personne que je plains et que je vénère. » Et ces deux mois passés à Saint-Cloud sont fort doux à la Heine dont depuis dix mois la vie a été toute troublée : « Ce sont, dit son biographe Trognon, les premiers jours de calme, au moins comparatif, qu'elle eût goûtés depuis son changement de fortune. Elle n'entendait plus le bruit des rues qui sans cesse lui faisait croire à l'émeute ; elle ne se sentait plus gênée dans ses mouvements par les regards d'une curiosité importune ; elle avait de l'air, de l'espace et l'aspect d'une belle campagne, jouissance à laquelle elle était plus sensible encore pour ses enfants que pour elle-même ». Ainsi avait parlé Marie-Antoinette venant au printemps de 1791 jouir de l'air de Saint-Cloud. A tous ceux qui ont régné, les Tuileries font l'effet d'une demi-prison ; Saint-Cloud, c'est la liberté! L'habitude prise dès 1831 se continua pendant tout le règne.

Au printemps de 1 832, après l'eflroyable épidémie de choléra qui avait ravagé Paris et emporté, entre autres morts, Casimir Périer, le Hoi avec la famille royale était venu s'établir à Saint-Cloud. Soudain éclatent les désordres dont les funérailles du général Lamarque étaient le prétexte. Le duc de Bassano accou-

LOUIS-PHILIPPE 1' A SÂlNT-CLOUI).

rait au palais le 5 juin : « Sire, Paris est en feu ; c'est la Révolution de juillet qui recommence. — Soyez tranquille, repartit le Hoi, je ne resterai pas à Saint-doud, j'attends ma voiture pour me rendre à Paris. » Louis-Philippe partit en effet avec la reine et Madame Adélaïde qui n'avaient pas voulu le quitter, monta à cheval, parcourut courageusement les boulevards, et sa présence ramena l'ordre. L'année 1832 l'ut une des plus troublées du règne si souvent agité de Louis-Philippe, car au nom de la duchesse de Berry, la Vendée s'était soulevée... Entre temps le l{oi avait marié sa fille Louise à Léopold de Saxe Cobourg élu roi des Belges après le refus du duc de Nemours.

D'ordinaire, le séjour d'été à Saint-Cloud était fort court et souvent même il était supprimé. .Après l'installation à Neuilly, les déplacements de Fontainebleau, d'Eu, de Compiègne, menaient la famille royale jusqu'en septembre ; alors généralement la cour séjournait à Saint-Cloud pendant trois ou quatre ou six semaines.

Cour familiale et simple où quelques membres du corps diplomatique, quelques familiers ou officiers et dames de la maison des souverains et des princes étaient seuls admis (I). Quand ils étaient au complet, — chose rare, car suivant les dates s'échelonnant entre I83I et 1848 les princes étaient soit à leursécoles, soit à l'armée, — les enfants royaux formaient à eux seuls une petite cour, celle certainement que préférait la Reine. Si les plus cruels chagrins de famille ne lui furent pas épargnés, du moins était-elle en droit de se montrer fière de cettebelle lignée : peu de souverains, excepté la reine Victoria, ont pos-

(1) La maison du Rui cl di' la Reine n'éf.ait pas nombreuse ef, a l'ail, peu parier d'elle, ce qui l'ail, que, dans les Mémoires, même les ajiiis de la monareliie de .Juillet prononcenl. à peine le nom des aides de camp el des dames du palais. Louis-l'hilippe avail une diziiinc d'officiers d'ordonnance (|ui si' renouvelaient tous li's deuxans et envii'on douze aidi^s de camp, choisis la jjlupart parmi d'anciens (il'licici's de l'Empire. C'étaienI, entre autres, le baron .VUliulin, maréchal de camp, pair de France, qu'on disait lié par une afïection secrète à Mme Adélaïde (il Irabilait au.v Tuileries), le baron Gourgaud, le comte Durosnel. h' baron Dumas, le baron Bernard, h' viconde ilc Rumigny, le baron Berthois. tous maréchaux de camp, le comte d'Iloudetol, colonel d'étal-niajor, le comte Alexandre de Laborde, le coiiite Priant à. la lin du régne, entre deux repi-ésentants importants de l'aristocratie légitimiste qui boudait les Tuileries : le dnc de Clioisenl cl le comte .Jules di' la Roc'hel'oucauld, di'puis duc d'Estissac.

