‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 76 sur 91 · I.V REDOUTE DE MONTRETOUT · texte numérisé non relu

I.V REDOUTE DE MONTRETOUT

IV. L'ennemi a-t-il essayé d'éteindre l'incendie ? En admettant le feu mis

DANS les appartements DE l'eMPEREUR PAR UN OBUS DU MoNT-VaLÉRIEN TOUTES LES PARTIES DU PALAIS POUVAIENT-ELLES ÊTRE INCENDIÉES SANS QUE DES OBSTACLES NATURELS s'oPPOSASSENT A l'eNVAHISSEMENT DES FLAMMES ?

Los Prussiens viennent nous dire qu'ils ont fait tous leurs efforts pour éteindre l'incendie mais que le matériel manquait.

Ceci est encore un mensonge. Quatre pompes étaient prêtes à manœuvrer dans le palais : une au deuxième étage; une au vestibule du salon de Mars pour

HISTUIUE UU PALAIS DE SALNT-CLOUD.

préserver Tescalier d'honneur, le salon de Mars, la galerie d'Apollon et le salon de granit ; une dans le vestibule d'honneur pour le rez-de-chaussée et les appartements de l'Empereur ; une autre, place de la Fourrière où se trouvaient 800 stères de bois, était aussi destinée à préserver les grands communs. Le travail de chaque homme avait été réglé, toutes les prises d'eau dans le palais étaient en charge, lesfontaines remplies. Après l'évacuation, l'on a retrouvé dans le bassin du fer à cheval une pompe sans accessoires et dont les boyaux avaient été coupés en maint endroit, et, dans les ruines, sous les décombres, le piston d'une pompe complètement calcinée et deux échelles à l'indienne. En expulsant le personnel, les Prussiens semblaient s'être privés exprès de bras exercés ; Schneider propose de faire revenir des employés" gardés à vue », il s'offrit luimême pour ce rôle. La demande alla jusqu'au quartier royal; le Roi refusa.

L'ennemi avait les moyens d'éteindre l'incendie, tout au moins de le restreindre, comme nous allons le voir. On a dit que les Prussiens ne savaient pas se servir des pompes; le Prince royal lui-même répétera qu'il avait été impossible d'opérer le sauvetage des bâtiments. Ce sont là précautions oratoires ; la vérité est qu'on ne midut pas sauver le palais.

En admettant, ce qui n'est nullement prouvé, que l'obus tombé dans la chambre de l'Empereur a allumé l'incendie, ne pouvait-on, à ce moment, faire la part du feu et sauver ainsi une grande partie du château? Parfaitement, ont dit les témoins oculaires. Non, protestent les écrivains allemands.

Deux alternatives se présentaient pour les Prussiens : 1° Chercher à circonscrire l'incendie, et pour cela ne s'occuper que des bâtiments en abandonnant le mobilier et les menus objets placés dans les appartements impériaux. 2" Abandonner le palais à son malheureux sort pour ne s'occuper que des objets facilement transpoi'tables et présentant à leurs yeux une certaine valeur soit artistique, soit pécuniaire. Laisserbrûlerlesmeubles, c'était une grande perte, et tous cesbronzes dorés, pendules, candélabres, ces vases de Sèvres, leur donnant sans doute le vertige, le palais fut sacrifié, et la troupe disponible se ruant sur ces richesses, les emporta pêle-mêle dans les jardins et de là plus tardà lanouvelle orangerie. Ce fait seul prouve que rien n'a été tenté pour circonscrire l'incendie en sacrifiant l'aile droite du palais et naturellement tous les objets qui y étaient renfermés. Voilà donc un point établi.

Passons maintenant à l'examen des obstacles naturels pouvant s'opposer à l'envahissement des flammes. Le feu ne pouvait se communiquer d'une toiture à l'autre, puisque le corps principal du palais était de deux étages plus élevé que l'aile droite où le feu a pris naissance. Il n'a donc pu pénétrer dans ce bâtiment:

1° Que par la porte donnant du salon de stuc (appartements de l'Empereur) dans le salon de l'Aurore (grands appartements de réception). 2" Par les combles communiquant avec les appartements des dames d'honneur au premier étage sur les jardins.

Là étaient les deux points à préserver ; on pouvait le faire avec chance de succès au moyen des quatre pompes à incendie dont nous avons parlé, que le roi de Saxe, le prince royal de Prusse avaient vues et qu'on a retrouvées dans les décombres du château.

