‹ Le palais de Scaurus; (volume 2)Chapitre 117 sur 120 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Retour chez Chrysippe.

A u moment de nous séparer les uns des autres, une scène singulière nous retint quelques instants à l’entrée du palais. Un des convives , dont le costume négligé , la longue barbe et le langage sentencieux , nous avaient frappés, s’arrêta à la porte, ôta sa couronne, l’y suspendit, puis éteignant son flambeau, il le renversa sur le seuil (i) , et s’enfuit en chancelant. Cette action , à laquelle je ne comprenais rien , excita un rire général. Chrysippe m’ayant pris sous le bras, me dit chemin faisant : « Cet homme est le cynique dont je vous « ai parlé ce matin ; parasite acharné de tous « les grands de Rome, il s’est décoré du titre « de philosophe, il a son rôle à soutenir, et, « après avoir pris part comme les autres aux

(i) Prop. , lib. I , eleg. 16 , v. 7.

« excès du festin , il affecte en ce moment « d’insulter au luxe voluptueux du maître de « ce palais, en déposant sa couronne et son « flambeau , comme on a coutume de le faire « à la porte des lieux de débauche (i). »

Nous n’avions point amené d’esclaves , et nous fûmes obligés, quoique la nuit fût encore obscure , de nous retirer sans flambeaux ni lanternes ( 2 ) , en dirigeant notre marche

sur la blancheur des murs et des colonnes (3). Chrysippe priait les dieux en riant : « Jupiter, « et vous belle Laverne , couvrez -nous d'un « nuage (4), et faites-nous éviter les voleurs, « qui , chaque nuit , accourent des forets voi- « sines dans les rues de cette vaste cité (5). » Sa prière fut exaucée; nous regagnâmes notre habitation vers l’aurore, sans faire d’autre rencontre que celle d’un jeune chevalier romain , qui, arreté sous les fenêtres d’une courtisane,

(1) Prop ., lib. I, eleg. 16, v. 7.

(2) Mart. , lib. XIV , epigr. 6 1, 62; Valer. Maxim.., lib. VI. Ant. Ercol. , T. VIII , Tav. 56, 5 7.

(3) Petron., satyric. , cap. 18.

(4) Horat. , epist . 16 , lib. I.

(5) Juveti. , sat. G, v. 3o5.

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