‹ Le Palais de ScaurusChapitre 110 sur 131 · CHAPITRE XX. afk · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. afk

La multiplicité, la variété des plats exquis dont la table fut couverte à plusieurs reprises, te sembleraient presque fabuleuses. Cependant je ne peux m’empêcher de te nommer quelques-uns des mets qui m’ont le plus étonné, et qui peuvent te donner une idée du luxe des tables romaines. L’on offrit successivement aux convives des œufs d’autruche (i), forcis avec des jaunes d’oeufs de paon qui recelaient un bec-figue, comme si c’eût été le foetus déjà formé (a). Des ventres de truie (3), des jambons apportés d’Espagne (4) , des lièvres singulièrement ornés d’ailes (5) de manière à représenter des animaux extraordinaires ; des paons (6) étalant leur riche plumage , et que l’insatiable sensualité des

(i) Plin. lib. X,cap. i.

(a) Petroh. satyric. cap. io.

(3) Plis. lib. VIDE, cap. i.

(4) Mart. lib. Xin, cpigr. 3 1 ; Varro, de Re rvxt. lib. Il, cap. 4 .

( 5 ) Petros. satyric. cap. 10.

(6) Plis. lib. X, cap. ao; Mart. lib. XITI, cpigr. 67.

Romains est allée chercher au-delà du Phase, dans des contrées défendues jusques alors par la terreur qu’inspire tout ce qu’on raconte de ces pays éjoignés(i); des grues ( 2 ), manger détestable , mais que l’on sert par ostentation à cause de la difficulté qu’on éprouve à se procurer ces oiseaux voyageurs dans cette saison. On nous présenta aussi des volailles et des poissons faits de chair de verrat (3), et si bien imités que l’œil y était trompé. On apporta au second service un énorme sanglier tout entier (4) ; il renfermait , non des guerriers comme le cheval de Troie, mais des grives en vie, qui prirent leur vol dès qu’on eut ouvert l’animal, dont les flancs leur servaient de prison (5). Scaurus et Chrysippe me donnaient les détails les plus curieux sur tout ce qui composait le festin. Ils

( 1 ) Plin. lib. XIX, cap. 4- (a) Ibid. lib. X, cap. a3.

(3) Pf.tron. satyric. cap. îG.

(4) Plin. lib. VIII, cap. 5i; Petron. satyric. cap. xa, 14 ; Juvejt. satyr. 5, v. 117 .

( 5 ) Petroix. satyric. cap. ia.

CHAPITKE XX.

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me firent remarquer un plat énorme fait de seules langues d’oiseaux (1). Je goûtai successivement des foies d’oies grasses (a) ; des foies de Mustella, qu’ils vont pêcher jusqu’en Rhétie, *

dans le lac de Constance (3); des scares, pris sur les côtes de l’Asie mineure (4), et dont on ne mange que les intestins (5). On me montra d’énormes murènes (6) , poissons pour lesquels les Romains ont une passion singulière (7). Enfin le dernier plat, dont on me fit les honneurs, contenait trois barbeaux (8).

Je réfléchissais sur la singulière destinée de ce poisson, venu comme moi des côtes de l’Océan occidental (9) , lorsque Scaurus , se penchant

(1) Plin. lib. X, cap. 5 i.

(») Ibi/l. cap. 22; Mart. lib. XIII, cpigr. 81.

( 3 ) Plin. lib. IX, cap. 17.

( 4 ) Ibid.

( 5 ) Mart. lib. XIII, epigr. 55 .

(6) Ibid, epigr. 77.

(7) Columel. lib. VIII, cap. 17.

(8) Mulux, ou Surmulet.

(9} Pr is. lib. IX, cap. 17.

de mon côté r m’apprit'que pour leur donner cet excellent goût qui flattait si agréablement le palais, on les avait fait mourir dans du garum (i). « Ce n’est pas tout, me dit Chry- « sippe à voix basse , il y a quelque chose qui « les rend bien meilleurs encore; c’est que « ces trois poissons , qui pèsent à peine deux « livres chacun, ont coûté trois mille sesfcer- « ces (a) ! Ce ne sont pas cependant les plus « chers; on en servit un l’autre jour chez « Crispinus, qui coûtait à lui seul six millé « sesterces (3). 11 y a tel poisson d’élite qui se a vend à Rome plus qu’un beau taureau de « sacrifice (4). » Mais c’est prolonger trop long-temps cette énumération que j’aurais voulu t’épargner. Continuons plutôt à te tracer le tableau animé que présentait la salle du festin.

Un esclave, placé en face de Scaurus, dans

( 1 ) Plin. Iib. IX, cap. 17.

(2) Sui;t. cri Ttb. , environ 600 francs.

(3) J u Ven. satjr. 4 , v. i5; Senec. epist. XCV.

(4) Plot, syrnpos. Iib. IV, quœxt. 6.

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