FÊTE A VILLENEUVE-L'ÉTANG
Le 27 juin 1856, trois mois après la naissance du Prince impérial, la cour étant à Saint-Cloud, une fête fut donnée à Villeneuve-l'Étang en l'honneur de la grande duchesse Stéphanie de Bade, cousine de l'empereur. L'Impératrice, à peine remise de ses couches était condamnée encore à de grands ménagements et on ne lui permettait pas de lointains déplacements; le choix de Villeneuve-
(1) M. le comte de La Bédoyôre a conservé plusieurs souvenirs que la Reine et la princesse Victoria avaient donnés à sa mère, dame du palais de Timpératrice. Lors du mariage de la princesse avec le prince héritier de Prusse, M"'^ la comtesse de La Bédoyère fut chargée de porter à Londres les présents impériaux.
(2) Souvenirs du général comte Fleury, t. I.
SAINT-CLOUD SOUS LE SECOND EMPIRE
l'Étang au lieu du ïrianon n'enfreignait pas les ordonnances des médecins. Rien de plus frais à l'œil et de plus « campagne anglaise » que ne l'était alors le parc de Villeneuve-l'Étang. De petits étangfe à l'eau limpide entouraient le château ; sur la prairie, à droite, l'empereur avait fait construire une ferme dans le style suisse. C'est près du lac — le plus grand des étangs — que se réunissaient les invités en grande toilette. La comtesse Stéphanie de Tascher de la Pagerie était des élus peu nombreux avec sa belle-sœur, la duchesse de Tascher ; elle ne nous fait grâce d'aucun détail, mais elle les rapporte de façon charmante.
ESSA[ DE TORPILLES SUR l'eTANG DE VILLENEUVE-l'ÉTANG EN ..PRÉSENCE DE l'eMPEREUR.
(Monde illustré.)
Bornons-nous à retenir que l'Impératrice était ravissante avec sa robe blanche bordée de rose, cadeau de la ville de Nancy, que la grande duchesse Stéphanie se montrait pleine de grâce, que son neveu le prince de Bade se montrait fort poli mais d'une timidité désespérante... Et parmi les femmes invitées à cette soirée on remarquait une Italienne, la comtesse Verasis de Castiglione, belle entre les belles, mais de cette beauté plus fascinante que séduisante ; elle imposait l'admiration et ne charmait pas. Mme de Castiglione ne devait craindre, plus tard, aucune manière de se faire remarquer et jalouser. Ce soir-là, elle avait voulu attirer l'attention par sa toilette ; elle était vêtue d'une robe toute en mousseline transparente avec un chapeau garni d une auréole de marabouts blancs, « et sa chevelure avait l'air de ne pouvoir être comprimée tant elle s'étalait sur ses épaules ; toilette d'apparition pour faire un effet fou.. . », et elle y réussit.
Cependant le programme de la fête se déroule ; des barques pavoisées et illuminées invitent à une promenade sur l'eau; l'Empereur a la sienne dont il a pris les rames et où il prend des passagers. Pour ceux qui craignent l'eau, il est sur la rive une salle de danse délicieusement ornée où se fait entendre l'excel-
lente musique des Guides. Puis l'orchestre militaire se tait et des chants d'une grande suavité se font entendre sur l'eau; dans deux grandes barques illuminées en festons, les chœurs du Conservatoire charment l'auditoire tandis que les platanes et les bosquets s'éclairent de mille feux de bengale. Un feu d'artifice tiré sur l'eau termine la fête nautique et l'on rentre au château de Villeneuve pour souper. ,