‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 74 sur 91 · CHAPITRE SAINT-CLOUO EN · texte numérisé non relu

CHAPITRE SAINT-CLOUO EN

L'incendie du Palais et de la ville de Saint-Cloud. — Comljals de Monlreloul. — Après l'incendie.

Reprenons rapidement les événements qui se sont succédé à Saint-Cloud. L'Impératrice régente avait donné l'ordre de transporter à Paris, au Louvre et au garde-meuble les tableaux et objets d'art qui ornaient le palais.

Il était réservé à l'administration du palais et à l'administration du gardemeuble d'exécuter après le 4 septembre le travail de sauvetage. On en eut la preuve au moment où Courbet était jugé au conseil de guerre. Le peintre, iconoclaste à ses heures par fanatisme politique, s'était vanté, pour se défendre, d'avoir donné l'ordre de sauver les objets d'art de Saint-Cloud, quand, dans cette opération, il n'avait joué que le rôle de la mouche du coche. Le rapport du sous-régisseur Schneider au colonel président le conseil de guerre demandait que « le dévouement ignoré des modestes employés de Saint-Cloud fût mis au grand jour puisque M. Courbet s'adjugeait gratuitement et coram populo toute la gloire d'avoir rendu au pays toutes ces richesses. » Il rappelait que dans la nuit du 6 septembre, M. Williamson, administrateur du mobilier national envoyait huit voitures pour faire le sauvetage des meubles les plus précieux que dirigeaient l'ancien représentant du peuple Commissaire, nommé gouverneur du palais à la place du colonel Thirion, et le sousrégisseur Schneider devenu régisseur. Le nombre des voitures était malheureusement beaucoup trop restreint; néanmoins des toiles de prix, toutes celles, entre autres, que contenait la galerie d'Apollon (neuf Canaletto, quatre Natoire, deux Van der Meulen, quatre Hubert Robert, etc.), toutes les tapisseries des Gobelins d'après Rubens, vingt-deux meubles de Boulle et de nombreux objets d'art et tableaux purent échapper au désastre. Le

i 7 septembre une dernière voiture réquisitionnée au nom du préfet de police (Kératry) emportait huit grands tableaux d'Horace Vernet et quatre lustres en cristal de roche. Quant aux personnages du gouvernement du 4 septembre, le seulqui se soit présenté le 10, fut Rochefortqui, dans sa promenade dans le palais, désigna quelques objets d'art à emporter : unNattier, lai\^«i/ de Polletetla5'a/;/«o dePradier. Il fallait se hâter, les Prussiens approchaient et les derniers jours tout le personnel du palais était sur pied sans trêve. Le temps manqua pour tout enlever, et on dut abandonner quelques objets d'art; nous verrons que les Prussiens ont pris et gardé ce qu'ils ont pu enlever pendant l'incendie.

Une partie des trésors a donc été sauvée régulièrement et administrativement ; on doit en savoir gré à ceux qui menèrent à bien leur mission malgré de grandes difficultés.

Le 18, le régisseur se rendait àMeudon pour diriger la même opération qu'à Saint-Cloud; la présence des éclaireurs prussiens fut signalée dans les bois et, à peine la dernière voiture eut-elle franchi la Seine, que le pont de Sèvres sauta.

Le 19, le personnel du château avait un devoir à remplir : mettre le feu à 50 000 bottes de foin que renfermait la ferme de Villeneuve-l'Etang. Le canon grondait à Châtillon et pendant que se faisait « l'exécution » du fourrage, les derniers mobiles qui se retiraient du fort de Montretout à Paris tiraillaient sur les éclaireurs prussiens, le long du domaine, sur la route de Vaucresson à Saint- Cloud et jusqu'à la porte Jaune. Quand, àgrand'peine, en se défilant dans les tirés du chemin qui mène de Villeneuve à la grande allée, le régisseur et ses hommes purent regagner le palais, les Prussiens étaient déjà dans le parc. A sept heures, le pont sautait. A chaque instant, on s'attendait à voir les ennemis prendre possession du château, et pourtant, ce jour là, ils ne forcèrent point la grille de la carrière fermée à double tour par ordre du régisseur. Le soir, trois Parisiens qui avaient passé la Seine en bateau purent pénétrer dans le château; ils venaient voir s'il n'y aurait pas moyen d'installer quelques blessés à l'ambulance créée par ordre de l'Impératrice, à la fin d'août, dans la galerie d'Apollon. De ces trois hommes, dont l'idée ingénieuse était de sauver le palais en le mettant sous la protection de la croix rouge, l'un était Quatrelles (Lépine), le charmant écrivain humoristique. Du moment où le parc était occupé par les Prussiens, il n'y avait pas à songer à créer une ambulance et Quatrelles et ses compagnons, après avoir passé la nuit au château repartirent au petit matin pour Paris.

