RETOUR CHEZ CHRYSIPPE
Au moment de nous séparer les uns des autres, une scène singulière nous retint quelques instants à l’entrée du palais. Un des convives, dont le costume négligé, la longue barbe et le langage sentencieux , nous avaient frappés, s’arrêta devant la porte, ôta sa couronne, l’y suspendit , puis éteignant son flambeau , il le renversa sur le seuil (1), et s’enfuit en chancelant. Cette action , à laquelle je ne comprenais rien , excita un rire général. Chrysippe, m’ayant pris sous le bras, me dit chemin faisant : « Cet homme est le cynique dont
(1) Propert. Iib. I, eleg. 16, v. 7.
« je vous ai parlé ce matin ; parasite acharné « de tous les grands de Rome , il s’est décoré « du titre de philosophe, il a son rôle à sou- « tenir, et, après avoir pris part comme les « autres aux excès du festin, il affecte en « ce moment d’insulter au luxe voluptueux « du maître de ce palais, en déposant sa cou- « ronne et son flambeau , comme on a cou- « tume de le faire à la porte des lieux de « débauche (i). »
Nous n’avions point amené d’esclaves, et nous fûmes obligés , quoique la nuit fut encore obscure , de nous retirer sans flambeaux ni lanternes (a) , en dirigeant notre marche sur la blancheur des murs et des colonnes (3). Chrysippe priait les dieux en riant : « Jupi- « ter, et vous belle La verne, couvrez-nous I « d’un nuage (4), et faites -nous éviter les
(i) Propert. lib. I, eleg. 16, v. 7.
(a) Mart: lib. XIV, cpigr. 61, 6a; Valer. Maxim. lib. VI; Aht. Ercol. t. VIII, tav. 56, 57 .
( 3 ) Petron. satyric. cap. 18.
(4) Horat. epist. 16, lib. I.