CHAPITRE XII
« cet amour déréglé de la patrie dont ils sont
« enivrés; qu’ils apprennent que la patrie , « comme une amante sévère , ne permet que « les sentiments désintéressés , les passions « soumises , le zèle qui obéit , et qu’elle rejette « tout le reste, comme un hommage indigne « qu’elle dédaigne , ou comme un crime qu elle
« punit. . . . . . .
« La liberté est un bouclier, n’en faisons point
« une épée .
« Ayons pour les lois une obéissance passion- « née. » .
J’écoutais avec transport les sages paroles de ce digne vieillard , lorsque Chrysippe m’entraîna d’un autre côté. Il voulait me faire examiner en détail toutes les décorations de l’exèdre. De grâce , lui dis-je , suspendez pour un moment l’inventaire de ce palais ; depuis ce matin je compte des colonnes, j’examine des marbres , des bronzes , des peintures , laissez-moi examiner un instant ces hommes qui veulent devenir nos maîtres. — « Volon- « tiers , faisons encore le tour de la salle. » — Ce que j’admire le plus, ajoutai-je, est pré-
cisément ce qui ne vous touche guère ; c’est, la politesse dont usent entre eux tant de gens de condition et de fortune diverses; la gravité de leur maintien et de tout ce que j’entends, est encore une chose qui me frappe. Si vous réunissiez autant de mes turbulents compatriotes, quel tumulte, grands dieux! vous seriez étourdi de leurs cris, du bruit des armes, et rassemblée ne se terminerait certainement point sans quelque rixe sanglante ( 1 ) ; telles sont nos mœurs ! « Sans « doute, répondit notre ami , vos réunions « journalières ne sauraient offrir l’apparence « d’une telle urbanité ; mais aussi dans vos « assemblées vous ne trouveriez ni un traître , « ni un lâche , ni un impudique ; vous les « étouffez sous la claie (2). Tenez , voyez cet « homme triste, maigre et pâle, qui s’arrête « auprès des personnes dont la conversation « est la plus animée , qui ne prononce que « des monosyllabes, et dont les yeux sont « toujours fixés vers la terre, ou tournés d’un
(1) Tacit. y de Morib. Germ 22.