A sept heures, un officier d'infanterie venait sommer le régisseur de faire ouvrir la grille de la carrière, menaçant de la forcer, en cas de refus. Il fallait se résigner; une demi-heure après, le 58" régiment d'infanterie (Silésie V corps,

commandé par le général von Kirclibach) prenait possession du château. Les officiers s'installaient dans le vestibule du fer à cheval (sud du palais, rez-dechaussée de l'aile droite qu'habitait l'Empereur) ; la troupe bivouaqua dans le jardin, près du bassin situé devant le vestibule et près de rentrée des caves.

Dès le lendemain commençait le défilé des Prussiens de marque : généraux, princes, officiers supérieurs venaient en foule voir le palais ; ils pénétraient partout et ne se refusaient aucun enfantillage. C'était à qui s'assiérait sur le fauteuil de bureau dans le cabinet de travail de l'Empereur ou sur les confortables de la chambre à [coucher (Blûcher en 1815, avait fait mieux; il s'était couché tout habillé et en bottes sur le lit de Napoléon I").

Ce dont, tous s'étonnaient et ce qu'ils constataient sans savoir dissimuler leur mécontentement, c'est que les murailles étaient veuves de tapisseries et de tableaux ; ils ne comprenaient pas le motif qui avait dicté cet enlèvement, regrettant sans doute de ne pouvoir faire leur choix. Ils se montraient avides des moindres objets ayant appartenu aux souverains ; mille brimborions passèrent ainsi entre leurs mains, donnés par le régisseur pour éviter des vols ; quelques-uns se contentant de peu prirent délicatement quelques feuilles d'un papier qu'ils trouvèrent... en un lieu privé et les enfermèrent dans leurs portefeuilles (1).

Un général se trouvait avec son état-major dans le salon de famille où était resté le buste du duc de Reichstadt. Se tournant tout à coup vers le commandant Schneider, il lui parla très vivement en allemand, et, retirant brusquement sa casquette, il se planta droit devant lui, le petit doigt sur la couture du pantalon. Un des officiers de l'état-major traduisit la phrase de son chef : « Le général vous fait remarquer qu'on lui a toujours dit qu'il ressemblait étonnamment à Napoléon II et vous prie de comparer avec le buste. »

Le régisseur fut pris d'une si forte envie de rire, tant la comparaison était ridicule, qu'il ne put répondre un mot.

La début de l'occupation du palais n'avait donc rien de bien effrayant et l'inépuisable patience des employés supérieurs ou subalternes contentaient la curiosité jusque là anodine des officiers prussiens. Un calme relatif régnait à Saint-Cloud; les opérations du siège n'étaient pas commencées, on étudiait la place; on prenait des dispositions en vue d'une action future très rapprochée. D'un autre côté, la présence des fonctionnaires français rassurait dans une certaine mesure les habitants de la ville, chez qui les Prussiens n'avaient

(1) Manuscrit du commandant Schneider.

pas encore pénétré, se contentant d'empêcher l'accès du palais à qui que ce fût.

Bientôt la scène devait changer. Tant que le 58" régiment fut de service, la position fut tenable, mais le 27 septembre, à l'arrivée du 47% on comprit, rien qu'aux manières rognes du colonel von Flottow que les événements allaient prendre une autre tournure. . .

