‹ Le Palais de ScaurusChapitre 114 sur 131 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

« voleurs, qui, chaque nuit, accourent des « forêts voisines dans les rues de cette vaste « cité (i). » Sa prière fut exaucée; nous regagnâmes notre habitation vers l’aurore, sans faire d’autre rencontre que celle d’un jeune chevalier romain , qui , arrêté sous les fenêtres d’une courtisane, interrompait le chant matinal des oiseaux par des plaintes mêlées de toutes les expressions banales d’un amour malheureux (2).

Tel est , mon cher Sigimer , le tableau fidèle de tout ce que nous avons observé d’intéressant chez Scaurus. Cette esquisse rapide suffira pour te donner une idée de la magnificence que les patriciens de Rome déploient dans ces vastes palais où ils entassent les dépouilles du monde. Mais gardons-nous d’envier une aussi dangereuse prospérité. Ces richesses corruptrices ont perverti les moeurs, amolli les courages, préparé les esprits à la servitude ; et le luxe délirant des Romains,

( 1 ) Juven. sat. 6, v. 3o5.

(2) Propert. lib. I, eleg. 16.

plus funeste pour eux que le glaive de Brennus et d’Annibal, menace la république, et vengera l’univers (1).

(i) Jdveh. sat. v. 394.

- EXPLICATION

L’ouvrage qu’on vient de lire a été accueilli avec une bienveillance qui m’a imposé de nouvelles obligations. Une édition épuisée en peu de temps , plusieurs traductions étrangères, des encouragements flatteurs de la part des savants les plus célèbres de France, d’Allemagne et de cette Italie où la connaissance de d’antiquité est , pour ainsi dire , populaire, ont été pour moi le gage d’un succès d’autant plus doux que j’étais loin d’oser l’espérer: mais c’eût été montrer trop peu de reconnaissance que de me borner à jouir des témoignages d’estime que le public a bien voulu accorder à mon travail , j’ai dû redoubler d’efforts pour rendre cet ouvrage moins indigne de l’accueil qu’il a reçu. J’ai revu cette édition avec soin, j’ai corrigé des négligences.

EXPLICATION

des fautes, et j’ai ajouté quelques traits de plus à mes tableaux, mais en petit nombre.

Ceux qui reconnaîtront combien il m’eût été facile de rattacher aux scènes que j’ai esquissées des détails, des épisodes qui s’offraient à moi de toutes parts, me sauront peut-être gré d’avoir résisté à la tentation , et de m’être renfermé le plus possible dans mon sujet, dont j’ai cherché à ne m’écarter qu’autant qu’il était nécessaire pour éviter l’aridité d’une description sèche et continue. J’ai joint à cette édition quelques gravures qu’on avait paru desirer pour l’intelligence des distributions et de quelques détails.

Les journaux scientifiques qui ont rendu compte de cet ouvrage en France et à l’étranger, tout en donnant à mon travail des éloges pleins d’indulgence, ont avancé quelques critiques relatives à des points d’histoire de l’art. Leur bienveillance m’a fait un devoir d’examiner ces objections de bonne foi.

J’avoue qu’après avoir étudié mon sujet dans les livres et au milieu des monuments pendant dix années, je me suis senti assez fort

DES PLANCHES. ü8l

sur mon terrein, pour ne pas céder à des observations qui n’étaient accompagnées d’aucun développement, d’aucune preuve. Si je n’eusse écouté que mon respect pour les hommes distingués qui m’ont fait l’honneur de s’occuper de mon ouvrage, j’eusse peutêtre passé condamnation , mais il s’agit de la vérité : j’ai écrit pour éclaircir un point obscur de l’histoire de l’art, et de la vie privée des anciens, pour remplacer par des notions plus certaines les conjectures vagues ou tranchantes des commentateurs, que les dictionnaires d’antiquités éternisent depuis si long -temps; dès- lors j’ai dû persister quelquefois dans mon sentiment , et l’on en verra plusieurs exemples dans l’explication des planches qui

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va suivre.

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