‹ Le palais de Scaurus; (volume 2)Chapitre 32 sur 120 · CHAPITRE V. 6l · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 6l

profonde. Chrysippe , pour redoubler à-la-fois mon étonnement et ma curiosité , me dit : « Ce que vous voyez n’est rien en comparai- « son de l’intérieur du palais. Sachez que Scau- « rus est un homme magnifique (i) et qu’il a « réuni dans cette habitation des richesses im- « menses , que j’ai tâché de distribuer avec « le plus de goût possible. »

Cependant la foule commençait à diminuer; Chrysippe saisit le moment favorable , et nous présenta à Scaurus; après les salutations accoutumées, celui-ci nous adressa la parole : « Je « rends grâce à Jupiter hospitalier, dit-il, de « m’avoir envoyé des hôtes tels que vous! soyez « les bien venus, j’aime votre nation à-la-fois « simple, généreuse et brave; j’espère que vous a ne logerez point ailleurs que chez moi; ce pa- « lais n’était autre fois qu’une masure en ruines; « lorsque mon père l’acheta, les rats meme « l’avaient abandonnée (2); il y construisit une « agréable habitation; mais je l’ai tellement

(2) Lautissimus homo. Petron ., satyric ., cap. 9.

(1) Les anciens croyaient que cet animal, guidé par un instinct prophétique, délogeait des édifices qui menaçaient ruine. P lin lib. VIII, cap. 2; Cicer ad Attic lib. XIV, epist. 9.

Ga LE PALAIS DE SCAURUS.

ce embellie , qu’elle ressemble aujourd’hui à un « temple (i). De plus elle est vaste et bien dis— « tribuée, car je soutiens que la commodité d’un « édifice en constitue la véritable beauté (a). Ne « craignez donc point ni de me gêner, ni de <c l’être vous-mêmes; mon hospitium , où je re- « cois les étrangers (3), peut contenir mille perce sonnes (4). » Tel fut le discours de Scaurus. Il le prononça avec cet air- de légèreté et d’assurance, que donne une vanité satisfaite d’ellemême. Nous l’écoutâmes avec cette politesse hère qui convient particulièrement à notre position; mais je t’avoue que l’offre de nous

(1) Petron ., satyric ., cap, 18.

(2) Xcnoph. , Socrat. memorab. dictor.; lib. III, 55.

(3) Il n’y avait guères que les gens du peuple qui logeassent à l’auberge; les personnes qui avaient quelques relations un peu étendues, allaient loger chez des amis; voilà pourquoi les hôtelleries étaient soumises à une police rigoureuse; le préteur avait soin de tenir registre de ceux qui s’y présentaient; il inscrivait leur nom, leur patrie, leur état. Petron. , satyric., cap. 7.

(4) Petron., satyric., cap. 17. Scaurus, qui avait un grand nombre de clients pouvait avoir un hospitium aussi considérable, afin de loger ceux d’entre eux qui venaient à Rome pour les comices : c’étaient autant de yoix dont il pouvait disposer.

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