On n'enleva encore rien dans les appartements, sauf les cartes et plans de la bibliothèque qui furent transportés à Versailles par ordre du prince royal, mais ceci était une mesure administrative. Envers les employés du château, l'attitude changeait progressivement. A tout bout de champ, ils se voyaient l'objet de suspicions et de remontrances. Tout portait ombrage à l'état-major prussien : un mouchoir l)lanc déplié... une lumière passant d'une pièce dans l'autre étaient regardés comme des signaux vers Paris. Un officier du génie fouilla les caves jusque dans les plus petits recoins cherchant soit des fils télégraphiques, soit de la poudre ou du pétrole. On fit signer au gouverneur une déclaration constatant qu'à sa connaissance il n'existait ni souterrain, ni fil télégraphique en communication avec Paris, le menaçant des peines les plus sévères si ses assertions étaient controuvées.

Flairant une expulsion prochaine et voulant tâcher de se maintenir au palais même au prix de sa liberté, le régisseur qui avait mis en batterie dès le 19 septembre tout son matériel à incendie (nous verrons plus tard les emplacements) et se croyait donc en état d'apporter son concours efficace en cas de circonstances possibles, le régisseur écrivit le 1" octobre au prince royal de Prusse et pria le général Sandrart de transmettre la lettre immédiatement. Le général promit. Inutile de dire que la lettre ne fut pas envoyée. A trois heures, le colonel von Flottow fit appeler le gouverneur et le régisseur auquel il rendit sa lettre ; il les informa qu'il venait de recevoir l'ordre de diriger tout le personnel du palais, hommes, femmes et enfants sur Versailles ; une heure était accordée pour préparer le départ, qui aurait lieu à quatre heures, sous escorte d'un détachement. M. Commissaire protesta contre ce peu de temps accordé ; on ne lui répondit pas.

Il n'y avait qu'à obéir, chacun se hâta de faire un ballot de ses effets nécessaires, et le tout fut chargé sur l'unique charrette appartenant au service des jardins. Parmi ces soixante-dix employés expulsés brutalement, se trouvait une femme (M"' Detwiller), qui était accouchée la veille; on demanda en vain vingt-quatre heures de répit pour la malheureuse ; elle dut se mettre en route comme les autres.

La longue colonne, ayant en tête le gouverneur et le commandant Schneider,

traversa les souterrains du palais pour sortir par la grille du fer à cheval où elle trouvait deux compagnies qui servirent d'escorte, peloton en tête et en queue, flanqueurs sur les côtés. La malheureuse troupe partit, exposée sur sa route à la curiosité avide et aux quolibets des troupes campées.

A Ville-d'Avray, on fit halte deux heures afin de n'entrer à Versailles que la nuit; pendant ce temps des voitures vinrent chercher ceux qui ne pouvaient marcher. A neuf heures du soir, les prisonniers arrivaient sur la place d'Armes et de là étaient dirigés vers le manège de la caserne de la rue Royale ; on les entassa à côté de prisonniers français blessés et couchés sur la paille. A onze heures, un colonel de dragons vint les trouver et leur dit que « c'était par erreur » qu'on les avait mis en prison et qu'ils étaient libres d'aller où bon leur semblait à condition de ne pas sortir de la ville.

Deux jours après, Schneider obtenait même un laisser-passerpour Saint-Cloud; il put constater qu'on n'avait pas attendu longtemps pour faire main basse sur tout ce qu'avait laissé le personnel du château ; modestement d'abord, mais effectivement, le pillage était commencé.

Avant d'exposer les raisons qui nous font croire d'après les papiers du commandant Schneider (1), que les Prussiens ne furent pas étrangers à l'incendie du palais et qu'ils en profitèrent amplement, après que les dommages partiels causés par quelques obus du Mont-Valérien leur en eussent offert le prétexte, il est de bonne impartialité de faire connaître les opinions contraires émanant de l'état-major prussien. Si peu concluantes qu'elles nous paraissent, si opportunément favorables qu'elles soient à la thèse que les Français seuls ont incendié le palais et que les Prussiens ont employé tous les moyens en leur pouvoir pour empêcher le feu de se propager, nous ne pouvons les passer sous silence. 11 y a là en présence un ministère public et des plaidoiries ; chacun doit avoir son tour d'audience.