La Reine eul.].iour dame d'honneur la marquise Dolojnieu i.'t p(jur dann.'S du |)alais, la muri'cliali' comtesse de Lobau, devenue dame d'honneur de la duchesse d Oi léans, la comtesse de Sainl.e-.\ldegonde, la marquise de Chantérac, la marquise du Roure, la comtesse Mollien, la comtesse do Bondy, toutes femmes très posées, (VCigo. déjà mûr, qui firent leur service pendant presque tout le règne et demeurèrent fidèles aux mêmes devoirs à Claremont. Parmi les dames des dernières années, il faut citer la marquise de Lasteyrie, la comtesse d'Ilulsl, la marquise de Mannier (née Ghoiseul, obtint de faire passer sur la tète de son mari le duché de Choiseul). Le chevalier d'honneur de la Reine était le comte .\natole de Montesquiou, maréchal de canqj: la dame d'honneur des princesses était la duchesse de Massa (depuis baronne Roger) ; auprès de Mme Adéla'ide l'iaieni la c(pnd('sse de Mont.joye, amie de tous les tenqjs, puis la comtesse Zépbyrine (\o la Tour du Pin, la vicomli'sse di> Rumigny, la baronne de Finguerlin. Le dnc de Goigny était chevalier d'honneur de la dnchi'sse d'Oi'h'ans. Quand le comte de Paris eut un gouvi'i n(Hir. ce fut le comte Baulrand: on connait l(\s iiiirns (les |H-('M'e|ile.nr.s des princes ses oncles : Cuvillier Fleury pour le duc d'Aumale, Ti-oj^iion ]Minr le pi ince de .loinville. Delalour pour le duc <](' Monipensier.

sédé à la fois tant d'illustres rejetons. La reine Amélie dont le rôle politique n'existe pas, qui se confina sans doute trop dans un etîacement voulu, atfectant la résignation à un changement de fortune qu'elle n'avait pas désiré en apparence, jouissait en réalité beaucoup des honneurs royaux, mais pas pour elle : pour son mari auquel elle était toute dévouée, pour ses enfants et ses petitsenfants, sa plus belle parure et sa plus belle couronne.

En montant sur le trône, Louis- Philippe et Marie-Amélie avaient huit enfants, dont l'aîné, le duc d'Orléans, prince populaire et séduisant, périt si malheureusement dans un accident de voiture sur la route de la Révolte, en juillet 1842. On n'ignore pas qu'il avait épousé une princesse de Mecklembourg et qu'il eut pour fils, le comte de Paris elle duc de Chartres.

Venaient ensuite Louise, reine des Belges et la princesse Marie de Wurtemberg. Ces deux princesses très rapprochées d'Age étaient étroitement liées et quand la princesse

Dessin fie Deveii.-i. Collection de JI. fiarnier (de Boulu^'ne). . , , -T' iiini

Cliché Ainintiion. Louisc cpousa Ic roi Leopold de Bel-

gique, ce fut un chagrin presqu'inconsolable pour sa sœur. Celle-ci épousa un prince de Wurtemberg et mourut fort jeune en 1839. La troisième sœur Clémentine, aujourd'hui seule survivante des enfants de Louis-Philippe, mariée à un prince de Saxe-Cobourg-Gotha dont la sœur était devenue la duchesse de Nemours, est la mère du prince régnant de Bulgarie. Nous donnons ici un dessin représentant les trois princesses aux environs de 1832; gracieuses, intelligentes et- très douées toutes trois elles étaient le plus bel ornement de la Cour de Saint-Cloud.

Je n'ai pas à rappeler ce que fut la carrière de général, d'historien et de protecteur des arts et des lettres du duc d'Aumale. Il survécut à son frère le duc de Nemours son aîné de six ans et au plus jeune, le duc de Montpensier. Le prince de Joinville, n'est mort qu'en 1900. C'est à lui, alors capitaine de vaisseau, qu'avait été confiée, en 1840, la mission de ramener les cendres de l'empereur

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