‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 71 sur 91 · L'IMPÉRATRICE CHARLOTTE · texte numérisé non relu

L'IMPÉRATRICE CHARLOTTE

Au mois d'août 1 866, les souverains recevaient à Saint-Cloud une visite émouvante. ■

L'empereur Maximilien déjà en butte aux plus grandes difficultés avait désiré que sa femme s'éloignât du Mexique. Pour la déterminer à le quitter au milieu des dangers dont il ne se dissimulait pas l'étendue et que, sans nul doute, la courageuse princesse eût voulu partager, il avait suggéré à l'impératrice Charlotte la pensée de se rendre en Europe, afin d'obtenir des puissances, et surtout de la France, des forces nouvelles, hommes et argent, capables de maîtriser la révolution et de l'aidera accomplir sa tâche.

L'impératrice Charlotte venait d'arriver à Paris et, sans prendre de repos, après une journée pénible, elle avait demandé à l'Empereur de la recevoir sur l'heure.

Les voitures de la cour allèrent la prendre à son hôtel et, avec une escorte de souveraine, elle arrivait à Saint-Cloud à deux heures le W août. Des ordres

(1) Laurent île La Bédoyère et Tristan Lambert, fîls du baron Lambert, conmiandantde la Vénerie, plus âgés, prenaient jieu di; part aux jeux du Pi-iiice, mais ils j'ui'enl des compagnons lidèles d'exil à Arenenberg et à (jbisleliurst.

(2) On sait qu'a.])rès uni' lirillanti' carrière militaire, Adrien Bizot l'sl aujouid'Ijui généial.

(.'!) M. Filon s'est tout à, fait fixé en Angleterre. 1^'rsonne ne eonnail mii ux que lui la littérature anglaise < l l'on sait quels sont ses ti avaux de critique et d'histoire. En dernier lieu, il vient de donner une traduction du iivrr lie lord Ittjsrbrry. ,

SAINT-CLOUD SOUS LE SECOND EMPIKE

avaient été donnés pour que les honneurs lui fussent rendus par le piquet delà Garde impériale de service au palais. L'impératrice du Mexique était en voiture découverte et salua gracieusement en passant devant le drapeau. Sa voiture s'arrête devant le vestibule, donnant accès dans les appartements privés des

LA SAI.LK DU CONSIÎIL Di;S MINISTRES.

Dessin de M. Magnianl, ir;ipi r's la pholographie de M. Schneider. A droite de la cheminée, le lableaii d'Yvon i-epréseiilant le prince impérial à Longchaiiip avec les enfants d(! ti'oupe.

souverains. L'Empereur et l'Impératrice étaient descendus au-devant d'elle, ils montèrent tous trois l'escalier de l'Empereur, et, après les présentations d'usage rapidement terminées, se dirigèrent vers le cabinet de l'Impératrice où ils causèrent longtemps seuls.

« Toute la personne de l'impératrice du Mexique qui n'avait alors que

IIISTOIHK DU PALÀIS DE SAlNT-(:iJ)U]>.

vingt-six ans, raconte, dans ses Souvenirs intimes, Mme Carette qui était alors de service à Saint-Cloud, révélait de longs chagrins, de profondes inquiétudes. Grande, d'une taille élégante et noble, elle avait le visage rond, de beaux yeux bruns à fleur de tête et des traits gracieux. Elle portait une longue robe de soie noire et un chapeau blanc très habillé qu'on avait envoyé chercher le matin même chez une grande modiste. » Pendant deux heures l'infortunée princesse, avec l'éloquence, le courage, que l'on trouve dans les grandes infortunes, exposa à l'Empereur les difficultés terribles dans lesquelles se débattait un prince étranger exposé aux agitations révolutionnaires, aux trahisons des politiques ambitieux. Si Napoléon 111 était obligé d'abandonner un allié que luimême avait si puissamment aidé à placer sur ce trône dangereux, rien ne coûtait plus à son cœur, mais les complications qui, dès cette époque, rendaient les affaires difficiles en Erance liaient la volonté de l'Empereur. Ces secours nouveaux, cette nouvelle ingérence dans les affaires du Mexique, il dut les refuser. De plus, après s'être efforcé de dessiller les yeux de l'impératrice Charlotte, il la supplia d'obtenir à tout prix que son mari renonçât à poursuivre une entreprise désespérée et revînt en Europe.

Ce n'était pas là ce qu'attendait laprincesse égarée par des illusions décevantes. Elle avait espéré, elle voulait espérer toujours. Elle conjura l'Empereur de réfléchir encore, de ne pas abandonner irrémédiablement la cause de Maximilien. Elle voulait aller jusqu'à Home demander le concours du Saint-Père, elle voulait faire de suprêmes tentatives auprès de l'empereur d'Autriche et de son père, le roi des Belges.

Elle quitta les souverains le visage bouleversé, les traits contractés par les larmes qu'elle étouffait, laissant l'Empereur et l'Impératrice sous la plus douloureuse impression. >

Eaut-il rappeler que peu de temps après on remarquait l'agitation fébrile de la malheureuse princesse, qu'elle perdit enfin la raison sans connaître le drame de Oueretaro, que, depuis plus de trente ans. elle porte inconsciemment ses habits de veuve ?

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