Voici donc ce que soutient le général von Kirchbach dans son ouvrage sur les opérations du 5° corps qu'il commandait : « Un nouvel observatoire avait été installé dans les combles à l'aile gauche du château, il n'y resta pas longtemps, car de nouveau la position du 5° corps fut inquiétée. Le premier obus

(1) Ces papiers étaient destinés par le commandant Schneider à. une publication faisant suite à son Second Empilée à Saint-Cloud, Havard 1893, ouvrage anecdotique non sans utilité. La mort a empêché le régisseur du palais de réaliser son projet, et ses papiers furent vendus à la Bibliothèque de la Ville de Paris. C'est là que l'aimable indication de M. Sardou me les a fait trouver. A l'aide de ces documents très précis complétés par le Manuscrit du couvreur Barba, que je dois à l'obligeance de M. Carette, secrétaire de la mairie, et les renseignements assez nombreux recueillis chez les habitants survivants de Saint-Cloud, surtout chez M. Maindron, je puis donc présenter un tableau complet, ensemble et détails, de l'incendie. Je souhaite que mes conclusions soient adoptées, car. jusqu'ici, les points de controverse étaient nombreux.

signalé est du 10 octobre ; il tomba dans l'aile sud et endommagea la chambre à coucher de l'Empereur... » Ceci déjà pourrait être discutable; car, d'après les autres officiers de l'état-major prussien, ce n'est pas le 10, mais le 13, qu'un obus vint frapper ce coin du château ; ce serait cet obus qui auraitcommencé l'incendie. Le général von Kirchbach énonce ensuite de façon assez vague : « Quelques obus traversèrent la chambre voisine de l'observatoire et y occasionnèrent un commencement à''mcc\\à\&... Le lendemain, les obus frappèrent em:ore l'observatoire du lieutenant Gronen pendant qu'il y travaillait. Par un hasard providentiel, ni lui, ni son personnel, ni ses instruments ne furent atteints. »

Les Prussiens avaient remarqué que les batteries du Mont-Valérien tiraient souvent dans la direction de la lanterne de Démosthène qui dominait le parc au delà du château. 11 y avait là un point de direction excellent; peut-être y supposait-on un observatoire installé ; autant de raisons pour qu'on ait essayé de le détruire, quelque chanceuse que fut le passage de la trajectoire au-dessus du palais, et, en fait, l'artillerie française visait la lanterne. Le feu assez nourri de ce côté occasionnant des dommages au milieu des campements prussiens, le commandant du corps d'armée ordonna la suppression de la lanterne qui offrait un point de mire. Dans la nuit du 12 au 13, entre trois et quatre heures du matin, quatre quintaux de poudre furent disposés dans la pièce du rez-dechaussée de la lanterne ; les murs du monument se désagrégèrent ; la tour tomba sur elle-même. A cause du vent qui régna toute la nuit, la détonation ne fut pas entendue au loin ; les grand'gardes mêmes placées au mur nord du parc de Saint-Cloud n'en eurent pas connaissance et « l'ennemi ne remarqua rien non plus ». Ceci expliquerait pourquoi, dans la matinée et même l'après-midi du 13, le Mont-Valérien recommença son tir dans la direction de la lanterne. Au milieu de ce tir, quelques obus mal dirigés tombèrentils sur la toiture du château, c'est possible, ce n'est pas prouvé. Ce seraient ces obus, d'après l'officier général allemand, qui auraient fini par mettre le feu aux étages supérieurs. L'écrivain ajoute même que les troupes qui étaient de service d'avant-postes au château, « le bataillon Klass du 58" régiment et la 2° compagnie de chasseurs (capitaine von Strauts) cherchèrent à l'éteindre, mais que cela ne fut pas possible au milieu de la pluie incesscmte cVohus qui^ après t explosion de P incendie^ paraissaient avoir le château pour but; on manquait d'ailleurs de matériel à incendie ».

Avant de démontrer l'inexactitude complète de ce paragraphe, terminons la lecture du rapport : « Quand le château fut en flammes sur toute la surface, y est-il dit, les obus cessèrent de tomber. On réussit alors à sauver des meubles.

quelques objets d'art et une partie de la bibliothèque ; on essaya, mais en vain, d'enlever la toile de Muller représentant l'arrivée de la reine Victoria d'Angleterre. Le lendemain, le château était brûlé. » Suivent des réflexions où le général se croit obligé de se montrer ému. « La destruction de ce château auquel se rattachent de si grands souvenirs historiques, excita une tristesse

l'escalier d'iion'neuk.