Comment le feu a-t-il attaqué le salon de l'Aurore? Est-ce en pénétrant par la porte de communication qui conduit des appartements de l'Empereur à cette pièce, ou bien les étages supérieurs se sont-ils effondrés entraînant tout sur leur passage? Dans la première hypothèse, tous les objets mobiliers qui étaient encore dans les pièces situées entre la chambre de l'Empereur et le salon de l'Aurore auraient été nécessairement calcinés avant leur chute au rez-dechaussée. Or, il n'en a pas été ainsi. Dans le salon de l'Aurore se trouvaient deux immenses vases en porcelaine de Sèvres avec bronzes dorés placés sur des piédestaux en marbre noir; sur chaque piédestal se trouvaient encastrés cinq bas reliefs également en porcelaine de Sèvres encadrés de bronze doré. Des fouilles ont été opérées à l'endroit où l'on supposait qu'étaient les piédestaux ; on retrouva une masse de chaux et tous les morceaux de bas reliefs, quelquesuns intacts. Chacun de ces morceaux avait ses arêtes vives parfaitement arrondies, ce qui prouve évidemment que ces porcelaines se sont brisées en tombant, et que la chaleur effrayante développée par les matières incandescentes qui les avaient recouvertes a déterminé la fusion partielle de chacune d'elles. Le feu s'est donc propagé dans cette partie du palais de haut en bas brûlant d'abord les étages supérieurs. Ainsi, deuxième point établi : l'incendie a gagné par la chambre à coucher de l'Empereur les combles de l'aile droite, de là, par le corridor de communication, les appartements du premier étage sur les jardins ; les grands appartements de réception n'auront donc été incendiés que lorsque toute la partie supérieure a été effondrée. Le feu, en se propageant, a toujours suivi les combles jusqu'à l'extrémité de la galerie d'Apollon. On en retrouverait la preuve dans les poutres des plafonds de l'escalier conduisant du souterrain des cuisines à la galerie d'Apollon, dans les voussures même de cette dernière pièce ; brûlées en dessus, les planches étaient parfaitement intactes en dessous :

« L'incendie a marché avec une si grande rapidité », a dit le prince royal lui-même au commandant Schneider, qu'il a été impossible de sauver le grand

tableau de Millier (dont nous avons déjà parlé). Le Prince avait donné l'ordre sans doute un peu tardivement de sauver^ cette œuvre d'art à laquelle il tenait partiadiè rement parce que la Princesse royale de Prusse y était représentée derrière la Heine et à côté du prince de Galles. Or ce tableau était adossé à la bibliothèque et l'escalier d'honneur éclairé par un vitrage à ciel ouvert était isolé entre quatre murs; l'impossibilité d'enlever cette immense toile haut placée est venue bien plus de la difficulté de l'atteindre que du manque de temps. On manqua d'échafaudages au moment opportun et on dut l'abandonner quand les flammes envahirent l'escalier. A la même heure, les Prussiens répandus dans le château — non encore dévoré par les flammes, ne l'oublions pas — , après avoir fait main basse sur les meubles et objets des appartements particuliers de l'Empereur et de l'Impératrice, des petits appartements donnant sur les jardins et des grands appartements de réception (on se rappelle que presque tous les tableaux avaient pu être emmenés à Paris dans le courant de septembre), les Prussiens trouvaient le temps et le moyen de déménager 4 000 à 5 000 volumes delà bibliothèque située, on l'a dit, derrière le tableau de MuUer. Ce n'est pas en une heure ni même en deux qu'on enlève cinq mille volumes parmi lesquels beaucoup d'in-folios. On pourrait multiplier les exemples : tous sont la preuve que les Prussiens non seulement n'ont pas enrayé l'incendie à ses débuts, mais l'ont aidé à se propager, une fois l'œuvre de pillage bien en train.

V. Les Prussiens ont-ils pillé avant et pendant l'incendie? Se sont-ils

APPROPRIÉ tout ou PARTIE DES OBJETS SAUVÉS PAR EUX?

Le pillage avait été inauguré dès le 1" octobre après l'expulsion des employés du château ; nul doute qu'il n'ait continué dans les communs, les écuries, et les dépendances et même qu'il n'ait commencé dans le palais dont toutes les

portes étaient ouvertes^ officiers et soldats circulant librement dans les appartements.

De quelle façon fîit-il opéré dans le palais? Progressivement, doucement d'abord, jusqu'au jour où le feu vint protéger la rapine générale. Les faits sont là pour le prouver : voitures chargées conduites à/ l'hôtel du Sabot d'Or à Versailles, lingerie vendue 3 000 francs à l'hôtel des Réservoirs, vases de Sèvres et pendules retrouvés à Versailles, après le départ des Prussiens et dont on n'avait pu terminer l'emballage; dans la liste des objets emportés on omettra les centaines de kilogrammes de bougies, les bidons d'huile et autres

SAINT-CLOUD EiN 1870-1871

provisions utiles qui alimentaient l'état-major et les troupes ; ce sont là réquisitions de guerre sur lesquelles on ne doit pas insister.

Ce qui a une autre importance, c'est la manière dont furent déménagés, sous prétexte de sauvetage, les meubles et objets d'art subsistant dans le château au moment de l'incendie. Nous verrons que, si quelques-uns furent rendus après

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