CITA PITRE VIT
parfaitement les détails des objets. « Cette « lumière incertaine , répondit-il , est un raffi- « nement voluptueux; pour l’obtenir, j’ai fer- « mé l’ouverture de la fenêtre, non avec des « vitres, mais avec une espèce d’albâtre trans-r « parent qui vient de Cappadoce , et qu’on « appelle pierre spéculaire ( i ). En ouvrant « les rideaux (2), nous aurons plus de jour
« encore . maintenant approchez, vous
« verrez mieux ces tableaux érotiques, dont « les murs sont ornés ; ils sont de Parrha^ <c sius (3).... Mais quoi, vous fuyez !.... » Sortons, lui dis-je, ce que je viens de voir peut-il exister dans une ville où l’on a élevé des autels à la pudeur! Ali! qu’il soit l’objet de la colère des dieux celui qui le premier peignit de tels tableaux dans les palais, et offrit à de chastes regards des scènes lascives et des nudités obsr cènes ; celui-là fut le premier corrupteur de la jeunesse dont il dégrada les mœurs ea souillant les regards. Qu’il gémisse, cet artiste
(1) P lin. , lib. XXXVI , cap. 22.
(2) P lin. jun lib. II, epist. 17 ; lib. VII , epift. 2T. — Juven.ySat. 9, v. 106.
(3) P lin. , lib. XXXV, cap. 10.
coupable , d’avoir trouvé l’art d’afficher ainsi le crime sur les murailles (i)! Notre jeune Grec un peu embarrassé voulut excuser l’espèce de complaisance avec laquelle il avait appelé mon attention sur ces tableaux impurs. « Votre vertueuse colère , dit-il , fait l’éloge « des mœurs de votre patrie ; mais si , comme « nous, vous eussiez été dès vos jeunes ans « familiarisé par la poésie et toutes les produc- « tions des arts, avec les mystères d’une mytho- « logie licencieuse ; si vous viviez, comme moi, « depuis plusieurs années, dans cette ville si « corrompue, vous porteriez un œil froid et « indifférent sur ces représentations plus ridi- « eules que dangereuses; et, comme Mithridate, « vous joueriez impunément avec le poison. » Un moment de silence accompagné d’un léger embarras mutuel suivit cet entretien animé; mais bientôt notre aimable guide nous remit à notre aise, en renouant de nouveau la conversation avec ce ton de bienveillance qui lui est particulier.
(i) Prop. , lib. II, eleg. 6.