Dessin de M. Magniant, d'aprùs une iiliologi'a])liie de -M. Schneider.

générale et même un certain mécontentement parmi les troupes qui lavaient gardé avec tant de soin pour le conserver intact. » Prévoyant même les accusations de pillage dont l'armée prussienne ne pouvait pas manquer d'être l'objet, M. von Kirchbach a soin de dire : « Aucun homme ne s'était installé dans les étages supérieurs, les officiers seuls avaient établi leur campement dans le vestibule de l'aile sud, les meubles sauvés furent destinés à garnir les abris des avant-postes ; les autres objets et la bibliothèque furent remis au musée et à la

mairie de Versailles. » A en croire l'officier prussien, l'enlèvement d'une partie des meubles eût été subordonné aux besoins des avant-postes; lereste'eût été remis aux autorités françaises. Si la chose était vraie, nous aurions eu affaire à des vainqueurs bien magnanimes, et, en agissant ainsi, les Prussiens seraient restés bien en dessous des droits que leur conférait l'usage, en cas de guerre, en pays conquis ; ils se fussent montrés plus désintéressés et plus généreux que nous ne l'aurions été, nous, en semblable occurrence. Ce n'est pas tout à fait ainsi que les choses se sont passées.

Pied à pied, presque phrase par phrase nous allons pouvoir détruire les assertions erronées du général de Kirchbach ou des autres officiers prussiens.

Les notes du régisseur du château répondent suffisamment à certains points, pour que, après les avoir classées et élaguées, nous en tirions des déductions concluantes.

I. Après la destruction de la lanterne, le Mont-Valérien a-t-il TmÉ SUR le parc et le palais de Saint-Cloud ?

Et d'abord, l'ennemi pouvait-il facilement se mettre à l'abri des obus? Oui, puisqu'il l'a fait dès le principe. L'artillerie aurait dû comprendre l'inutilité de son tir du Mont-Valérien : battre la partie du parc oû se trouvaient la lanterne de Démosthène et une partie des campements prussiens était plus qu'une imprudence sans résultat appréciable, puisqu'on risquait, par un tir mal dirigé, d'endommager le palais.

Donc l'artillerie du Mont-Valérien a tiré sur la partie du parc oû elle supposait camper les troupes prussiennes et plus tard sur la batterie de Breteuil, mais, par contre, il était défendu de tirer sur le palais, ce qui n'est pas douteux, quoi qu'en aient dit les Prussiens, et nous verrons que le nombre d'obus tombés là est fort minime (1). En réalité le château et le parc de Saint-Cloud étaient gardés par un seul bataillon d'un des deux régiments, 58"= et 48' qui en se relevant tous les quinze jours, avaient, pendant toute la durée du siège, outre Saint-Cloud, la garde de Ville-d'Avray, Garches et Marnes. Ce bataillon était réparti ainsi : un fort détachement à la grille d'Orléans gardant les murs de clôture du parc donnant sur Montretout et surveillant le jardin duTrocadéro et la route menant

(1) Parmi les témoignages recueillis, je, citerai ceux de M. Wannez, artiste peintre, de M. G. Moussoir, auteur de l'ouvrage : Six mois au Mont-Valérien, et de M. Ch. Terrade alors maréclial des logis chef, faisant fonctions d'oflicier. ,

SAINT-GLOUD EN 1870-1 871.

à Villeneuve-l'Étang ; un poste à la grille de Ville-d'Avray, une compagnie sous le tunnel casematé de la route 187 et sous le tunnel du chemin de fer situé à côté; une compagnie enfin était au palais même. Le bataillon, en cas d'alerte, devait être soutenu par celui de Ville-d'Avray qui l'était à son tour par celui de Marnes, et, en une heure, les renforts arrivaient de Versailles.

II. Combien est-il tombé d'obus environ sur le palais et dans la cour d'honneur ?

Le relevé officiel vase trouver en flagrante contradiction avec lerapport du général von Kirchbach.

