‹ Le palais de Scaurus; (volume 2)Chapitre 114 sur 120 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

gère (1); elles chantèrent en s’accompagnant de la lyre, et exécutèrent ensuite des danses lascives (2). Ces voluptueuses gaditanes furent remplacées par de jeunes hommes armés , auxquels on donne le nom d’Homéristes (3). Ils nous racontèrent combien la colère d’Achille fut douloureuse et funeste aux Grecs (4). Je témoignais ingénument àChrysippe tout ce que ces divertissements avaient d’agréable et de nouveau pour moi. « Veuillent les dieux , « me répondit-il , que Scaurus se contente de « ces innocents délassements, et qu’il n’en- « sanglante point ce festin par quelque comte bat de gladiateurs (5) , pour lesquels il a une « passion féroce. On se plaît à Rome à mêler « quelquefois l’horreur du carnage à la joie « des orgies ( 6 ) ; et cela ne doit point vous et étonner, car vous avez dû vous apercevoir, et depuis que vous vivez avec les Romains,

(1) Petron . , sat y rie. , cap. i5.

(2) Mart . , lib. V, epigr. 78. Juven sat. 11, v. 162.

(3) Petron. satyric. , cap. i5. Juven, sat. 11, v. 179.

(4) Horat. , epist. 2 , lib. II.

(5) SU. Ital. , lib. XI , v. 48. Strab. , lib. Y.

(6) SU. ItaL , ibid.

« combien I habitucle des voluptés, en meme « temps qu’elle énerve l’esprit, endurcit le « cœur et le porte à la cruauté. » Ces mots me glacèrent d’horreur; je jetais à chaque instant les yeux vers la porte dans la crainte de voir entrer quelques-uns de ces êtres dégradés, qui font un métier de tuer et de mourir pour l’amusement de quiconque daigne leur payer le sang qu’ils perdent ou qu’ils font couler. Heureusement que Scaurus nous épargna cet horrible genre d’amusement. Il fut remplacé par des mimes (1) qui voltigeaient autour des tables (2) , et dont les bouffonneries obscènes réjouirent beaucoup les convives.

Mais , à un signe du maître , on remit avec empressement de l’huile dans toutes les lampes ( 3 ) ; et les tricliniarques répandirent de nouveau, en grande abondance, de cette arène colorée dont on avait couvert le pavé dès le commencement du festin; tout -à- coup une musique harmonieuse donna le signal (4) ; de

(1) P lin. j un. , U b. VII, epist. 24.

(2) Ibid., lib. IX, epist. 17.

(3) Petron. , satyric. , cap. 8.

(4) Ibid., cap. io.

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