Les traces de dix obus seulement étaient visibles sur les murs du palais ; un seul est tombé et a éclaté dans la cour d'honneur. Quelques-uns sont tombés sur la toiture, ce n'est pas douteux, et leur nombre est difficile à évaluer, toute trace ayant disparu avec l'incendie ; même au dire de certains officiers prussiens qui ne sont pas d'accord avec M. de Kirchbach, ces projectiles n'auraient pas causé l'incendie.

Les points du palais qu'atteignirent les obus sont les suivants :

r Un obus tombé le 7 octobre a pénétré au rez-de-chaussée par le haut de la fenêtre du cabinet de travail de l'adjudant général, a éclaté dans l'intérieur de la pièce où il a tout brisé inais na pas mis le feu. Les employés du château, munis d'un laisser-passer étaient venus ce jour-là chercher les effets qui n'avaient pas été « recueillis » et ont vu les résultats.

2° Un obus venant du Mont-Valérien, tombé le 13 octobre dans la chambre à coucher de l'Empereur aurait, au dire des officiers prussiens, allumé l'incendie. Nous prouverons que cet obus a été le prétexte, non la cause de l'incendie.

3° Un obus a pénétré dans les murs de façade à hauteur du cabinet de toilette et de la chambre à coucher de l'Empereur, entamant en éclatant le mur de séparation de ces deux pièces. Cet obus a dû tomber soit avant, soit pendant l'incendie.

Ces trois obus sont les seuls qui soient tombés sur le palais avant ou pendant l'incendie (il est entendu qu'on ne parle pas de ceux tombés sur la toiture).

Après l'incendie quelques obus tombèrent encore, les uns venant des murs d'enceinte, les autres du Mont-Valérien. Hien ne saurait expliquer cet envoi de projectiles et nous ne pouvons que constater le fait dû à une dérive violente ou à une inadvertance de tir. On peut évaluer à 6 les obus ayant éclaté depuis l'incendie.

4° Un obus qui frappa à droite du yestibule d'iionneur, brisa un des côtés de l'appartement du préfet du palais (murs d'enceinte de Paris).

7° Un obus ayant éclaté dans l'angle du palais au-dessus des jardins réservés (Mont-Valérien).

8" et 9° Deux obus ayant frappé dans le mur du deuxième étage du côté des jardins ; ces deux projectiles sont arrivés après la destruction du palais et venaient des murs d'enceinte. . . , • : ,

10" Un obus ayant frappé à hauteur du balcon de la galerie d'Apollon face à Paris (murs d'enceinte).

Enfin un obus, nous l'avons dit, était tombé dans la cour d'honneur sans causer de dégâts (murs d'enceinte).

Pour déterminer à quelle époque chaque obus était tombé, le régisseur du château s'était livré à une étude très simple qui semble donner des résultats vrais. Si l'obus avait éclaté avant ou pendant l'incendie, le trou formé était noirci par la fumée; si au contraire, il avait frappé après, la trace laissée se détachait en blanc sur les murs noircis et calcinés par l'incendie. La direction était également facile à désigner; le trou produit par l'obus était droit ou oblique suivant que le projectile était parti du Mont-Valérien ou des murs d'enceinte.

Ainsi, le palais a reçu dix obus dont les traces étaient parfaitement visibles ; en admettant, comme les Prussiens l'afîirment, — bien que la preuve n'en soit pas faisable, — que la toiture en a reçu un certain nombre, même le nombre égal de dix, on arrive au chiffre de vingt obus pour une période de cent jours. Avec ce chiffre maximum, on est loin comme on le voit « de la pluie d'obus » inventée par l'état-major prussien.

Les Français tiraient mal, disent les rapports allemands, voilà pourquoi il est tombé tant d'obus sur Saint-Cloud. Mais alors comment ne pas avoir retrouvé plus de traces de projectiles mal dirigés ? Cette pluie de mitraille qu'on assure être tombée sur le toitne devait-elle pas être représentée dans une certaine mesure au milieu des décombres ? Or, ceci est un point de statistique résolu : le poids des morceaux de projectiles retrouvés lors du déblaiement a été inférieur à celui des dix obus signalés ci-dessus.

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